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Stephen Frears

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Stephen Frears, l’enfant ‘chéri’ du cinéma britannique

  • Stephen Frears, l’enfant ‘chéri’ du cinéma britanniqueAvec Chéri, le très Britannique Stephen Frears s’attaque après Les Liaisons dangereuses pour la deuxième fois à un monument de notre littérature. Un roman qui, de par ses thèmes, ses personnages et leurs caractéristiques narratives, s’inscrit dans la droite ligne de son cinéma. La preuve en quatre points cardinaux.

     

     

  • Par Xavier Leherpeur (06/04/2009 à 07h45)
Un goût prononcé pour la littérature…

La littérature occupe une place toute particulière dans filmographie de Stephen Frears, dont une large majorité de films est soit directement une adaptation de grands classiques ou d’auteurs contemporains, soit une variation à partir de grandes figures romanesques. Comme par exemple Mary Reilly, fiction développée à partir du mythe du Dr Jekyll et Mr Hyde, inventé à la fin du 19ème siècle par Robert Louis Stevenson. Frears a souvent travaillé à partir de livres contemporains écrits par des auteurs britanniques partageant avec lui une acuité sociale et une identique vigilance politique, parmi lesquels Roddy Doyle ( The Van, The Snapper), Hanif Kureishi ( My Beautiful Laundrette, Sammy et Rosie s'envoient en l'air), Nick Hornby ( Haute fidélité) ou encore Alan Bennett ( Prick Up Your Ears). Mais Frears a aussi traversé les frontières, signant entre autres avec Les Arnaqueurs l’une des meilleures adaptations du romancier américain de série noire Jim Thompson. Il s’est également attaqué avec succès à deux monuments de la littérature française : Les Liaisons dangereuses, le roman sulfureux et épistolaire de Choderlos de Laclos et Chéri, évocation sensuelle et mélancolique de la fin d’une belle époque signée par Colette. Deux adaptations au sein desquelles il a su mettre en avant des thèmes qui lui sont familiers : le pouvoir de l’amour, la manipulation sociale et l’ironie tragique.

La sexualité comme déterminant social…

Beaucoup de personnages de l’œuvre de Frears ont en commun d’être déterminés socialement par leur sexualité. Les exemples sont nombreux, mais on citera en tout premier Les Liaisons dangereuses, dans lequel deux libertins sans scrupules, issus de la noblesse, usent de leur pouvoir de séduction pour manipuler et abuser sexuellement de leurs victimes dans l’unique but de prouver l’échec du sentiment face au désir. Chéri est quant à lui le portrait féroce d’une cocotte à la retraite qui, lancée à corps perdu dans une ultime idylle avec un jeune homme, voit peu à peu se retourner contre elle cette cruauté élégante et cette insouciance impitoyable dont elle usait autrefois pour réussir en société. Enfin, My Beautiful Laundrette, Prick Up Your Ears et Sammy et Rosie s'envoient en l'air, réalisés dans les années 80, sont trois autres exemples de la récurrence de cette thématique. Les héros de ces films sont définis dès le départ par leur identité sexuelle (homosexualité pour les deux premiers, libertinage et bisexualité pour le second), permettant ainsi au cinéaste de mesurer, à travers leur destin social, l’évolution des mœurs dans son pays.

Les rapports de classe…

Le cinéma de Frears, même s’il diffère de celui plus frontalement militant et revendicateur d’un Ken Loach ou d’un Mike Leigh, n’en n’est pas moins porteur depuis toujours d’une forte dimension politique et sociale. Avec, au cœur de celle-ci, une étude toujours aiguë du rapport des classes dont on sait, qu’aujourd’hui encore et en dépit des avancées de façade, il perdure dans l’édification de la société britannique. Mary Reilly, hormis son hommage au roman de Stevenson, est avant tout une étude de la confrontation de deux classes (les employés de maison et les bourgeois fortunés) sur fond de révolution industrielle. Liam est le récit de la grande dépression et de ses conséquences (chômage, xénophobie, montée du fascisme) dans le Liverpool des années 30 à travers le regard innocent d’un jeune enfant introverti. Même étude sociale dans My Beautiful Laundrette, où l’histoire d’amour homosexuelle entre un punk et un fils d’immigrés indien qui tentent d’ouvrir une laverie est l’occasion pour le cinéaste de dresser un portrait critique et lucide de l’Angleterre de Thatcher et de ses régressions économiques et sociales. Idem pour The Van et The Snapper qui prolongent à leur manière cette étude préoccupée de la politique de la dame de fer à travers les aventures et les débrouilles de survie d’une famille irlandaise dans les années 90. Et enfin Chéri où, derrière l’intrigue romanesque, se dissimule une étude féroce des mœurs sociales françaises (et de leur hypocrisie) au lendemain de la Première Guerre mondiale.

La passion des acteurs et des actrices…

Difficile de conclure cette diagonale de l’œuvre de Stephen Frears sans évoquer son art du casting. Un sens particulièrement précis et rigoureux de la direction d’acteurs ayant offert aux comédiens et surtout aux comédiennes quelques-uns de leurs plus beaux rôles et de leur plus belles prestations. Révélant aussi parfois au grand public des acteurs encore inconnus, mais qui n’allaient pas le rester longtemps, comme Daniel Day-Lewis dans My Beautiful Laundrette, Frances Barber dans Sammy et Rosie s'envoient en l'air ou encore le jeune Keanu Reeves dans Les Liaisons dangereuses. Film pour lequel il s’octroiera également le concours de ‘stars’ bankables parmi lesquels John Malkovich, Glenn Close (inoubliable Madame de Merteuil) et Michelle Pfeiffer qu’il retrouve d’ailleurs dans Chéri aux côtés de Kathy Bates. Parmi les autres vedettes invitées citons pour mémoire le tandem Anjelica Huston et Annette Bening dans Les Arnaqueurs, le trio Dustin Hoffman, Geena Davis et Andy Garcia de Héros malgré lui, le contre-emploi de Julia Roberts dans Mary Reilly, Woody Harrelson dans The Hi-Lo Country, le couple Judi Dench Bob Hoskins dans Madame Henderson présente, ainsi évidemment que l’extraordinaire Helen Mirren dans The Queen, rôle royal s’il en est, qui lui valut un oscar.

 
 

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