Se connecter | Créer un compte



Josh Brolin

Josh Brolin

Ajouter à mes personnalités favorites
 

Enfin un pays pour Josh Brolin

Vous saviez qu'un père de famille américain venait d’offrir un permis de port d’armes à son fils de 11 mois, et en prime, lui a acheté un flingue ?

Quoi ? Pour qu’il tire sur son père j’espère !

 

Vous pensez que No Country for Old Men parle de cette démence autour de la violence ?

Effectivement, dans le sens où l’Ouest, le vieux, était violent. A la fin de la projection du film, en tant que fan de Cormac McCarthy, j’étais émotionnellement épuisé, vidé. Je n’avais qu’une envie, rentrer à la maison, faire quelque chose de bien en tant qu’individu. Il est sain, quelque part, d’aborder ainsi la violence au lieu de la glorifier. Le comportement de Chigurh [joué par Javier Bardem, NDR] rend malade et je préfère être dérangé dans ce sens plutôt qu’en rigolant parce que je vois des gens se faire flinguer.

 

Un peut comme dans Orange mécanique ?

Parfaitement. Moss est un personnage proche de la réalité, il témoigne d’une violence qui existe. Le public réagit en le voyant. Moss connaît la violence, croit pouvoir s’en sortir, avoir une plus belle vie avec sa femme... et plus rien. Du jour au lendemain, tout bascule. Ma mère est morte il y a peu, en un éclair. Je lui ai parlé, et deux ou trois heures après elle n’était plus là. Le film des Coen n’est en rien hollywoodien, nullement enrobé dans l'idée de perfection.

 

Ils abordent souvent l’absurdité, sont-ils des personnages assez caustiques ?

Oui. Ce n’est pas du cynisme, mais un humour fort, froid. Utilisé afin de nous montrer à quel point la vie peut-être absurde. Et elle l’est. Cormac a cette même approche. Certains emploient le terme « catastrophisme » : erreur, c’est une mentalité pour survire. Si vous lisez La Route, qui vient de gagner le Prix Pulitzer et qui, pour moi, est fantastique, les héros, un père et son fils tentent simplement de survivre dans un environnement apocalyptique [le film va être adapté au cinéma avec Viggo Mortensen dans le rôle du père, NDR]. Ils cherchent juste de la nourriture. La mort est partout. C’est une histoire d’amour incroyable. J’aime ce genre de récits.

 

Vous avez dit que Moss, Chigurh et Bill sont trois aspects d’un même homme. Est-ce aussi trois aspects de l’Amérique, sachant que Carla Jean [jouée par Kelly MacDonald, NDR] en serait le seul bon côté ?

L’innocence, la pureté. J’aime cette idée, cette corrélation. Chigurh a quelque choses de diabolique, un côté satanique. Il est complètement impliqué dans ce qu’il fait, avec une intégrité folle, tout en sachant qu’il n’y a pas d’issue à long terme.

 

Vous croyez vraiment qu’il sait ce qu’il fait, que cela a un sens ?

Oui, il sait tout du moins quel est son travail, et il le fait admirablement bien. Tout le monde va mourir quoi qu’il arrive. Il ne témoigne d’aucune émotion, de la moindre trace de peur. Il agit poussé par une sorte de côté mécanique, ne se demande même pas si il a le choix, il accomplit sa tâche, sa mission. C’est un personnage incroyablement présent, impressionnant comme on en voit peu. Idem pour Moss. Lui, veut juste faire le bien. Il aime sa femme, souhaite simplement la combler et veut le faire qu’elle qu’en soit le prix. Il ne pense pas en citadin, le genre qui divorce cinq fois, a des enfants partout, se remarie et n’attend qu’une chose, forniquer à nouveau.

 

C’est pour ne pas ressembler à ce genre de personnage, le citadin, que vous éprouvez le besoin de retourner dans votre ranch ?

Oui, c’est très important. La réalité est terrible. Il y a un an et demi, je n‘avais pas un sou, j’ai dû vendre mon ranch. Ce fut très dur. Ma mère y est morte, je m’y suis marié. Il m’importait de retrouver quelque chose. Soucieux de dénicher des rôles racontant des histoires, de travailler avec des réalisateurs sachant les raconter, j’ai refusé nombre de propositions. J’en avais marre de faire de la merde. Comme je ne cours pas après le pognon, je me suis dit que j’aurais peut-être plus de choix si je me débarrassais du ranch, quoi que cela me coûte. Et je l’ai fait. Je l’ai vendu. Ce fut terrible, mais je voulais une meilleure vie pour mes enfants, comme Moss, des choix meilleurs. Je voulais leur laisser quelque chose de mieux. J’ai pu racheter quelque chose. Aujourd’hui, je très fier de ce film.

 

Cet épisode de votre vie vous a-t-il inconsciemment aidé à construire Moss, à le comprendre ?

Complètement. Sans cela, je crois que j’aurais été incapable de l’incarner.

 

En parlant de votre mère, elle avait des tas de livres de cuisine ?

Qui vous a dit cela !? (sourire)

 

Et vous aimiez cela ?

J’adorais !

 

Elle s’occupait des animaux ?

