Bernard Campan |
Après Les Trois Frères, Le Pari et Les Rois mages, Bernard Campan vole de ses propres ailes et signe La Face cachée, un film intimiste et pudique.
C’est un glissement progressif. En tout cas, ce film confirme mon désir d’aller vers des voies différentes du comique, d’explorer plus à la vertical et aller au fond des choses. Une part de ce que j’avais pu découvrir dans des rôles comme celui que je tenais dans Se souvenir des Belles Choses où j’ai appris à lâcher prise dans le jeu. Et j’ai retrouvé cette sensation dans l’écriture. J’ai fait ce film en apprenant à me délester de certaines prétentions ou de certaines exigences, à m’abandonner à ce qui arrive, à me laisser surprendre par un sujet et par la forme qu’il prend. Ce qui est assez lié à ce que j’avais découvert en travaillant avec Zabou Breitman.
Le titre donne une clé de lecture. C’est un film sur la suggestion qui, étymologiquement, signifie porter par en dessous, quelque chose que l’on ne voit pas et qui sous-tend, comme une trame. Aujourd’hui alors que je réfléchis au film par rapport aux questions que l’on me pose, je pense que j’ai dissimulé le plus de choses possible dans le film pour mieux en révéler d’autres.
La pathologie dont souffre le personnage de Karin Viard est un faux sujet, qui s’intègre complètement au film sans en être le sujet principal. Je ne sais pas comment est venue cette idée mais je sentais que cela servait un thème plus profond qui est la conscience de la réalité. Et à travers le mystère d’Isa, je rejoins le sujet du film : «comment être dans le réel, à travers une femme qui ne l’est justement pas». Et lorsque la révélation se fait, on adopte un deuxième regard qui nous montre que le premier n’était pas forcément le bon. On m’a souvent proposé de dévoiler dès le départ la pathologie dont souffre Isa. Mais ce n’était pas mon film. Je voulais que l’on soit dans le regard de François et que l’on n’ait jamais d’avance sur lui.
Si j’avais traité de la maladie, je serais tombé dans le social. Or mon but, c’est l’humain et tout ce qui fait l’humain. Du coup, j’ai dépouillé le film de tout ce qui pouvait ramener au social. Par exemple, on ne connaît les professions de ce couple. Du coup, le film se passe durant les week-end. Et plus j’enlevais, plus j’avais l’impression que cela prenait du sens. En espérant que l’on resterait au cœur de ces deux êtres humains et de leur histoire d’amour…
L’idée était d’être dans le plan séquence car nous sommes dans le regard du héros. Or il me semble que le regard subjectif s’apparente à un plan séquence. Après j’ai joué sur différentes valeurs de cadre. Mon film est comme un chemin de crête, il fallait trouver un équilibre, ne pas être dans le trop explicatif ni dans le trop peu d’informations. Et j’avais toujours ce guide pour choisir le cadre : trouver la juste mesure, la bonne distance. Comment on l’estime ? Je ne saurais pas l’expliquer. C’est vraiment de l’ordre du ressenti.
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