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Terry Jones

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Terry Jones, retour au Big Bazar

Plus de trente ans après sa première diffusion en Grande-Bretagne, le « Flying Circus » n’a rien perdu de sa « verdeur », de son pouvoir à la fois comique et subversif….

Etrange, non ? J’ignore pourquoi certaines choses résistent à l’épreuve du temps et d’autres non. A l’époque, les autres Monty Python et moi-même étions loin de nous douter que, plus de trois décennies plus tard, le « Flying Circus » serait encore diffusé, porté par d’autres supports. A la fin des années soixante, la durée de vie d’un tel programme n’était que de quelques mois. Généralement, c’était une rediffusion et tout s’arrêtait là. Une raison financière à cela : les enregistrements vidéo coûtaient si cher que la BBC y renonçait. Plus facile de tout effacer et de réenregistrer autre chose sur la bande magnétique. Le « Flying Circus » aurait disparu, à l’instar des émissions de Peter Cook et de Dudley Moore, si une chaîne américaine n’avait pas fait l’acquisition des droits de diffusion.

 

L’effacement des bandes vidéo résonne pourtant comme une ultime sanction à vos « dérives »…

Rien qui ne soit dirigé contre nous dans ce genre de décision. C’était alors la politique de la chaîne : elle gardait les bandes pendant généralement deux ans et, au terme de cette période de conservation, effaçait tout. Peu de shows comiques ou parodiques y ont résisté. Par contre, BBC se faisait un point d’honneur à archiver les ballets, les cérémonies officielles, les apparitions de la reine.

 

Surprenant que la BBC n’ait pas prématurément mis fin au « Flying Circus » alors qu’elle en avait le pouvoir…

La BBC soufflait le chaud et le froid sur nous. D’un côté, ses dirigeants, très conservateurs, ne portaient guère l'émission dans leur cœur et ne manquaient pas une occasion de nous le faire savoir. On ne peut pas dire qu’ils étaient très portés sur sa promotion d’ailleurs ! C’était un peu le vilain petit canard de la chaîne et il fallait le cacher. D’un autre côté, alors qu’ils auraient pu en décider l’arrêt, ils ne l’ont pas fait. La BBC fonctionnait de façon différente par rapport à aujourd'hui. Actuellement, elle se présente sous la forme d’une chaîne dont chaque maillon possède la possibilité de démolir ce qui a été construit par l’autre. Dans les années 60 et 70, y exerçaient des dizaines de producteurs et chacun oeuvrait dans son coin, sans que la direction n’interfère dans ses décisions. C’est ainsi que les programmes les plus conventionnels pouvaient cohabiter avec des émissions insolentes, innovantes et libres.

 

Vous avez à tel point profité du système que de nombreux sketches du « Flying Circus » tapaient sur l’honorable institution. Quelle ingratitude !

Oui ! Nous nous régalions surtout des pastiches de la BBC, particulièrement ceux mettant en scène des speakers, imperturbables quelle que soit l’information ! Je confesse également que mordre la main qui nous nourrissait faisait partie de nos activités favorites dans l’humour.

 

Aviez-vous alors conscience de l’extraordinaire liberté dont vous bénéficiez ?

Pas vraiment sur le coup. Avec le recul certainement. Aujourd’hui, les chiffres de l’audimat décident de tout et liquident une série avant qu’elle n’ait eu le temps de s’installer. Pas sûr que quelque chose qui ressemblerait aujourd'hui au « Flying Circus » puisse longtemps survivre.

 

L’humour corrosif du « Flying Circus » peut être assimilé à une arme, à une lutte contre le conformisme…

Oui, mais nous n’étions pas pour autant des révolutionnaires. Nous ne poursuivions qu’un objectif : rire et faire rire. Nous n’étions cependant pas mécontents de provoquer des réactions, de pousser à de petits changements. Une professeur d’un établissement du centre de Londres m’a ainsi rapporté que la façon dont nous caricaturions le comportement masculin, les machos, avait eu une influence sur ses élèves. Conscients qu’ils passaient pour des idiots phallocrates, ceux-ci ont commencé à changer, à s’ouvrir. Une des meilleures choses que nous ayons faites !

 

De quelle manière approvisionniez-vous vos sketches ?

Nous fonctionnions essentiellement à l’instinct. Si, détourner quelque chose pouvait être drôle, nous nous en saisissions ! Pas plus compliqué que ça. Qu’importe que ce soit le clergé, l’armée, la police, les politiciens, les sportifs ou la justice. Nous nous en sommes même pris aux homosexuels, surtout dans les premiers épisodes de la série. Non pas que nous étions homophobes, mais certaines attitudes des gays nous faisaient simplement rire. Remarquez que nous avons beaucoup tapé sur les machos mais la manière dont nous montrions les femmes n’était guère plus flatteuse ! Je n’ose pas imaginer la levée de boucliers que cela provoquerait aujourd’hui.

 

Des épisodes du « Flying Circus » laissent imaginer que tout se faisait à l’arraché, que tout obéissait à l’inspiration du moment, sur le plateau…

Contrairement à ce qu’on peut imaginer, il n’y avait que peu de place pour l’improvisation dans nos sketches, aussi délirants fussent-ils. Les autres Monty Python et moi étions tous des scénaristes, des gens naturellement portés vers l’écriture, nous travaillions au maximum nos textes. Cela se déroulait de manière assez simple. Par, d’abord, une première réunion où nous échangions, sélectionnions nos idées et écartions les mauvaises. Après quoi, nous nous mettions à l’écriture proprement dite. Je travaillais généralement avec Michael Palin. Terry Gilliam se consacrait aux intermèdes animés. Ce qui était aussi le cas d'Eric Idle. Deux semaines plus tard, nous nous retrouvions pour opérer une dernière sélection, pour régler les détails du tournage. Un processus assez organisé au final, même si la folie qui régnait à l’écran laissait supposer tout le contraire.

 

Quelle définition donneriez-vous à l’humour des Monty Python ?

Humm… Indéfinissable justement ! Nous nous réclamions d’aucune école en particulier. Je crois cependant qu’à travers nos gags et notre sens de la dérision nous avons essayé d’effrayer le monde en le montrant tel qu’il était, souvent bête et méchant. Vu l’état actuel de la planète, on ne peut pas dire que nous ayons réussi dans notre entreprise !

 
 

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