Se connecter | Créer un compte



Kevin Macdonald

Kevin Macdonald

Ajouter à mes personnalités favorites
 

Kevin MacDonald : cinéaste fasciné par les personnages troubles

Comment est né le projet de ce film ?

A l’origine, il y a l’envie de réaliser un documentaire sur Jacques Vergès. N’ayant pas réussi à le rencontrer, je n’arrivais pas à trouver d’angle pour le film. Et puis j’ai découvert qu’il avait été l’avocat de la défense de Klaus Barbie et c’est ainsi que j’ai eu envie de faire un documentaire sur ce dernier. Sur ce personnage en particulier mais aussi sur ce qui était advenu des fascistes en général, après la Seconde Guerre mondiale.

 

Pourquoi avoir choisi de réaliser un documentaire plutôt qu’une fiction ?

D’abord parce qu’une fiction c’est plus de travail (rires). Beaucoup plus de gens à gérer, un énorme planning à respecter… En plus, je crois que le documentaire est le support idéal pour mettre des idées en avant, les remettre en perspective, les affiner… le cinéma de fiction qui cherche à avoir une approche intellectuelle prend souvent le risque d’être didactique et, par conséquent, ennuyeux. Le cinéma de fiction doit d’abord reposer sur des personnages et une histoire. Le documentaire reste une forme plus légère et plus réactive, et c’est pour cela que je l’ai choisie pour retracer ce destin ainsi que les histoires politiques s’y rattachant.

 

Pensez-vous que le documentaire soit plus objectif que la fiction ?

Sans doute mais je crois que dans ce cas précis, l’objectivité n’est pas une ligne claire et définie. C’est au contraire une zone plus grise, plus opaque. Il faut sans cesse savoir comment la traverser pour essayer d’en tirer quelque chose, un enseignement. Mais les deux approches restent intéressantes et je crois que l’une ne va pas sans l’autre. Par exemple, les structures narratives de la fiction, comme la façon d’orchestrer un récit, peuvent aider à faire un documentaire. Et inversement, le soin apporté aux recherches et les questions soulevées doivent aussi intervenir dans une fiction.

 

Votre film repose sur une structure narrative forte, une sorte de suspense…

Je l’ai construit justement en récupérant de la fiction le principe de ne jamais devancer les événements. Je les laisse surgir dans le récit au fur et à mesure qu’ils sont apparus dans l’Histoire. Comme dans un film à suspense, les informations arrivent les unes après les autres. Mon ambition était de me rapprocher des romans de John Le Carré. De ces histoires d’espions où le lecteur est pris dans une toile d’araignée, un peu égaré par la somme des renseignements et les connexions qui se mettent en place. C’est vraiment cette complexité inouïe que je souhaitais mettre à l’écran.

 

En quoi votre film questionne-t-il notre époque ?

L’histoire de Klaus Barbie possède une forte résonance aujourd’hui. Par son contexte d’abord. Il n’est question que de paranoïa et de conspiration. Rien n’a vraiment changé. Ensuite, le titre original ( My Enemy’s Enemy) fait référence à l’idée que l’ennemi de mon ennemi est mon ami... Les gouvernements, qu’ils soient français, britanniques ou américains ont souvent eu recours à des gens peu fréquentables - et souvent diamétralement opposés à leurs valeurs - pour accomplir le sale boulot qu’ils refusaient d’exécuter. Et ils continuent ! Du temps de Klaus Barbie, les fascistes étaient contre les communistes et, aujourd’hui, ce sont les islamistes qui sont visés de la même manière.

 
 

Les commentaires des lecteurs