Do-Yeon Jeon |
Pour sa première visite au Festival de Cannes, Jeon Do-Yeon, comédienne coréenne est repartie avec le Prix d’interprétation féminine reçu pour son rôle de Shin-Ae, une veuve dont le fils est kidnappé et assassiné. Une victoire sans conteste pour l’un des plus beaux films de la sélection.
En réalité, j’étais une petite fille plutôt ordinaire pour laquelle être actrice nécessitait au contraire d’avoir une personnalité qui relevait de l’extraordinaire. Comme avoir une beauté rare ou un talent que personne d’autre ne possédait. Comme je ne me voyais pas du tout dans ce profil, je ne songeais absolument pas à faire ce métier. Et puis j’ai compris que comédienne était un métier comme les autres, qui se travaillait chaque jour. C’est pour cela que j’ai débuté par la télévision en acceptant pratiquement tout ce que l’on me proposait. Je voulais multiplier les expériences car chacune m’enseignait quelque chose.
Recevoir un prix à Cannes, entendre les compliments sont des choses très valorisantes mais qui ne me font pas oublier pour autant que je dois continuer à apprendre.
C’est le cas pour bon nombre d’acteurs, car rencontrer le succès à la télévision vous cantonne le plus souvent à jouer toujours la même chose. Ce n’est pas le média de la variété des emplois. Les personnages y sont très stéréotypés et vous ne pouvez pas vraiment montrer ce dont vous êtes capable. Le cinéma m’a apporté – comme à beaucoup d’autres – un plus large choix de rôles. Mais beaucoup de gens pensaient que, venant de la télé, je n’y arriverais pas.
Alors qu’en tant qu’actrice, j’accorde beaucoup d’importance au scénario qui est vraiment dans mon cas un élément déterminant dans mes choix, il est vrai que sur le seul nom de Lee Chang-Dong, le réalisateur, j’avais la certitude que ce serait un bon film. J’ai donc accepté de faire le film avant même de lire le script. Mais une fois que je l’ai lu, les doutes ont commencé à me tirailler. Tout m’a fait peur, du début à la fin (rires). Secret Sunshine est un film plutôt inconfortable à interpréter. Il est difficile de ressentir et de comprendre ce qu'éprouve le personnage à chaque instant et de se mettre à sa place. J’ai douté tout le temps.
C’est vrai qu’au premier abord, elle semble difficile à cerner. Mais très vite, j’ai eu la sensation qu’au fond, elle possède comme nous tous des sentiments violents et contradictoires. Mais ils sont généralement enfouis et nous n’avons que rarement l’occasion de les exprimer. Ce sont les situations extrêmes qu’elle traverse qui vont amener Shin-Ae à les extérioriser.
J’avais entendu parler de lui comme d'un grand metteur en scène mais capable de se transformer en dictateur sur un plateau. Mais je me suis dit que je serais plus forte que les autres. Et au bout du compte, j’ai souffert autant que les autres comédiens (rires). Mais cette souffrance était liée à une exigence du travail qui me convenait, donc j’ai accepté le jeu. Sur le plateau, il ne donne aucun ordre. Dommage car ce serait plus simple, il nous suffirait d’obéir (rires). Il vous pose au contraire des questions sur le personnage et c’est cette inversion des rôles qui est effrayante (rires). Parce que l’on est sûr qu’il a les réponses et qu’il fait exprès de ne pas nous les fournir pour nous laisser nous débrouiller.
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