Michael Haneke |
Le cinéaste autrichien Michael Haneke vient de recevoir la Palme d'or pour son film puissant Le Ruban blanc sur un étrange village protestant de l'Allemagne en 1913. Rencontre avec l'équipe du film.
Michael Haneke : Si c'était exclu que les enfants réagissent d'une autre manière, le monde serait encore plus désespéré.
Ulrich Tukur : Tout d'abord, j'ai été ravi d'avoir pu pour la première fois jouer avec Michael Haneke. Lorsqu'il m'a présenté son scénario, je l'ai trouvé incroyable, d'une précision extraordinaire. Et le film a tenu ses promesses. Je ne vois pas la situation d'une manière aussi désespérée que vous. C'est vrai qu'il présente des personnages froids, mais il présente aussi des personnages qui donnent de l'espoir. Il y a par exemple cette histoire d'amour, très tendre et généreuse, jouée par Christian et Leonie. C'est vrai que ce film présente un microcosme de cette société d'abord allemande, et ensuite européenne. C'est une société qui a disparu.
Ulrich Tukur : J'ai toujours voulu jouer un baron, j'ai toujours voulu être le propriétaire d'un château, j'ai toujours voulu monter à cheval. Je voulais être le propriétaire d'une immense propriété et ressentir ce que ça pourrait m'apporter. Sans plaisanterie, je ne ressens pas mon personnage comme étant mauvais en soi. Il est pris dans la société dans laquelle il évolue, une société que l'on ressent déjà après la première guerre mondiale et appelée à disparaître bientôt. Il n'est pas complètement mauvais, et c'est même un personnage que je trouve touchant.
Michael Haneke : C'est un projet sur lequel je travaille depuis près de dix ans. D'abord, je me suis intéressé à filmer un groupe d'enfants auquel on inculque des valeurs absolues. Et je voulais montrer comment ce groupe d'enfants cherche à intérioriser cet absolutisme. Et je voulais montrer que toute forme d'absolutisme peut mener à du terrorisme. Un des titres que j'avais retenu pour ce film était «La main droite de Dieu». Ca veut dire que ces enfants se prennent pour la main droite de Dieu. Ils ont compris les lois et les idéaux et les suivent lettre par lettre. Naturellement, tout le monde, même s'ils prêchent un idéal, ils ne vivent pas dans cet idéal à 100%. Si vous êtes convaincus que vous devez le vivre à 100%, vous agissez en terrorisme. Je voulais aussi que le film ne soit pas uniquement pris comme un film sur le fascisme. J'ai voulu faire un film où l'on comprend que n'importe quel idéal peut être perverti dès qu'on l'érige en absolu. Si on ne parle que de ce problème du fascisme allemand, c'est un peu facile pour les spectateurs de se dire que ce problème n'est qu'allemand. Je pense que ce film est le problème de tout le monde.
Michael Haneke : Toutes les images que nous connaissons de cette époque, la fin du 19ème siècle, début 20ème siècle sont en noir et blanc. Ensuite, je dois avouer que j'adore le noir et blanc, et je saute sur la moindre occasion pour tourner en noir et blanc. Il y a un rapport entre ma décision d'utiliser la voix du narrateur qui apporte un effet de distanciation et aussi le noir et blanc entre dans la tradition du naturalisme qui prétend recréer le monde en conservant ce rapport à la réalité. Ce sont les raisons qui m'ont poussé à utiliser le noir et blanc.
Michael Haneke : Je traite de la violence dans tous mes films. Je pense que quand on vit dans cette société, il est incontournable de parler de la violence. C'est vrai que dans d'autres films, j'ai parlé de la représentation de la violence dans les médias. Pour moi, ce qui compte, c'est de trouver une représentation adéquate au sujet que j'ai choisi de traiter. Chaque film, chaque sujet, doit définir sa propre voix.
Michael Haneke : Pour le choix des comédiens, je cherchais des visages qui correspondaient aux visages de l'époque. On a porté une grande attention à l'apparence physique des acteurs. On a passé près de 6 mois à rencontrer près de 7 000 enfants pour trouver les bons comédiens. Mais au-delà de cette dimension physique, ce qui importait était de choisir les comédiens pour leur talent. Pour les adultes, c'était un peu différent. Je pensais à beaucoup d'autres comédiens. La grande question est de trouver non seulement d'excellents comédiens, mais de choisir le comédien pour le bon rôle. Et je suis soulagé et ravi d'avoir réussi ce casting.
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