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Jean-François Davy

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Jean-François Davy : le cœur a ses raisons

  • Jean-François Davy : le cœur a ses raisonsRevenu à la réalisation en 2006 avec Les Aiguilles rouges, récit autobiographique d'une balade tragique en montagne, et au terme d'une vingtaine d'années consacrées à l'exploitation vidéo et DVD, Jean-François Davy persiste et signe avec Tricheuse, une comédie de mœurs où, sous couvert des sentiments d'autrui, il cause surtout des siens.

  • Par Marc Toullec (15/07/2009 à 14h14)

 

 

Quand on vous connaît un peu, les décors de Tricheuse transmettent comme un air de déjà-vu…

Et pour cause : j’ai tourné une partie du film à mon domicile du Quai des Grands Augustins à Paris et l’autre, à Champenard, en Normandie, où se trouvent notamment les locaux de ma société d’édition DVD. Pourquoi ? D’abord parce que j’ai produit Tricheuse hors des financements conventionnels du cinéma français, avec des moyens artisanaux. J’avais par conséquent le souci d’une économie judicieuse. Une raison pas très noble je l’avoue. L’autre raison l'est davantage dans la mesure où j’ai toujours conçu mes lieux de vie un peu à la manière de décors de film, avec l’intention d’y tourner un jour. La raison pour laquelle ils présentent des dégagements importants, des espaces afin de permettre à la caméra d’évoluer.

 

Le scénario intègre aussi des éléments autobiographiques...

Certainement. Surtout avec le personnage d’ Hélène de Fougerolles qui, par certains aspects, renvoie à la mère de mon fils, Antoine. Blondes toutes les deux même si ce n’est pas tout à fait naturel, minces, plutôt grandes… Des femmes qui ont également en commun d’être des working girls. De celles qui veulent affirmer leur indépendance vis-à-vis des hommes et qui ne peuvent toutefois pas s’en passer. Indépendance économique notamment. Oui, tout ça, je connais sur le plan personnel. Sur le plateau, les similitudes n’étaient pas sans m’émouvoir.

 

Il semble que Tricheuse soit un projet que vous avez porté à bout de bras. Financièrement d’abord…

Oui. Les Aiguilles rouges, mon précédent film, ayant coûté relativement cher et n’ayant pas obtenu un grand succès en salles, j’ai par conséquent mis un certain temps avant de pouvoir embrayer sur un nouveau projet. Entre les deux tournages, il s’est écoulé exactement trois ans. De quoi nourrir mon impatience, surtout lorsque, au niveau de l’écriture, Tricheuse avait suffisamment avancé pour que j’envisage de mettre au plus vite le scénario en images. Et, dans cette urgence, je ne me suis pas donné le temps nécessaire à la recherche de financements classiques. J’ai évidemment sollicité les chaînes de télévision qui m’ont répondu : « Mais c’est trop tard ! Nous avons bouclé notre budget 2008 ! » Impossible d’escompter quoi que ce soit sur l’année suivante. Plutôt que d’attendre, j’ai décidé de prendre le risque de tourner, l’équipe et les comédiens étant immédiatement disponibles. Voilà comment les choses se sont déroulées.

 

Tricheuse repose sur une love story. Un thème qui vous tient à cœur. C'est le cas de le dire.

C’est justement l’un des grands centres d’intérêt de ma vie ! Mes relations avec les femmes sont multiples, complexes et enrichissantes, même si, en avançant en âge, je constate que celles-ci sont toujours plus insaisissables. Au-delà du rapport du couple, Tricheuse traite aussi de mixité. En l’occurrence, pour caricaturer la situation, une histoire d’amour entre « l’Arabe de service » et la petite bourgeoise du 16ème arrondissement. C'est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur car je considère que notre époque ne sait plus gérer cette mixité, l’intégration alors qu’elle a grandement contribué à la richesse de notre culture. C'est un thème présent dans Tricheuse même si, en premier lieu, le scénario parle du mystère de la séduction qui, toujours, m’intriguera.

 

Même s’il fonctionne plutôt bien à l’écran, le couple que forment Hélène de Fougerolles et Zinedine Soualem n’était pas gagné d’avance.

