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Julien Maury

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Alexandre Bustillo & Julien Maury : frères de sang

  • Alexandre Bustillo & Julien Maury : frères de sangCinéphiles voraces de cinéma de genre, Alexandre Bustillo et Julien Maury ne sont pas nés pour tourner un remake de Sissi. Sans complexe, revendiquant haut et fort un penchant marqué pour des films extrêmes, ils donnent à voir avec A l’intérieur ce qu’ils avaient envie de voir…

     

  • Par Marc Toullec (19/02/2008 à 15h18)
A quand remonte votre première rencontre ? Ça doit remonter à loin, à pratiquement la Maternelle !

Alexandre Bustillo : On doit de se connaître à David Doukhan, un des collaborateurs de Mad Movies. Un ami commun, en somme. Un jour, David m’a dit : « Tiens, je connais quelqu’un qui aime beaucoup ce que tu écris dans Mad. Il a d’ailleurs réalisé plusieurs courts-métrages ! » En clair, Julien tombait à pic. J’en étais alors à une première version du scénario de A l’intérieur et j’attendais de rencontrer un réalisateur plus chevronné que moi pour démarcher les producteurs, pour leur présenter un « package ». Un scénario seul, ça ne suffit pas, d’autant moins que personne ne me connaissait et que je n'avais rien de concret à leur montrer.

Julien et moi nous sommes donc rencontrés. Coup de foudre amical immédiat ! Mais pouvait-il en être autrement, tant nous possédions les mêmes goûts, aimions les mêmes films… Je vois le court-métrage de Julien : j’aime ! Il lit le scénario de A l’intérieur : il aime ! C’était parti !

 

Julien Maury : Ca fait seulement trois ans qu’Alex et moi nous connaissons, même si j’ai l’impression que nous nous sommes amis depuis vingt ans. Une complicité qui a considérablement facilité le travail. Nul besoin de se parler pour savoir ce que l’autre pens. Oui, j’ai vraiment le sentiment qu’Alex et moi sommes des copains d’enfance. Exactement ce que disent les Guignols : « C’est mon meilleur ami d’enfance depuis deux ans ! »

 

Comment pouviez-vous être si sûr que vous seriez à ce point branchés sur la même longueur d’ondes ?

Julien Maury : Lisant Mad Movies depuis je me suis tout gosse, magazine que je piquais même à mon grand frère pour l’amener dans les toilettes au grand désespoir de mes parents, je me savais en phase avec Alex. J’étais constamment d’accord avec ses critiques, ses choix, et j’adhérais totalement à son style, son humour… Sans même l’avoir rencontré, je m’entendais parfaitement avec lui et la découverte du scénario d'A l’intérieur n’a fait que le confirmer. Je l’ai dévoré à vitesse grand V et j’ai adoré. Une évidence. « Quelle superbe idée ! Quelle originalité ! C’est exactement le film que je voudrais voir à l’écran ».

 

Entre le moment de votre rencontre et la mise en œuvre du film, il ne s’est finalement écoulé que peu de temps…

Alexandre Bustillo : Les choses ont été rapides, très rapides. Il s’est écoulé un an entre la fin de l’écriture de la première version du scénario, fin septembre 2005, et le premier jour de tournage, début octobre 2006. A ce titre, A l’intérieur est l’exception qui confirme la règle car, surtout en France, monter un projet de film d’horreur nécessite des délais nettement plus longs. Quand c’est possible de les monter… Cette rapidité doit beaucoup à mon agent, Lionel Amant, que j’ai rencontré à l’occasion de mon premier scénario, Underground. Un projet avorté puisque sur la même idée de thriller d’épouvante dans un parking, Grégory Levasseur et Alexandre Aja ont produit 2e sous-sol ! A l’occasion d'Underground, j’ai constaté à quelle piètre estime les agents français de scénaristes tenaient le film d’horreur. Sur les quarante-neuf agents, quarante ne m’ont tout simplement pas ouvert la porte. Huit l’ont ouverte pour me demander de déguerpir au plus vite. Il en restait un, Dominique Besnehard, un grand du métier qui s’est dit que, ne comptant pas un scénariste comme moi dans son écurie, ce serait pas mal de me prendre sous contrat !

Pour A l’intérieur, il est allé droit à l’essentiel, à La Fabrique de Films qui, justement, recherchait un projet de cette nature. Nous avons finalement eu à faire avec les bonnes personnes au bon moment. Et voilà comment 1, 6 M€ ont permis au film de voir le jour. Pas grand-chose dans l’absolu, mais cela suffisait.

 

Un budget vite amorti, puisque le film s’est vendu partout à l’étranger avant même d’être achevé…

Julien Maury : Le film d’horreur français s’exporte bien. A ce titre, A l’intérieur n’est pas une exception, Haute tension et plusieurs autres ayant connu le même sort. La simplicité du scénario et le peu de dialogue l’ont avantagé. Les frères Bob et Harvey Weinstein ont même acquis les droits américains sur une simple bande promotionnelle de trois minutes. Quelque chose qui nous a mis la pression car nous n’étions pas convaincus que le résultat final allait leur plaire.

