Gérald Thomassin |

« A l'exception de Jane Birkin, je n'ai jamais eu très envie de tourner avec des acteurs. Non pas que je prétende en faire le tour en une seule fois, mais le côté on reprend les mêmes, ça me renvoie aux colonies de vacances. » Et pourtant Jacques Doillon ne s'est pas privé pour le faire avec Gérald Thomassin. Après l'avoir découvert en 1990 et lui avoir confié le rôle titre de son Petit criminel, le réalisateur récidive avec Le Premier venu. L'homme à qui la jeune héroïne, Clémentine Beaugrand, donne son amour, c'est lui.
Moustachu, le front à peine ridé par une trentaine légèrement entamée - Gérald Thomassin aura 34 ans en septembre prochain -, l'acteur s'est replongé sans se faire prier dans l'univers de son premier metteur en scène. Doillon craignait simplement « que son désir de refaire un film avec moi ne soit pas assez fort ». Il n'en fut rien. Le duo ne s'était pas perdu de vue. Un premier film, ça crée des liens. « Je savais que malgré sa présence inouïe, et bien qu'il ait refait des films, le cinéma n'était pas son désir. » Jusqu'au dernier moment, soit peu de temps avant le tournage, le réalisateur s'attendait à recevoir un texto annonçant une défection. Tout faux. Mieux, pour Le Premier venu, Gérald Thomassin s'est plié sans sourciller aux désirs du cinéaste.
Gérald Thomassin a tout juste 17 ans quand Jacques Doillon lui demande de camper un môme à l'abandon qui commet un vol et braque un flic, en l'occurrence Richard Anconina, bref d'être son Petit criminel. L'adolescent explose, tout de naturel et d'intensité. La profession n'y voit tellement rien à redire qu'elle lui décerne le César du Meilleur espoir.
Natif de Pantin, le comédien en herbe ne tarde pas à se retrouver devant la caméra. En 1992, il s'engage pour la Tendre guerre déclenchée par Daniel Morin. Puis c'est au tour de Gaël Morel de craquer sur son côté brut de décoffrage, d'écorché vif. Il l'emmène illico prendre La Vie à rebours. Délinquance et errance sont une nouvelle fois au menu, comme si cela lui collait à la peau. En même temps, à y regarder de plus près, la filmo de Gérald Thomassin ne brille pas par l'abondance de comédies. Il y en a bien une ou deux, du style L'Annonce faite à Marius de Bunny Schpoliansky avec Pascal Légitimus, mais pas de quoi remplir un dépliant.
Le noir sied plutôt bien à Thomassin. Du centre de réinsertion de Un pur moment de rock'n roll au foyer pour handicapés implanté au bord de la Nationale 7, il parsème son parcours de personnages cabossés, torturés, en quête de reconnaissance et d'amour.
Gérald a 27 ans quand Nicolas Klotz lui demande de se prendre pour un Paria. Et puis il croise Marion Cotillard encore méconnue dans Une Affaire privée. Et puis Vincent Cassel le transforme en paysan labouré par une existence sans avenir dans un Sheitan déglingué. Gérald n'a jamais cherché à percer, à se faire un nom. Il aurait pu visiter des tas d'univers, montrer sa gueule sur les plateaux des plus grands. Pas le genre !
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