Belén Rueda |
Connue en Espagne pour avoir été animatrice télé puis comédienne de séries, Belén Rueda s'est illustrée dans Mar Adentro, avant que le succès de L’Orphelinat ne fasse d’elle la comédienne la plus sollicitée du moment. L'actrice se donne corps et âme dans le film de Juan Antonio Bayona. Sincère et modeste, elle revient sur une expérience hors du commun…
Oui, mais je m’étais en quelque sorte conditionnée malgré moi. J’ai commencé à lire le scénario dans ma maison, qui est assez grande. J’étais seule, il faisait nuit et l’absence de bruit en ajoutait encore. A la page 10, j’avais une telle peur que j’ai remis la suite pour le lendemain, à la lumière du jour. Mais j’ai ensuite littéralement dévoré le script tant il surprend en permanence et multiplie les rebondissement inattendus. Je ne suis pas très amatrice de films d’horreur, mais celui-là m’a captivée. Et la rencontre de Guillermo Del Toro, de Juan Antonio Bayona et du scénariste Sergio Sanchez n’a fait que finir de me convaincre. Entre eux et moi, ce fut comme un coup de foudre.
Oui, le tournage baignait dans une ambiance particulière, une atmosphère un peu lourde. De l’extérieur, on aurait pu croire que l’horreur se situait là, sur le plateau. Particulièrement lorsque nous avons tourné dans cette grande maison des Asturies. Il y flottait quelque chose de spécial, de « chargé ». Ce n’est qu’après le mois que nous y avons passé que j’ai appris que la famille qui y vivait l’avait quittée après que l'un de ses enfants ait été tué par une voiture, dans le parc. Ne comptez pas sur moi pour y retourner toute seule.
Il fallait que je perde du poids afin que Laura soit crédible à l’écran. Avant le tournage, nous en avons longuement discuté avec Juan Antonio Bayona. Quand quelqu’un vit une telle expérience, il ne dort plus, ne mange plus, se néglige… L’état intérieur se traduit à l’extérieur. Perdre du poids m’a permis de faire ressortir mes traits, de prononcer les cernes sous les yeux. Avec une carcasse dans cet état, qui m'aidait à rendre mon personnage crédible, je n’avais plus qu’à concentrer mon jeu sur les émotions, les situations du moment. Ce qui m’a beaucoup aidée, même si c’était assez épuisant.
Il fallait que je me montre à la hauteur du scénario. Il était si brillant, si bien construit que cela a constitué un plaisir de me lancer ce défi à moi-même. Reste qu’avec le recul, si j’avais pu, j’en aurais modifié deux ou trois détails. Particulièrement dans la scène où, lors de la visite de la médium jouée par Geraldine Chaplin, Laura subit des moqueries de son mari. C’est alors qu’elle se fâche, et on la sent alors vraiment borderline. Ce fut délicat à jouer, car Laura sait qu’elle doit se montrer rationnelle pour convaincre son entourage. Dans ces circonstances, pas question de surjouer, ni de sousjouer, d’ailleurs !
Certainement. D’autant plus que, la journée terminée, je ne pouvais pas rentrer chez moi, à Madrid. J’étais soit à Barcelone, soit dans les Asturies. A l’hôtel, j’amenais avec moi un peu de l’atmosphère du tournage, un peu du personnage. Parfois, dans la rue, Laura me poursuivait, me poussait à observer les passants, à les regarder de près. Mais je ne renouvelais pas trop l’expérience, de peur de passer pour une folle, ou de devenir folle.
Oui. Les thèmes qu’il aborde sont universels, depuis la peur de la mort jusqu’à l’éclatement de la cellule familiale. Je l’ai remarqué à la première lecture du scénario. A la suivante, je l’ai ressenti avec un mon propre vécu, mon expérience. Encore faut-il ensuite aller au-delà, se servir des expériences d’autrui pour construire un personnage différent de la personne que vous êtes. Plus riche, et plus objectif par conséquent. Ainsi, quand j’ai dû incarner Laura ayant perdu la raison, je ne suis pas entrée dans la peau d’une femme folle, mais dans celle de quelqu’un qui, connaissant un sérieux problème, perd la raison. Ça change tout. D’ailleurs, autour de nous, combien de personnes souffrent-elles de problèmes mentaux sans que personne ne s’en aperçoive ?
A ce sujet, Guillermo Del Toro affirme que le cinéma fantastique permet de raconter des histoires qui existent uniquement dans l'univers mental. A partir du moment où vous imaginez quelque chose, ce quelque chose existe...
Le bon ? Malgré les difficultés, ce sont les quatre mois de tournage, les liens d’amitié qui se sont noués avec l’équipe. Difficile de se séparer après tout ce temps passé ensemble. Les mauvais ? Deux ou trois séquences qui ont exigé que je revive des moments difficiles et douloureux de ma propre existence. Ce fut émotionnellement dur. Le paradoxe, c'est que ça fait aussi partie de la beauté de mon métier !
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