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George Clooney

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George Clooney, pas si dupe que ça !

  • George Clooney, pas si dupe que ça !Considéré comme l’un des hommes les plus sexy de la planète, George Clooney s’amuse depuis quelques années à faire les beaux jours du cinéma. Craquant, sacrément « express-chaud », il fait fondre les écrans et ceux assis devant. La désinvolture en guise d’armure, il grimpe les échelons de la notoriété à la force du talent. Son premier film Confessions d’un homme dangereux laissait entrevoir une belle maîtrise, le deuxième, Good Night and Good Luck a épaté. Le troisième Jeux de dupes, ne manque pas d’arguments sous ses airs de ne toucher qu'à la comédie. Echanges engagés sur le terrain de jeu de la star, L.A.

     

  • Par Gwen Douguet (22/04/2008 à 11h34)

 

Vous vouliez jouer au baseball en professionnel et vous voilà racontant les prémices du football américain sur le ton de la comédie.

Comme quoi. L’idée m’a été apportée il y a quelques années par Steven Soderbergh et ne pouvant s’y coller, j’ai essayé de la plaquer moi-même sur grand écran.

 

Votre père avait la réputation d’être un journaliste collant au plus près des faits, de la vérité. En faisant un tel film, comme c'était déjà le cas avec Good Night and Good Luck, est-ce une manière de dire qu’à l’époque la déontologie n’était pas la même qu'aujourd'hui ?

J’avais fait cela avec Good Night and Good Luck. J'évoquais la responsabilité qu’il y a à ne pas trahir, à bien retraduire les événements. Je parlais de l’importance de poser les bonnes questions, celles qui éventuellement dérangent quand tout le monde s’aligne, se plie. Jeux de dupes résulte davantage de l’envie de créer un monde qui serait amusant et plaisant, comme de donner le travail de journaliste à une jeune femme dans un quotidien, ce qui était à l’époque impensable. Faire le genre de film à la The Front Page, La Dame du vendredi. Et tout cela en confiant à l’un des personnages la détention d'un secret militaire, un acte commis pendant la Première Guerre, enjolivé une fois la victoire remportée. Je voulais donner à une journaliste, elles n’étaient pas nombreuses à l’époque, le pouvoir de décider ce qu'elle compte faire de la vérité, si elle va en tirer profit ou pas, la publier ou pas. Et en même temps, je désirais m’interroger sur le fait de savoir si on souhaite vraiment faire descendre nos héros de leur piédestal.

 

Vous poursuivez un peu les interrogations d’un Clint Eastwood dans son Mémoires de nos pères, avec des soldats bombardés héros... Comment l’on peut passer de la gloire au mépris ?

Absolument. Je m’interroge sur notre possible réaction face à nos héros, ou annoncés comme tels. On vient de vivre un curieux événement avec l’épisode Hilary Clinton. La candidate a annoncé avoir débarquée en Bosnie sous les balles des snipers, alors qu’on l'a vue sortir de l’avion sous haute protection, et sans le moindre tir aux alentours. Sans la vérification et le recoupement des images, le mensonge serait passé comme une lettre à la poste. Ce qui ne m'empêche de penser que nous avons besoin de nos héros. S'ils ne collent pas complètement à notre vision, nous la réajustons, la corrigeons pour qu’ils soient parfaits sur la photo. Que ce soit en les détruisant ou pas. Ils nous aident aussi à nous construire.

 

A la télé ce dimanche - la rencontre a eu lieu le 16 mars -, Joel Osten, un prédicateur a mis l’accent sur l’importance qu’il y a à « reprogrammer notre esprit, pour faire en sorte d’être en paix, de ne pas se cacher derrière un secret, un défaut ». C’est un peu l’histoire du personnage central de Carter, le héros de guerre adulé devenu un as du football ?

Intéressant. Carter, le personnage central du film, est effectivement un peu dans cette position. Quand vous pensez à lui, et d’une certaine d’une façon moins innocente à ce qui s’est passé avec le gouverneur de New York...

 

Spitzer !

Oui. Carter cache un secret qu’il sait être un mensonge. Il n'est pas sans ignorer qu’un jour ou l’autre cela va se retourner contre lui. Cela devrait le tarabuster chaque nuit avant de s’endormir. Spitzer a sans doute éprouvé la même chose (le gouverneur a été pris dans un scandale, contraint de démissionner car il couchait avec une prostituée pour 80 000$, ndlr). Je me souviens l’avoir vu paradant à la télévision brandissant ses thèmes de croisade, dénonçant entre autre ce pour quoi il vient de se faire épingler. Cela doit vous tenir éveiller, sachant que tout peut vous exploser à la figure en une seconde.

