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Ji-Woon Kim

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Kim Jee-woon, bon, brut et cinglé

  • Kim Jee-woon, bon, brut et cingléAprès le film d’horreur ( Deux sœurs) et le gunfight ( A Bittersweet Life), Kim Jee-woon s’attaque cette fois au genre mythique du western. Et lance sur les rails un spectacle ébouriffant et dantesque, avec cette histoire de course au trésor sur fond de conquête de la Mandchourie dans les années 30. Accrochez-vous, ça décoiffe.

     

  • Par Xavier Leherpeur (15/12/2008 à 07h49)
Vous ne cessez, de film en film, de changer de genre. Vous vous attaquez cette fois au western, genre pourtant peu répandu en Asie.

Pour être tout à fait honnête, lorsque j’ai commencé à songer à ce film, je pensais même réaliser le tout première western de l’histoire du cinéma coréen. Puis en faisant quelques recherches approfondies, j’ai découvert que quelques-uns avaient été tournés à la fin des années 70. Mais il s’agissait la plupart du temps de séries B assez mal fichues et sans grand intérêt stylistique. De plus, ils avaient tous connu des échecs commerciaux, ce qui explique que personne ou presque ne s’en souvenait. Mais pour l’originalité dont je rêvais, c’était raté (rires).

Le titre du film (la traduction française est assez fidèle, ndlr) fait plutôt allusion au western-spaghetti et au cinéma de Sergio Leone qu’aux grands classiques américains. Etait-ce volontaire ?

Oui, tout à fait. D’abord parce que, en tant que cinéphile, je voue une réelle admiration à Sergio Leone. Et qu’ensuite je me sens plus proche des thématiques du western-spaghetti que des productions américaines. Dans le premier cas, il s’agit souvent de mettre en scène des héros dont les motivations et les agissements répondent à des valeurs humaines plus authentiques. De plus, je ne suis pas très amateur de l’idéologie véhiculée par les westerns hollywoodiens qui mettent la plupart du temps en avant des thèmes comme la vengeance ou le meurtre gratuit… En plus, l’intrigue y est souvent assez simpliste et repose presque toujours sur les mêmes rebondissements. Ce qui explique aussi sans doute pourquoi le genre n’a jamais vraiment pris ici où, culturellement, il ne correspondait pas au public coréen qui une fois qu’il a eu compris comment fonctionne la narration et le scénario, s’en est désintéressé. J’ai donc voulu miser sur tout autre chose et faire un film qui soit entièrement basé sur le mouvement, la dynamique de la mise en scène et la folie des personnages.

Alors que l’ère du numérique permet désormais toutes sortes de prouesses et de trucages, vous avez voulu tourner votre film le plus possible ‘à l’ancienne…’

Aujourd’hui encore, je me dis que je suis fou (rires). Pour vous donner un exemple, j’avais tellement envie d’être dans l’authentique que j’en avais même oublié que l’on pouvait faire disparaître les traces de chevaux par trucage numérique. Du coup, toute l’équipe les effaçait avec des balais entre deux prises, ce qui a régulièrement ralenti le tournage. Bien sûr, il y a des trucages dans le film, une bonne partie des intérieurs de la scène de l’attaque du train a été tournée en Corée alors que les extérieurs avaient été filmés en Chine. Mais il est vrai aussi que dès que l’on pouvait être dans le concret, j’essayais de m’en donner les moyens. C’est pour cela que nous avons tourné en Mandchourie dans des décors intacts, certes superbes, mais qui demandaient parfois une intendance et une logistique (comme des heures de marche à pied pour y accéder) auxquelles nous n’avions pas pensé. Il nous a fallu braver les éléments climatiques, les températures extrêmes, l’absence de routes…

Ce souci d’authenticité vous a poussé à demander aux comédiens d’exécuter eux-mêmes leurs cascades…

Il n’y a eu en effet aucune doublure, y compris pour les trois rôles principaux du film. Et nous n’avons eu recours qu’à très peu d’effets visuels. Nous avons tout tourné en live (rires). Et je suis sûr que cela contribue à la force du résultat final. Il y a même eu des bras cassés ( Jung Woo-sung qui interprète le Bon, ndlr), mais rien ne les a empêchés de continuer à tout jouer par eux-mêmes.

Vous réunissez à l’écran trois des plus grandes stars du cinéma coréen : Jung Woo-sung (Musa, la princesse du désert), Lee Byung-hun (A Bittersweet Life) et Song Kang-ho (Memories of Murder). Pour des raisons autant artistiques qu’économiques…

D’abord, effectivement, ce sont trois des meilleurs comédiens coréens du moment. Mais, comme toute star, il a été très difficile de les réunir sur un même plateau. Non pas pour des raisons d’ego, mais simplement d’emploi du temps. Comme ils sont très sollicités, trouver cinq mois en commun dans leur planning pour le film a été une première victoire. Ensuite il est certain que j’avais besoin d’un casting bankable, car le film est très onéreux pour une production coréenne.

Le film bénéficie d’un budget pharaonique pour la Corée, puisqu’il approche les 17 millions de dollars. Un énorme risque…

Qui m’a souvent empêché de dormir sereinement (rires). D’autant plus que la carrière d’un film en Corée repose avant tout sur son exploitation salles, car notre marché DVD est presque inexistant. La rentabilité du film était estimée à environ 6 millions et demi de spectateurs sur notre seul territoire, ce qui était loin d’être gagné. Mais le pari a été remporté puisqu’il a été vu au final par plus de 7 millions de personnes.

 
 

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