Et des gens. Elle cuisinait chaque jour de sa vie. Même si il n’y avait personne à la maison. Elle donnait la nourriture aux voisins. Elle a eu son accident mortel le jour de mon anniversaire. Très étrange. Elle avait laissé un message sur mon répondeur, elle rigolait, était presque hystérique. Je l’ai toujours, je l’adore. Ce jour-là, avant de prendre sa voiture, elle avait fait des tonnes de desserts… pour personne. Six ou huit plats, le frigo était rempli, et quand elle est morte ils ont tous été servis à son enterrement.

 

Les Coen sont-ils de bons cuisiniers ?

Ce sont des chefs incroyables. Toqués, mais incroyables.

 

L’un fait bouillir et l’autre allume ?

Non, ils font tout. Tous les deux. Je serais incapable de vous dire que Joel en fait plus qu’Ethan, ou l'inverse. Même au montage. Ils ont chacun leur table, leur ordinateur. Ils ne parlent pas.

 

Ils ne parlent pas beaucoup aux acteurs ?

Non, zéro. Pas le moindre compliment. Avec Javier, nous pensions être virés après une semaine. Je croyais qu’ils me détestaient, que j’étais terriblement mauvais. Et puis un jour, Ethan m’a fait un sacré compliment, il a bougé la tête de haut en bas, comme pour me dire « OK » !

 

Moss franchit la frontière, celle avec le Mexique, mais il en franchit d’autres, dans son for intérieur, comme celle qui sépare l’honnêteté du voleur?

Il le fait sans en connaître les conséquences, sans savoir ce qui l’attend. Il s’est défini comme étant le bon, ses actes sont dictés par ses besoins et ne peuvent donc être répréhensibles. Au fil de l’action, il devient comme l’ennemi qui le poursuit. Sans s’en apercevoir. Il ne sait pas qu’il franchit effectivement la frontière entre le bien et le mal.

 

Un tel film peut-il panser d’éventuelles cicatrices, soigner vos propres démons ?

Cela révèle des démons, mais ne les soigne pas. Javier et moi aimions déconner sur le plateau, c’était notre façon à nous de respirer avant de se coltiner nos personnages.

 

Javier Bardem a dessiné Chigurh pour essayer de trouver les contours de son personnage. Et vous, vous avez fait comment ?

Je ne savais pas pour Javier. Amusant ! C’est mon fils qui dessine. A chaque film, je lui donne le scénario, j’évoque mon idée du personnage et il croque quelque chose. Cela m’est précieux, me permet d’avoir une meilleure idée du personnage que je dois jouer.

 

Vous êtes un passionné de voitures de courses. Quand savez-vous que sur êtes sur la bonne route pour dénicher le personnage, que vous maîtrisez la conduite ?

Quand tu cours, rien d’autre n’a d’importance, rien d’autre n’existe. Et c’est pour cela que j’adore les courses. La moindre déconcentration est synonyme d’accident. Point final. Vous êtes dans le moment, dans la seconde. Tout est déterminé dans un virage, la tenue du volant, à droite, à gauche. J’aime ça. Cette sensation d’accomplir quelque chose à tout instant, sous peine de m’éclater, au sens propre. Comme si je jouais ma vie à chaque moment. Avec la comédie, c’est différent. Il s’agit aussi d’être dans le moment, mais votre vie n’en dépend pas. Pour y parvenir, je travaille beaucoup en amont afin d’être le plus décontracté sur le plateau, d’être le plus disponible, le plus innocent possible. C’est aussi pour cela que j’aime déconner. J’en ai besoin pour évacuer les pressions. .

 

Pour Hollow Man, avec Kevin Bacon, vous aviez appris la guitare ?

Dites donc, vous avez fait des recherches ! Oui, je me suis amusé. Je respecte beaucoup Kevin Bacon, il est très pudique. J’ai adoré travailler avec lui.

 

Jouer, est-ce une façon d’être invisible d’une certaine façon ?

Non. J’aime jouer, être un autre. C’est pour cela que je suis devenu acteur. J’aime aussi faire d’autres choses. J’ai monté une société de software avec un ami. J’aime travailler avec des gens qui savent raconter des histoires sans se masturber en se regardant dans la glace.

 

Et vous, vous vous masturbez toujours ?

(surpris, mais répondant le plus sérieusement du monde) Je continue à le faire. Je n’arrive pas à croire que je vous dise cela ! J’aime être autour de gens qui n’ont pas d’ego surdimensionné. Peut-être parce qu’ils n’en ont jamais eu, qu’ils se sentent accomplis. Ce fut un réel plaisir de travailler avec les Coen. C’est ce que j’ai fait de plus facile. Le rôle était pourtant coton. J’ai eu la chance de traîner en coulisses, ils m’ont permis de les filmer, chose qu’ils n’avaient jamais autorisée avant.

 

Est-ce à dire que vous songez à réaliser, que vous allez faire comme Tommy Lee Jones ?

Je viens de mettre en scène des pièces de théâtre, j’ai réalisé un court métrage. Oui, un jour, sûrement. J’en ai besoin. J’ai écrit toute ma vie.

 

Vous connaissez personnellement l’auteur Cormac McCarthy ?

Oui. Je l’adore. C’est un ami. Nous avons déjà évoqué La Route, c’est comme un coup de poing balancé par ce nihiliste.

 
 

Les commentaires des lecteurs