 

En français Clooney pourrait se rapprocher de «clown-né». Vous êtes né ainsi…

Oui, bien vu, c’est moi.

 

Car vous êtes une sorte de cocktail, pas automatiquement physique, entre Buster Keaton, Groucho Marx et Cary Grant, vous aimez le burlesque…

J’aime ce que vous dites.

 

Et votre film est un hommage à ces gens, à des réalisateurs comme Capra ?

Indiscutablement. J’ai essayé en fait de voler chez chacun d’eux, de prendre le meilleur et de le mettre à l’image.

 

Voler chez les meilleurs, Woody Allen raconte que le geste est en fait très sain. Qui peut bien s'offusquer ?

Exactement, j’ai d’ailleurs écrit une lettre à Joel et Ethan Coen en leur précisant leur avoir piqué un plan, une idée. Et ils m’ont répondu que ce n’était pas grave, qu'ils avaient déjà volé le truc à Preston Sturges. Cela fait partie du processus de fabrication d’un film que de prendre toutes les idées qui vous plaisent et de les adapter à votre personnalité, pour qu’elles aient vos émotions, votre sensibilité. Vous ne pouvez juste les voler, il faut les patiner à votre façon.

 

Vous aimez écrire, vous faites des photocopies de toutes vos lettres...

J’adore ça. Toutes oui, vous avez raison. J’ai dernièrement reçu une lettre de Paul Newman, et c’est assez amusant que d’avoir un morceau de papier portant sa signature, relatant ses propos sur un certain sujet. Les mots voyagent de plus en plus via le Net, les portables, ils ne sont plus le fruit de votre propre écriture, de votre main. Nous n’aurons plus de traces de lettres écrites et cela me manquera. J’aime cette idée d’échanger des idées par courrier, de les écrire à la main.

 

A propos d’écriture, votre père à publié un livre, The Movies that Change Us ( Les films qui nous ont changé). Est-il possible que l'un de vos films puisse avoir cet effet, comme Syriana, Good Night and Good Luck, voire Jeux de dupes, qui n’est en rien innocent?

Je ne sais pas si un film seul change quelque chose, nous change et a une influence, mais je crois qu’une idée qui revient dans plusieurs films peut avoir de l’effet. Si l’on pense au mouvement des droits civiques, on pense à Dans la chaleur de la nuit et Devine qui vient dîner ? Bien des Américains pensaient comme le personnage incarné par Spencer Tracy. C'est bien de pouvoir commencer à discuter grâce aux films, d'échanger des idées, et j’ai envie de faire partie de ces conversations. Le piège est de ne pas essayer de sermonner, de prêcher, de ne pas dire aux gens ce qu’ils doivent penser mais de leur donner matière à réfléchir, à approfondir. Pour en revenir à Joel Osten, il est sympa, c’est un sacré prédicateur, sans doute le meilleur dans son genre car il va vers les gens de manière positive. Il ne dit pas que vous allez en enfer si vous agissez de telle manière, il leur explique au contraire comment aller au paradis en se comportant de telle façon. Son succès est le fruit de son discours positif. Il en va de même pour le cinéma. Ou alors vous arrivez en prétendant détenir la vérité, en déclarant au public qu’il lui faut penser de cette manière, qu’il lui faut apprendre la leçon racontée, ou alors vous évoquez le sujet en parlant de possibles options. Vous lui proposez diverses solutions, sans juger à sa place, vous l’aidez juste à se demander pourquoi il peut avoir tort en agissant ainsi, en pensant cela. C’est, je crois, une meilleure approche pour essayer de modifier le comportement. Je déteste les idées préconçues, les gens qui croient détenir la vérité, que seule la leur est la bonne.

 

Vous avez regretté avoir été trop longtemps absent des différents drames qui secouent l’Afrique, mais vous êtes allé au Darfour avec votre père, et vous êtes aujourd’hui messager de la paix pour l’ONU. Votre définition de la culpabilité – le film en parle aussi – a-t-elle changé au fil des ans ?

Bien sûr. J’ai été élevé en bon catholique, qui plus est le versant irlandais. C’est dans les gènes. Et plus vous devenez célèbre et plus vous vous sentez coupable. Vous avez donc besoin de donner, d’apporter votre pierre de telle ou telle manière. Je dois dire qu’en janvier quand nous étions au Tchad, et que le coup d’Etat se préparait nous nous sommes retrouvés coincés entre les rebelles et les troupes gouvernementales. On pourrait penser qu’il me serait plus agréable de me prélasser au bord de la piscine de ma villa en Italie en sirotant un bon vin. Mais il y a des moments ou la culpabilité vient vous chatouiller, vous déranger dans votre confort.

