Jean Dujardin |
Ascension fulgurante, authenticité percutante, décontraction éclatante, humour hilarant, le Nice « guy » de Brice, remet le costume de Hubert Bonisseur de la Bath avec une aisance frisant l’insolence. Jean Dujardin, c'est le type de Un gars, une fille, il a mené une Contre-enquête, fut Convoyeur, s'est payé un gros shoot dans le monde de la pub pour 99 francs , en automne on le découvrira en Lucky Luke, aujourd'hui il rechausse les pompes de l'improbable agent pour OSS 117: Rio ne répond plus.
Clairement. Pareille rencontre est assez rare dans une carrière. Ce Hubert est assez libérateur.
Brice m’a fait du bien, est arrivé aux débuts. OSS 117 touche aux fantasmes d’enfant, d’adolescent, c’est un agent secret à Rio, comme dans la carte postale.
Je le fais tout le temps. Il est également important de faire un travail sur soi pour se connaître. Il m’importe de savoir quand je suis ridicule, quand je peux être « too much », quand j’ai un regard d’enfant, de vicelard. Il faut pouvoir s’observer. Je ne suis pas là pour juger le monde. La comédie relève beaucoup de l’auto-dérision. Rire de soi, sur soi, les hontes, les malaises m’amusent.
C’est vrai.
Sa vision ne s’est pas arrangée depuis le premier. Pour lui, super-héros, la femme est un accessoire, doit être belle, se contenter de le regarder sauver le monde. Nous avons accentué le trait. Nous sommes en 1967, en pleine émancipation de la femme. Hubert ne peut concevoir qu’elles lui répondent, elles doivent garder leur place à la cuisine, faire du tricot, il juge impensable qu’elles ne portent pas de soutien gorge. Ce Bonisseur de la Bath dit pas mal de conneries, du genre « ne dit-on pas qu'une femme qui éclabousse un homme, c'est un peu comme la rosée d'une matinée de printemps ?». En même temps il ne peut les proférer seul, il a besoin d’une partenaire pour les dires. En revanche, sorte de conscience du spectateur, Dolorès se doit de garder son sérieux afin de donner du crédit à ses propos.
Balourd, gras, bas de plafond, colonialiste.
Les musulmans étaient dans le champ de tir du premier et cela s’est très bien passé. Il n’y a eu aucun problème. Je ne vois franchement pas l’intérêt de prendre les propos de Hubert comme caution pour essayer d’attiser le feu, foutre la merde. J’ai une entière confiance dans le public. Et puis c’est tellement dommage de s’en priver. Le rire n’est en rien honteux. Ici, le con est clairement désigné. Le film est humaniste, dénonce le racisme, le nazisme. Nous ne sommes absolument pas investi d’une mission, mais si au passage l’on peut égratigner les racistes, pourquoi pas ?
Le rire, en l’occurrence, n’est pas sale.
Il est quand même hallucinant d’être amené à se reposer la question de savoir si nous pouvons le refaire. Notre réponse est oui et on le fait.
Pourquoi ? La machine est grippée et à force de se dire cela, le politiquement correct prend le pas. Nous n’allons pas faire bouger les murs. Je n’ai nullement envie d’être provocateur, cet humour là colle simplement bien au personnage, à l’époque. Hubert nous renvoie nos travers, c’est une façon de dire regardons nous. A cette époque il y avait le colon, l’arabe, le nègre, c’était comme ça! Le mieux est aussi de se laver, de se blanchir un peu, de se dire que l’on était comme ça. J’ai une entière confiance dans le public et ne peux imaginer qu’il le prenne mal. Si tel était le cas cela voudrait dire que nous sommes de mauvaises personnes. Il n’y a pas la moindre complaisance dans l’œil, au contraire. Il faut jouer le premier degré, enfoncer le clou. Hubert n’est pas haineux, juste ignorant, truffé d’idées reçues sur la France, le juif, les conneries que l’on peut entendre.
Je m’amuse. Le jeu de Errol Flynn m’amuse, il est assez généreux et assez désuet. Il fallait aller plus loin que dans le premier, trouver des situations cocasses comme dirait Hubert.
Bien sûr, c’est aussi ce cinéma qui m’a fait rire. C’est donc la moindre des choses de le rendre. Mais le film de Michel est plein de références, il adore ça.
