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Al Gore

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Al Gore : en paix avec la planète

  • Al Gore : en paix avec la planèteVendredi 12 octobre, le Prix Nobel de la paix a été décerné conjointement à « l’ex-ancien futur président » Al Gore et au Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). « Ils l’ont reçu », explique le président de cette très noble et haute institution qu’est le Nobel : « Pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l’homme et pour avoir posé les fondements des mesures nécessaires à la lutte contre les changements. » Les lauréats recevront officiellement leur prix le 10 décembre. Nous avions rencontré Al Gore sur les bords de la Méditerranée, lors du Festival de Cannes 2006, juste après la présentation d' Une Vérité qui dérange, documentaire qui lui valut un Oscar et de nombreux prix, tout en lui permettant de gagner des millions de dollars reversés pour la bonne cause. La planète toussote, suffoque, les capteurs de la nature clignotent sur «rouge danger», la température grimpe, les eaux de l'écologie s'agitent, la Terre file un mauvais coton. Reconverti en défenseur acharné de l'environnement, l'ex-vice président des USA a mis tout son poids – et il est costaud – pour réveiller les consciences. les jurés d'Oslo n’y ont pas été insensibles.

     

  • Par Gwen Douguet (15/10/2007 à 14h08)
«Une vérité qui dérange» ne devrait-il pas être le credo des politiciens ?

Si vous parlez du titre du film, oui absolument...

 

Mais c'est dur !

La démocratie marche mieux quand la vérité qui dérange les politiciens est mise en avant par les électeurs. Ils se doivent alors d'y faire face. Si nous nous contentons de gérer les seuls sujets confortables, cela prépare le terrain à de réelles catastrophes. Et la vérité sur l'état de la planète est tout sauf confortable, que ce soit pour les grosses compagnies pétrolières, chimiques, automobiles, les Etats et à un degré moindre pour chacun d'entre nous. Mais si nous ne la regardons pas en face, si nous lui tournons le dos la fin de l'humanité nous guette.

 

Robert F. Kennedy Jr., autre croisé de la défense de la planète, considère que le président Bush est le pire des occupants qu'ait connu la Maison Blanche et plus spécialement en matière d'environnement, or son mandat ne prendra fin que dans deux ans. Que peut-on faire pendant que la montre tourne ?

Je crois qu'il y a une possibilité pour que Bush change d'attitude sur ce sujet. Plusieurs de ses proches collaborateurs l'incitent à le faire. En revanche, s'il s'obstine à vivre dans sa propre réalité, loin de tous, il se peut que sa bulle lui éclate à la figure en lui révélant soudainement cette vérité qui dérange. Mais le temps presse.

 

A la une du Vanity Fair de mai où vous côtoyez, sur fond vert, Julia Roberts, George Clooney et Robert F. Kennedy Jr., le titre stipule Le Réchauffement de la planète : une plus grande menace que le terrorisme ?

Loin de moi l'intention de minimiser la menace du terrorisme mais elle n'est pas la seule. Celle provoquée par le climat est ô combien réelle. A nous de ne pas simplement nous focaliser sur ce que les politiciens, ou tout du moins certains, veulent que l'on regarde. A nous de ne pas ignorer tout le reste. Nullement désireux de devoir intervenir, de restreindre les agissements des pollueurs qu'ils cautionnent, certains de leurs plus fervents supporters veulent en conséquence nous faire croire que la crise climatique n'existe pas. Seulement les dérèglements du climat provoqués par l'homme sont une menace contre le futur de toute civilisation. Nous devons l'affronter et je suis convaincu que nous allons le faire.

 

On n'apprend pas toujours de l'Histoire...

C'est vrai. Il arrive néanmoins que nous apprenions quand nous regardons la vérité en face et que nous la digérons avec honnêteté. Le film de Davis Guggenheim me réconforte dans ce sens car je connais la portée de ce vieux dicton laissant entendre qu'un film vaut mille mots et, celui-là, au fil de sa présentation, vaut mille films. Il touche de plus en plus de monde et rapidement (NDLR : c'est le second meilleur documentaire en termes de recettes avec plus de 24 millions de dollars derrière Fahrenheit 9/11).

 

Qu'avez-vous appris sur l'environnement grâce à ce film ?

Essentiellement à être davantage inquiet pour ma famille, pour le monde. Un seul exemple, Hollywood risque de se retrouver sous les eaux si nous ne bougeons pas, et je ne parle pas du reste de la planète. Ce film se veut un message pour tout le monde.

 

Cannes est la plus grande scène de cinéma au monde, et vous y débarquez avec des tableaux, des chiffres, des images terrifiantes, vous montrez à un public venu pour rêver que nos vies peuvent virer au cauchemar. Y a-t-il là comme une sorte de paradoxe qui peut, du fait du décor utilisé, secouer le public encore plus fortement ?

Le film présente une horreur potentielle. On en montre les prémices. Il avance aussi une façon d'éviter cette catastrophe en créant une meilleure façon de vivre. Les Chinois écrivent le mot crise à l'aide de deux symboles, l'un à côté de l'autre, le premier veut dire « danger » et l'autre « opportunité ». Le film dénonce les deux. La possibilité d'éviter le pire et d’améliorer nos vies de bien des manières. Dans un certain sens, c'est un film d'action, il a été conçu pour encourager le public à agir.

 

Puisque vous parlez de la Chine, ce pays vient de construire le plus grand barrage au monde sur le Yang-Tsé-Kiang mettant à mal l'environnement, qu'est-ce que cela vous inspire ?

