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Fred Cavayé

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Fred Cavayé roi de l'évasion

  • Fred Cavayé roi de l'évasionVenu de la photographie de mode, Fred Cavayé arrive sur le tard à la réalisation d'un long-métrage. Non sans avoir transité par le court où il se fait remarquer, il y accède avec Pour elle, thriller passionnel qui, tout en obéissant à certaines règles du genre, prend aussi la liberté d'en dévoyer d'autres. Pour la bonne cause, pour un résultat haletant, prônant la rupture tranquille avec les clichés.

  • Par Marc Toullec (22/06/2009 à 13h25)

 

Si Pour elle est un thriller, son affiche cinéma ne le reflète pourtant pas !

Oui, je le reconnais. Beaucoup de gens ont été surpris de l’apprendre. Sans doute est-ce surtout dû au titre, Pour elle, et à l’affiche choisie par le distributeur. Trop gentille, trop sucrée. Mais peut-être cette affiche a-t-elle contribué au succès du film ? Plus marqué thriller, peut-être Pour elle n’aurait-il pas attiré plus de 200 000 spectateurs !

 

Les prémices du scénario que vous illustrez laissent supposer que le mari va tout faire pour disculper sa femme et confondre la véritable coupable…

Oui et ce n’est pas ça qui se produit. Au cinéma, j’adore que le récit dépasse les limites du pitch, qu’au bout de dix minutes on puisse quitter les sentiers battus afin de prendre une autre direction. Oui, effectivement, nous aurions pu nous reposer sur un schéma classique où le mari prouve au final l’innocence de sa femme. Ne possédant pas les éléments pour agir efficacement, croyant à sa version des choses et ayant épuisé tous les recours légaux, il ne peut pas passer quinze années supplémentaires à essayer de la faire sortir de prison. Seul moyen de la libérer : le flingue ! Une pure mécanique de thriller, de western, pour un plaisir simple, ludique. Mon but en tant que réalisateur : faire en sorte que le spectateur soit pris par l’histoire, qu’il se dise « pourvu que ce Julien y arrive ! ».

 

A la base, votre héros n’est justement pas taillé pour jouer les… héros !

Je ne voulais surtout pas que le personnage mari soit stéréotypé, d’emblée préparé à affronter la situation. Je tenais vraiment à qu’il se présente comme monsieur tout-le-monde, à ce qu’il fasse des erreurs, pêche par naïveté. Il n’est à ce point pas armé pour surmonter l'épreuve qu’il se trompe, accumule les bavures et les preuves qui peuvent l’accuser. Il vide son appartement, rencontre son concierge au moment où il ne faut pas… Les bourdes d’un amateur qui a peur. Des bourdes qui contribuent justement à créer une tension, à distiller une atmosphère anxiogène. En le regardant faire, on ne peut que se dire : « bon dieu, ne fais surtout pas ça ! ». Et il le fait. S’il s’en sort, c’est qu’il joue de chance, qu’il bénéficie d’une accumulation d’événements, d'un enchaînement favorable de détails. Exactement le processus inverse de sa femme, victime d’une autre accumulation de faits, d’indices qui l’accusent.

 

Comment le film est-il né ?

De la rencontre avec le producteur Eric Jehelmann. Ensemble, nous avons cherché un projet à développer. Au même moment, Guillaume Lemans, le coscénariste, m’annonce : « J’ai une idée : que ferais-je si ma femme, toute innocente qu’elle soit, était jetée en prison ? ». Je lui ai répondu : « travaillons-là et proposons le film à Eric Jehelmann ». Eric a aimé, transmis le script à Marc Missonnier et Olivier Delbosc de Fidélité, ceux-là même avec lesquels il avait déjà produit Le Serpent et Anthony Zimmer, deux autres thrillers qui mettent en scène des types ordinaires. Vraiment, les choses ont été très rapides. Un an après le début de l’écriture du scénario, Pour elle s’est tourné. La belle histoire en somme.

 

D’autant plus belle que vous ralliez Vincent Lindon et Diane Kruger à votre cause.