Parfaitement. Il a toujours été là, il fallait juste réinventer quelque peu la gestuelle. Et nous ne nous sommes pas gênés pour lui flanquer un petit coup dans la gueule. Je ne suis ni dans le pastiche, ni le panache du premier, mais plus dans la décontraction.
Je suis plus sérieux, pas du tout blagueur. Je peux avoir des fous rire sur un plateau, j’adore chercher, trouver, bidouiller, c’est vraiment une salle de jeu. Là, nous nous sommes souvent amusés à se bagarrer, genre cours d’école.
Forcément, j’avance masqué depuis un certains temps, suis souvent déguisé. J’incarne des personnages avec des coupes, des voix, des gueules, c’est peut-être aussi une manière de fuir ce que le métier demande, à savoir de lâcher prise, de donner un peu plus de soi. J’y arrive un peu plus. Amener à tourner avec Nicole Garcia (NDLR : le tournage de Un balcon sur la mer début dans deux ou trois semaines) il va me falloir ouvrir d’autres portes. J’apprends. Je n’ai pas envie de me dire que je suis arrivé, installé, pas plus qu’on me le dise, que l’on me donne un numéro. Je veux encore monter les marches. Des tas. J’ai juste besoin d’avoir toujours une prise terre, de gérer mon parcours. N’étant pas dans le plan de carrière, je fonctionne à l’instinct.
Faire ce métier permet de sortir un peu de soi même car vous pouvez être terriblement auto-polluant. C’est aussi pour cela que jouer, me prendre pour quelqu’un d’autre me fait du bien. J’ai la chance de pouvoir réinventer ma vie en prolongeant l’enfance, en m’amusant comme un petit fou. Il est juste question de savoir si « tu te sens dedans ou un peu à côté ». J’ai l’impression d’être dans le second cas de figure. Je ne suis pas au-dessus, juste à côté de cette espèce de famille du cinéma, je ne sais pas trop comment l’appeler. Je ne crois jamais ce que l’on peut dire de moi. Tout cela est tellement éphémère. Un jour vous êtes super, le lendemain une vraie merde et ce en fonction des chiffres, même pas de votre talent.
Obligatoirement ! Vous lâchez des choses à 25 ans, d’autres la trentaine passée. J’aime l’idée d’apprendre à me donner les moyens pour y arriver tout en sachant que je me lasse très vite. Il n’est pas question de tout bouffer d’un coup. Pour continuer, durer, être heureux, sachant qu’il y aura des traversées du désert, inévitablement car nous sommes toujours dans la mode, le rendement, il faut pouvoir se faire un peu rare, toujours se réinventer, s’amuser, être content. Je suis très heureux sur un plateau et comment pourrai-je me permettre d’être blasé par ce bonheur, cela serait indécent, insultant. Surtout en ce moment.
Il s’amusait. Rentrer dans des plans de carrière veut dire calculer et par conséquence vous n’êtes plus honnête et cela se voit. Vous faites des mauvais coups et je ne veux pas en faire. J’aime tous mes films. Je n’ai jamais cachetonné. Je vais sur un projet avant tout en tant que spectateur.
Elle m’a détendu, libéré. Il fallait avoir un fou rire dans un déguisement et il n’y a rien de plus monstrueux qu’un faux fou rire. Il fallait que je parvienne à mes fins en sachant que ce n’est pas l’acteur qui se marre mais bien le personnage. Je redoutais cette scène comme aucune autre, la réussir m’a détendu pour tout le reste.
J’ai trouvé avec eux mes « Audiard ». Michel a cette science de l’humour, sait ce qui est drôle. Il a la vérité. Mais nous n’allons pas pour autant arriver avec des médailles en se disant avoir tout compris à l’humour.
Non. J’ai effectivement eu besoin de l’apprendre énormément, de m’amuser avec les mots. Les dialogues ne laissent aucune place au hasard d’autant que le phrasé n’est en rien contemporain, le langage est même désuet. Pour archiver tout ce lexique, me l’approprier, je l’ai lu encore et encore, les quelques improvisations possibles étant dans le visuel.