 

Lors du concert donné en Suède en l’honneur du prix Nobel de la paix, Al Gore déclarait que la nouvelle génération est celle d’un tournant, autour des thèmes du réchauffement, du Darfour et de nombre de sujets…

Il a dit cela ! Wouah, c’est réconfortant. On a beaucoup discuté ensemble. Oui, c’est peut-être la génération du changement. Aux Etats-Unis, aujourd’hui les jeunes changent. Leurs aînés ont été impliqués dans des mouvements dans les années soixante, la révolution sexuelle, la drogue, la contre-culture, l’opposition au Vietnam. Ils étaient contre la guerre, car elle était synonyme pour eux d’aller au front. Mais là, c'est différent, notre armée est faite d’engagés. Mais bref, à cette époque ils parlaient beaucoup, fustigeaient le gouvernement. Là, pour la première fois lors des primaires qui se sont déjà déroulées, ils sont venus voter en masse. Ce qui signifie que pour la première fois, ils peuvent avoir une influence sur l'avenir de leur pays, sur ce qu’il sera quand ils prendront les rênes. C’est assez excitant. Barak Obama n’est pas étranger à un tel comportement. Il a réussi à faire en sorte qu'ils se sentent concernés par leur avenir. Il les a amenés à être impliqués dans ce que fait votre gouvernement.

 

Quatre ans plus tôt, vous aviez regretté que John Kerry ne se soit pas battu comme il aurait dû. Vous disiez qu'il se prenait pour Kennedy, mais sans en avoir le talent. Barak Obama, lui, fait référence à Robert Kennedy. Est-il sur de bons rails ?

Espérons. Pour dire la vérité, les gens pensent qu’il n’a pas trop de consistance, que ceci, que cela. Mais il ne faut jamais oublier que nous ne sommes pas un peuple d’idiots, on sait reconnaître certaines choses. On est tout à fait capables de se rendre compte qu'il peut amener des millions de gens à avoir un comportement positif pour leur pays au lieu de juste aller faire des courses comme le fait notre actuel président…

 

Ou boire…

Oui. Cela peut changer. Cela va nécessiter un foutu travail pour que nous retrouvions l’estime du reste du monde. Les dégâts engendrés pendant sept, disons six ans ont été terribles.

 

Interrogé sur sa possible vision du monde s'il avait été élu en 2000, Al Gore préfère répondre qu’il faut aller de l’avant, que cela ne sert à rien…

Cela a tenu à quelques milliers de voix. Sachant qu’il était opposé depuis le début à la guerre, on ne peut que le regretter encore plus. Le monde aurait eu une autre allure. Il ne serait jamais allé en Irak, aurait construit des coalitions, se serait assis avec Sharon et Arafat en leur disant de trouver une véritable solution avant que cela n’empire. Juste au moment ou Arafat déclarait nous sommes tous des Américains. Nous avions l’opportunité de métamorphoser la tragédie du 11 septembre en quelque chose de positif et au lieu de cela on en a fait le plus grand merdier. Nous n’avons jamais été pires en matière de politique étrangère.

 

En faisant vos films, Jeux de dupes compris, vous creusez dans la conscience et l’inconscient de votre propre histoire pour mieux vous connaître ?

Oui, vous avez raison. Comme acteur par exemple, mais aussi comme être humain, je pense qu’il est indispensable de ne pas se regarder le nombril, de pouvoir se moquer de soi-même. C’est pour moi capital. Il est important de montrer du doigt nos défauts. Dans le film je blague beaucoup sur mon âge, je parle de ma taille. Je ne suis pas si petit, je fais 1,80m.

 

Certains le disent, comme Brad Pitt ?

Ce qui m’éclate. Le piège est d’être le premier à désarçonner l’adversaire en pratiquant l’auto-dérision. J’ai qualifié cela de la technique Kennedy. Il est président des Etats-Unis, nous sommes en 1961 et il y a l’épisode de la Baie des cochons. C’est ce que l’on pouvait faire de plus stupide. Ils avaient tous prévus de le flinguer le jour de la conférence de presse. J’ai la vidéo. C’est la plus incroyable que j'ai jamais vue. Il arrive, ils sont prêts à le bouffer tout cru, « et avant que personne ne dise quoi que ce soit », déclare-t-il, « tout est de ma faute, j’ai écouté les avis, mais c’était ma décision et je me suis trompé ». Tous sont restés sur le cul. Il a désamorcé l'affaire en se moquant de lui-même. Il s’agit de cela dans le film. J’aime cette facilité américaine à pouvoir le faire.

 

Avec l’absurdité humoristique propre aux Coen ?

Je leur ai piqué et je ne leur ai rien laissé (rires).

 
 

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