Et c’est pour cette raison que je l’ai constitué. Je voulais mettre ensemble des gens qui n’avaient rien pour se rencontrer, s’entendre et s’accorder. Finalement, j’ai réparti les rôles de manière intuitive. On m’avait parlé d’Hélène de Fougerolles pour tenir celui de Marion que j’ai confié à Valérie Kaprisky. La comédienne que j’avais envisagée au départ n’étant pas disponible à certaines dates, le rôle principal restait à pourvoir et Hélène m’est apparue comme une évidence. D’autant plus qu’elle n’a pas, à mon avis, la place qu’elle mérite dans le cinéma français. Comme elle voulait me rencontrer avant de s’engager, j’ai conduit sept heures pour la voir, au fin fond de l’Ardèche. L’attendant au restaurant, le nom de Zinedine Soualem m’est venu comme ça, spontanément. Sans trop réfléchir, je l’ai ensuite appelé pour lui proposer le rôle. Quand j’ai annoncé à Hélène et aux femmes qui l’entouraient, dont son agent, qu'il rejoignait le projet, on m’a regardé d’un drôle d’air. Autant dans la version précédente du script, Sergi López était bien ressenti dans la peau d’un Sud-Américain, autant les choses n’ont pas été faciles dans son remplacement par un Arabe. J’ai vraiment dû me battre pour imposer Zinedine. Finalement, Hélène m’a répondu : « Je crois bien que je n’ai pas le choix ? » Pourtant, Zinedine et elle étaient copains. N’avaient-ils pas tourné à de multiples reprises ensemble ? Une certaine réticence digérée, Hélène s’est ensuite investie à 100 % dans le rôle et sa complicité avec son principal partenaire n’en est que plus grande.

 

En parlant de l’implication passagère de Sergi López dans le film, vous annoncez aussi que son scénario a pas mal évolué…

Oui, parce que le projet de Tricheuse ne date pas d’hier. Il remonte à une douzaine d’années et s’appelait alors Une famille à louer. Malheureusement, le projet n’a pas abouti. Et voilà que, dix ans plus tard, je reçois un coup de fil de Karine De Demo, auteur du scénario avec Michel Delgado. De sa propre initiative, elle avait entrepris de le réécrire, en inversant le sexe des deux principaux protagonistes, le jeune avocat devenant une avocate et la femme de ménage un travailleur immigré, un Sud-Américain puis un Maghrébin. En inversant aussi la relation du couple, l’enjeu m’a semblé plus intéressant, original et actuel.

 

Si le script a évolué au fil des interprètes, a-t-il aussi bougé au montage ?

Jamais je n’avais travaillé autant un film au niveau de la post-production. Si j’ai dû couper plusieurs scènes, dont une où Bernard Haller partait dans un délire pas possible dans le rôle d’un accordeur de piano, ce n’est pas tant le montage qui a posé problème, mais le montage son, le mixage et la musique. La première partition ne convenant pas, je me suis engagé sur une autre qui, elle non plus, ne fonctionnait pas avec les images. Finalement, j’ai appelé Frédéric Talgorn, le compositeur des Aiguilles rouges. Mobilisé sur un autre film et connaissant mes soucis, il m’a conseillé de choisir moi-même la musique que je voulais, les chansons les plus adaptées. Il m’a aussi ouvert le catalogue de ses partitions et m’a offert d’y piocher ce que je voulais. Des conseils qui se sont révélés payants, qui ont radicalement modifié le tempo de Tricheuse. Six mois durant, j’ai travaillé sur cette bande originale et le montage. Ceci pour arriver au constat que ce n’est pas en coupant des scènes, en resserrant la durée que l’on trouve toujours le rythme juste. La preuve : le film dure plus longtemps dans sa version actuelle que ses montages précédents qui, paradoxalement, paraissent pourtant plus longs !

 

Pour la première fois de votre carrière, vous utilisez une caméra numérique. Quel avantage à cette évolution technique ?

Un avantage d’abord économique. Pratiquement plus de pellicule à payer et, sur le plateau, moins de temps à consacrer à la préparation des éclairages. Un gain important. De plus, les caméras numériques offrent une autonomie sans commune mesure. Nous avons ainsi pu tourner pendant la Fête de la musique, au milieu de la foule. Du quasi-reportage. Le numérique économise un temps que le réalisateur peut ensuite mettre à profit pour se consacrer au jeu des acteurs, à la narration… Ce qui se fait au prix d’un petit sacrifice dans l’esthétique des images, la beauté des plans. Rien à voir avec Les Aiguilles rouges qui, cadre de la montagne oblige, exigeait une plastique beaucoup plus soignée. Dans le milieu urbain de Tricheuse importent surtout l’humour, le rythme, le texte, les comédiens… En fait, tout ce qui constitue l’essentiel du divertissement que j’ai voulu faire !

 
 

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