Quand, pour la première fois, j’ai parlé de Vincent Lindon et Diane Kruger, on m’a rétorqué : « Tu es bien sûr ? Ils ont dix-sept ans d’écart ! ». D’accord, mais, tout jeune qu’elle soit, Diane fait tellement femme qu’on ne se réfère pas à son âge. J’étais convaincu que le couple fonctionnerait et, à l’écran, dès la première image, il fonctionne. Quelle chance car, à ce stade, j’aurais pu me tromper et mettre en scène des comédiens mal assortis. J’ai d’abord pensé à Vincent. En me répondant « OK, je fais ton film », il a fait de moi le plus heureux des hommes. Il a ensuite fallu que je pense au personnage de Lisa. Pas évident du tout à pourvoir car, moins présent à l’écran que celui de Julien et légèrement en retrait, il nécessitait néanmoins une interprète de talent, de poids. Tout en aimant le script et le personnage, Diane n'a pas immédiatement répondu par l'affirmatif. Elle a d'abord jugé le rôle « trop petit ». Elle a cependant tenu à me rencontrer. Nous nous sommes tout de suite bien entendus et, lors de cette première entrevue, je lui ai expliqué que j’attendais d’avoir une comédienne en tête pour travailler, étoffer le personnage. Deux heures après le rendez-vous, elle m’a appelé pour me dire qu’elle me faisait confiance, qu’elle en était.

 

Et le personnage a réellement évolué sous son influence ?

Oui. De ses nombreuses suggestions, j’ai surtout retenu la scène où, par téléphone et déjà incarcérée, Lisa apprend qu’elle doit purger sa peine de vingt ans. Une séquence absente du script initial. A sa demande, j’ai écrit ces quelques minutes sans lesquelles je n’imagine plus Pour elle. Avant que Diane n’arrive, Lisa subissait davantage les événements ; elle était plus « victime ». Incarné par Diane, le personnage s’est endurci, passant du désir de suicide à la volonté de suivre son mari. Des modifications consécutives au travail en commun. Sur le plateau, Diane a même improvisé quelques lignes de dialogues. Surtout, lorsque, au parloir, Lisa murmure « tu es beau » à Julien. Face à elle, Vincent Lindon ne feint pas son trouble, sa gêne. Un moment magique.

 

Vincent Lindon qui, à l’instar de Diane Kruger, s’engage à 100 % dans ses rôles…

Oh oui et de façon excessivement physique ! Rien que pour la scène d’arrestation du début, il s’en est sorti couvert de bleus. D’autant mieux qu’il a demandé aux flics – des vrais – d’y aller franco, d'agir comme s’ils procédaient à une véritable interpellation. Tandis qu’il se débattait, eux le maintenaient fermement. Vincent s’est ensuite mis torse nu ; il était couvert d’ecchymoses ! Pour la séquence où Julien se fait casser la gueule, il s’est impliqué avec un courage égal. Tandis qu’il répétait, tombait au sol à vingt-cinq reprises, par une température glaciale, sa doublure cascade le regardait en buvant des cafés. Quand Vincent joue une scène, il vit la situation, il s’investit. Surtout lorsqu’il sent l’enthousiasme, la passion du réalisateur.

 

La vôtre en l’occurrence !

Oui ! Vincent Lindon et les autres ont tout de suite vu que je n’étais pas là pour de mauvaises raisons. J’avais tellement envie de cinéma, j’avais tellement attendu pour réaliser un long-métrage que comédiens et membres de l’équipe ont pigé que je ne mentais pas, que je me donnais sans restriction aucune.

 

Au-delà des personnages incarnés par Diane Kruger et Vincent Lindon, il y a un personnage qui retient l’attention, aussi modeste que soit sa présence à l’écran. Celui du flic…

Je tenais à ce que au moment même où il apparaît à l’image, le spectateur se dise : « Oh là, merde, ce type c’est du sérieux. » Si sérieux que, brutalement, Pour elle change de point de vue. De Vincent, on passe au commandant Susini. Son interprète, Hammou Graïa, je l’ai trouvé au terme d’un très long casting. Plus long encore que les autres seconds rôles. Ce qui inquiétait les producteurs !

A Hammou, j’ai immédiatement dit : « Ton personnage, il se trouve entre Lino Ventura et Dark Vador ! ». Une manière de le situer qu’il a instantanément comprise. En fait, j’avais surtout en tête le Tommy Lee Jones du Fugitif, un rôle de flic solide, faisant au mieux son boulot. Je suis particulièrement heureux d’avoir engagé Hammou. Sa présence est telle à l’écran que je ne suis pas prêt de le lâcher. Exactement le genre de bonhomme pour lequel je suis heureux de faire ce travail. J’adore ce boulot.

 

… pour lequel vous avez tardé !

Oui, mais, dans la vie, je ne crois pas au hasard. Des velléités, j’en avais depuis longtemps et, jusqu’à présent, tous mes projets de long-métrage ont échoué. Tant mieux dans une certaine mesure car, à trente ans, je n’aurais pas réalisé Pour elle comme aujourd’hui où j'en ai dix de plus, avec la même maturité. Tous les « non » que j’ai essuyé par le passé m’ont conduit à un « oui » qui tombe au moment opportun. Maintenant, suite au prochain numéro…

 
 

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