Curieusement cela peut aussi être une grande partie de la solution car les Chinois ont compris qu'ils perdaient beaucoup d'eau avec le fleuve jaune et le Yang-Tsé-Kiang du fait du réchauffement faisant fondre les glaces dans l'Himalaya et au Tibet. Alors ils agissent. La route est longue. Nous aurions tort de penser que la Chine se moque de ce qui se passe. Si les USA rejoignent le protocole de Kyoto...

 

Vous allez le faire ?

Oui, c'est inévitable (NDLR : en 2007, l'Amérique n'a toujours pas ratifié ce protocole, datant de 1998, destiné à combattre le réchauffement dû aux émissions de gaz). Le but du film est justement de changer les mentalités américaines de manière à ce que les politiciens rejoignent le traité. Lors de la mise en place du protocole le Sénat américain l'a rejeté. Une fois que l'Ouest aura bougé, la Chine le fera aussi.

 

L'influente Amérique ?

Et oui ! Il y a des choses que les USA font mieux que d'autres. Mais cela ne signifie pas que le monde puisse faire face à de grands dangers si l'Amérique va dans la mauvaise direction et c'est ce qui se passe malheureusement en ce moment avec le réchauffement. C'est pourquoi, ouvrir les esprits du peuple américain est indispensable.

 

Dans le même numéro de Vanity Fair consacré à l'environnement un article emploie le mot viol à propos des Appalaches et des mines de charbon ?

C'est un autre exemple de la politique faite par un petit nombre de gens uniquement intéressés par l'argent et qui violent l'environnement en toute impunité.

 

Impliqué contre de tels agissements Robert F. Kennedy Jr. a gagné de nombreux procès contre les pollueurs. Grâce à son intervention, on peut pêcher à nouveau dans l'Hudson River, les poissons sont revenus après vingt ans d'absence, tout n'est donc pas pourri ?

Heureusement. Mais il ne faut pas traîner, une nouvelle étude scientifique montre qu'autour des années 2050 la stratosphère sera complètement malade par notre faute. Mais oui, il y a de l'espoir. On peut changer notre destinée. L'action nécessite et implique de penser autrement et, surtout, de regarder la vérité en face, fut-elle déplaisante.

 

L'engagement n'est pas toujours compatible avec les promesses, ainsi le président Chirac qui s'était engagé à se baigner dans une Seine redevenue saine n'a pas plongé et pour cause, le fleuve est toujours sale...

J'apprécie le président Chirac. Beaucoup ! Et je ne veux pas faire de commentaires sur la politique française que je ne connais d'ailleurs pas assez, en tout cas dans ce domaine bien précis. En revanche, je sais qu'il y a un espoir et que la France associé aux USA peut conduire le monde sur la bonne voie.

 

Votre vision de vous-même a-t-elle changé avec ce film ?

J'ai effectivement appris des choses sur moi au cours des entretiens que j'ai eus avec le réalisateur. Il ne s'est jamais contenté de réponses qui, en général, satisfont tout le monde. Il a continué à creuser jusqu'à ce que je parvienne à mettre des mots sur des impressions, des sentiments que je n'avais jusque-là jamais exprimer. Il m'a forcé à trouver les mots justes et donc à me rapprocher de la vérité.

 

Question idiote, Davis Guggenheim aurait-il été utile pour votre campagne ?

(Gore éclate de rire). Peut-être ! Mais l'eau a coulé depuis.

 

Si Robert F. Kennedy Jr. avait le pouvoir, aujourd'hui, il affirme qu'il mettrait un terme à l'exploitation des mines de charbon aux sommets des montagnes...

J'approuve complètement.

 

Et si vous aviez le pouvoir ?

Je commencerais par faire en sorte que les USA signent le protocole de Kyoto. Une fois que la plus puissante économie aura rejoint ce traité l'économie mondiale résoudra cette crise.

 

De nombreuses villes américaines ont rejoint le protocole, en Californie le gouverneur Schwarzenegger s'est engagé envers l'environnement, l'Amérique agit-elle malgré tout ?

Oui, il y a des changements, mais stratégiquement nous pouvons faire en sorte que les principaux artisans de l'économie du monde deviennent nos alliés en les convainquant de réduire la production de gaz. Le coeur du protocole a été conçu dans ce but afin que tout le monde aille dans la même direction. Mais cela ne marchera que si les compagnies mondiales les plus puissantes entrent dans la danse.

 

Si un tel film peut contribuer à alerter les masses quand les télés ne le font plus, c'est alors l'un des films les plus importants de Cannes 2007 ?

Merci. Nous ne voulons pas que nos enfants nous demandent pourquoi nous n'avons rien fait. Les informations dans le monde sont trop influencées par les valeurs du divertissement. Aux USA, nombre de journaux télévisés ont été avisés de ne pas montrer trop d'oppositions à la guerre en Irak. On leur disait que l'audience tomberait dramatiquement. Dans mon pays, les journaux télévisés ont échoué dans leur mission d'informer. Mais le mal est plus profond. Il n'y a plus de grands débats à la télé qui puissent faire réfléchir, informer le public, ou bien ils sont déformés, tronqués, la démocratie est noyée par les impondérables du commerce, le divertissement dicte sa loi. Les masses sont encore hypnotisées par la télé, encore plus aux USA qu'en France.

 

Dans Fast Food Nation de Richard Linklater, l'un des jeunes héros déclare que : « Plus vous répétez un mensonge plus il devient vérité. » Votre film procède de la même façon si ce n'est qu'il part de la vérité pour en annoncer une autre.

Et ironiquement c'est vrai !

 

Pensez-vous parfois à ce qu'aurait été le monde si vous aviez été élu ?

Il ne faut pas regarder en arrière, sinon cela peut déformer la pensée. Il y a de nouvelles batailles à gagner. La planète n’est pas au mieux.

 
 

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