 

Contrairement à Julien qui, lui, avait réalisé plusieurs courts-métrages, vous étiez complètement novice en matière de mise en scène…

Alexandre Bustillo : C'est vrai dans la mesure où, jamais, je n’avais réalisé de courts-métrages qui ont été présentés dans des festivals. Ceux de Julien l’ont été. Mais je n’étais pas tout à fait un total novice dans la réalisation. Tout gamin, après que mon père ait acheté un caméscope, je me suis mis à tourner des courts. J’ai dû en faire une dizaine. De petites choses, mais qui traduisaient un vrai désir de mise en scène… Scénariste, c'était un autre désir. A l’écriture, des plans, des enchaînements viennent forcément à l’esprit. Je n’étais donc pas si ignorant que ça quand je suis arrivé sur le plateau. Evidemment, certains ont commencé à baver sur mon compte, jaloux que je me retrouve avec Julien à la barre d’un long sans avoir rien fait auparavant. Et alors ? Nous n’avons volé la place à personne !

 

Julien Maury : Cinq mois durant, nous avons établi un story-board très précis du film. Un travail de titan que de dessiner ses mille plans. Nous l’avons achevé à quelques heures de la date-butoir, dans la nuit. Nous étions si préparés que nous savions où nous allions. De plus, nous nous sommes entourés de gens qui possédaient davantage de bouteille que nous, comme le chef opérateur qui venait directement de Frontière(s), un petit budget comme nous. Il y avait aussi Baxter, qui avait déjà monté Haute tension, La colline a des yeux... Il nous a sauvé la mise plus d'une fois ! En fait, nous étions bien plus stressés au niveau de la préparation. Stressés à nous demander comment gérer une Béatrice Dalle qu’on disait ingérable. Elle ne l’a pourtant pas été !

Le tournage à proprement dit, c’est une course, trente-sept jours la tête dans le guidon. Pas le temps de réfléchir. Il faut juste abattre les plans, les séquences, tenir les délais.

 

Deux réalisateurs pour un seul film, comment cela se passe-t-il de manière concrète sur le plateau ?

Julien Maury : Cela se passe dans l’harmonie ! Dans la mesure où, dès la préparation, nous avons travaillé en parfaite osmose. Depuis le story-board jusqu’au casting, nous discutions de tout. La même chose sur le tournage. D’un côté, Alexandre allait voir le chef opérateur pour discuter d’un plan. De l’autre, je voyais les comédiens. Nous avions précisément ce que nous disions. Pas la peine que j’aille à la pêche aux informations. Et vice-versa. Un réel. Nous n’avons pas connu la moindre engueulade, le moindre désaccord. A deux, on peut prendre plus facilement des décisions, ne pas douter devant une équipe qui, ainsi, peut également douter du réalisateur.

 

Reconnaissez-vous qu'A l’intérieur est un film de cinéphile ?

Alexandre Bustillo : Certainement. Il est même ultra référencé. Nous n’avons pas résisté au désir de vouloir tout mettre de ce que nous aimions, y compris une sorte de zombie en la personne du type qui survit miraculeusement ! Même si nous n’avons pas chercher à multiplier ouvertement les clins d’œil, les références sont là, tel éclairage tirant sur L’exorciste sans que nous l’ayons même cherche, Béatrice Dalle en train de respirer l’odeur des vêtements du bébé renvoyant à Jeepers Creepers, la boîte à musique évoquant Mort un dimanche de pluie… Mais nous n’avons pas réussi à mentionner Les dents de la mer, notre film préféré à tous les deux. Difficile dans pareilles circonstances de citer un requin !

 

Dans l’hémoglobine, vous poussez quand même le bouchon assez loin…

Julien Maury : Le gore, on aime ça et on voulait en mettre ! Et puis on a vendu le projet ainsi. Nous n’avons pas l’impression d’avoir exagéré. Au contraire même. Pour certaines séquences, nous nous sommes dit que mieux valait diminuer la dose de sang numérique tant nous en avions mis. Après tout, la situation se prête bien au gore. Une paire de ciseaux en plein visage, ça saigne. La pression artérielle, ça donne d’authentiques geysers… Franchement, dans l’absolu, nous n'avons pas l’impression d’en avoir mis tant que ça, du gore, dans le film. Bien sûr, il y a la scène finale qui, effectivement, va d’autant plus loin que c’est du jamais vu à l’écran. Reste qu’en comparaison de Takashi Miike et de la série des Guinea Pigs, nous sommes des juniors ! Même en comparaison de Mort un dimanche de pluie, un film français où l’on voit tout de même une petite fille ficelée nue sur les toilettes. Une image beaucoup plus forte, beaucoup plus dérangeante qu’une tête de latex qui explose ! Et puis, quand ça gicle de trop, les gens rigolent. Le gore, c’est rigolo, non ?

 
 

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