Il bouge agent secret. C’est mon petit boulot d’aller voir des films, de faire mes courses dans les Newman, les films de la Nouvelle Vague. A l’époque, la vedette amenait le personnage à elle, à ce qu’elle pensait être bon pour elle. Dans le premier OSS 117 j’avais Sean Connery en tête, à moi de trouver autre chose dans les années 60.
Complètement, un côté les aventures de Tintin. Ce film s’apparente à une grande cour de récrée. Ce fut un pur bonheur, grâce à Michel, à toute l’équipe. Il ne s’est jamais énervé. Chacun à aider l’autre et l’on traverse toutes les tempêtes quand cela se passe ainsi, l’on est fort.
A l’époque, l’on me parlait d’image et je disais m’en foutre. Je n’ai pas d’image, ne cherche nullement à plaire à telle catégorie. Un acteur doit tout essayer. Les mots comme contre emploi m’énervent, je ne sais pas qui a pu les inventer. Comme « bankable », insupportable et complètement obsolète. Des gens me le sortent encore, me disent vous êtes l’acteur le plus « bankable ». Ma seule envie sur le moment est de leur dire ta gueule « tu te la mets au cul ton interview ». Cela devient même insultant. Ils répètent un mot comme portés par une grande transhumance, tout le monde suivant l’autre. Je n’ai pas d’image et ne veut pas en avoir. Je brouille les pistes, prends les gens de vitesse.
C’est l’idée, la vie n’est excitante que comme cela. Tout contrôler empêche de bouger. Je laisse des places à la surprise, aux projets, lectures…. J’ai, toute ma vie, évité l’idée d’aller au bureau, voulu être maitre de mon destin. Ce métier me convient complètement.
Plutôt un jouisseur. Je suis très conscient de ce qui se passe, l’apprécie plus qu’avant, plus simplement. Je m’angoisse moins.
Oui peut-être, même si chaque film est comme un premier. J’ai toujours des angoisses. C’est bien d’être inquiet, avant je l’étais simplement dans le mauvais sens et cela pouvait me polluer. Aujourd’hui mes angoisses me servent de sas de contrôle. Je regarde ou je mets les pieds, me demande si je suis sûre que c’est moi…
On y va. La confiance passe par le regard de quelqu’un. C’est parfois rien, un mot qui manque, des détails, cela me permet juste de savoir qui je suis où je vais. J’observe les gens, je m’observe aussi, comme je vous disais. Il y a dix ans, j’étais dans un bar sur une petite scène d’un mètre carré, personne ne m’a aidé. Le parcours est marrant, j’avais trois sketches. Aujourd’hui je me demande pourquoi j’en suis là. C’est aussi pour cela que je n‘y crois pas. On t’accuse d’avoir la grosse tête parce que tu es connu. En gros, « t’es connu, t’es donc un con, tu te mets à la coke, te fais des putes et ne vois plus personne ». Tout est une question d’équilibre pour ne pas se laisser dévorer. Pas facile !
Je ne suis pas drogue. Ce film s’apparente plutôt aux week-ends quand je m’amusais à être un agent secret, j’avais un pistolet à pétards, je jouais dans le garage, dans la ferme de mon oncle entre les bottes de paille. Maintenant, je me déguise et l’on m’en donne les moyens. Il y a des belles bagnoles, des belles nanas, t’es sur une plage… Tu te demandes pourquoi ? Quelle raison peut bien pousser des gens à m’offrir cela ? Je vois cela comme une espèce de samedi sans fin plutôt qu’un shoot.
Ce métier est clairement le prolongement de l’enfance. Ceux qui le font sont obligatoirement des gamins. Mais ne dit-on pas, je joue la comédie, au sens ludique et non pas incarner. Il y a ceux qui incarnent et ceux qui jouent, j’aime bien les seconds.
Oui, moins ceux qui commencent à analyser pourquoi. J’aime les jouisseurs joueurs.
Complètement. C’est un besoin, sinon on meurt. Un humoriste seul dans sa loge peut-être en déprime totale. C’est souvent lié à cette envie de donner du plaisir à ceux qui vous rendent vos sourires, vous dise en gros, « je t’aime, t’inquiète pas ». Tout part de là, de ce besoin d’être aimé.
Et comment. J’ai un bol extraordinaire !
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