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Eric Besnard

 

Eric Besnard joue cartes sur table

  • Eric Besnard joue cartes sur tableLe cheveu est long, le regard laisse filtrer un certain bien-être. Dialoguiste, adaptateur, scénariste et réalisateur, Eric Besnard sait tout faire. Passé du travail en solitaire à celui en équipe n’est pas pour lui déplaire. Pour Mathieu Kassovitz, il a écrit Babylon A.D. pour Brigitte Roüan il a fait des Travaux, pour Thomas Vincent, il a signé Le Nouveau Protocole. Pour sa pomme, il vient de se payer Cash, comme auteur et comme metteur en scène. C’est la deuxième fois que ce fou de documentation, cet adepte des références passe derrière la caméra. La première eut lieu en 1999 avec Le Sourire du clown. Nous avons essayé de la jouer cartes sur table.

     

  • Par Gwen Douguet, le 22 avril 2008

 

Quelle a été l’antidote, pour reprendre le titre de l’un de vos scénarios, pour aboutir à Cash ?

Ayant eu sincèrement l’impression de m’être fait arnaqué avec plusieurs films que ne se sont pas faits, j’ai eu l’idée de construire une histoire autour d’une véritable arnaque. Tout est parti de cette idée de mise en abysse. Et puis le plaisir de me frotter au genre a tenu ma plume en éveil. J’avais envie de ne pas être dans des zones négatives, mais à l’inverse de côtoyer le pétillant.

 

Votre filmographie atteste d’un désir de passer des zones négatives à celles plus positives, du Nouveau Protocole à Cash ?

Vous ne voyez que la partie émergée de l’iceberg, car la plus part des films ne le sont pas. Je fonctionne en allant vers l’inconnu, et ce peut être une pure comédie ou un drame très noir. Le film d’arnaque en est un genre particulier, comme le fut le film citoyen. Il y a longtemps que j’essayais de m’attaquer à ce dernier genre et lorsque j’ai vu une fenêtre avec Le Nouveau Protocole pour plein de raisons, je l’ai ouverte.

 

Vous aimez bien la comédie, votre premier film s’intitulait Souvenirs d’un clown. En seriez-vous un, un peu triste peut-être ?

Pas le moins du monde, je ne suis d’ailleurs pas certain d’être un clown tout court, mais le côté cirque me plaît, ces sensations de vie me plaisent.

 

Cash est un cirque à sa manière ?

Oui, un barnum.

 

Et nous sommes au Fouquet’s, lieu qui incarne l’antre du barnum bling-bling...

Je ne peux pas dire que ce soit l’endroit dans lequel je me reconnaisse le mieux. Le film ne voulait en aucune manière être cela. De fait, quand vous parlez arnaque et arnaqueurs, vous êtes dans une sophistication d’apparence. Mais cela fait partie de l’écran de fumée. Le véritable signe extérieur de richesses chez ces gens-là n’est pas la gourmette, leur chaîne en or, mais leur sourire. Il y a l’obligation d’un écrin pour faire tomber l’autre, avoir le pigeon. Le film veut avant tout être dans le jeu.

 

Vous rendez hommage à un certain George Roy Hill ?

Clairement. J’ai essayé de bâtir mon film sur le modèle de L’Arnaque, entre sourire et construction. Un film comme Les Neuf Reines ou le scénariste-réalisateur David Mamet tournent autour de l'idée de construction, mais ils ne sont pas dans la légèreté. Et ceux qui le sont passent très vite au second degré sans se soucier de la construction. J’ai essayé d’allier les deux.

 

La violence était-elle incompatible avec pareille histoire ?

En tout cas, je n’en n’éprouvais pas le besoin. Le principe d’un arnaqueur est de ne pas en avoir besoin. Sa seule force est son bagout. Il fallait donc aller jusqu’au bout et de ce fait, je suis arrivé à cette idée du mort du début. C’est lui qui entraîne toute l’arnaque car quelqu’un a franchi le rubicond. Le sang a été versé, ce qui ne se fait pas. A partir de là, on monte un coup afin de piéger la personne qui a osé enfreindre les règles.

 

Le scénario s’apparente à un travail d’horloger, comme de poser des tas de petites tombes censées exploser à des moments bien précis. Comment écrit-on ceci sans déraper ?

Vous vous laissez conduire. Vous ne sentez pas la notion d’effort quand vous vous amusez. J’ai suivi mes personnages, et ils me parlaient. Mais il est vrai qu’il faut à un moment donné arrêter la machine, et se demander comment terminer l’aventure de manière à ce que la fin soit au niveau du reste. Si tel n’était pas le cas, cela engendrerait une énorme déception, dont l’auteur serait la première victime. Il a donc fallu se poser la question de la conclusion. J’ai dû en conséquence revoir les choses, les repenser. Mais il est vrai que l’effet boule-de-neige d’un film d'arnaque incite à compliquer de plus en plus. Il faut juste être vigilant.

 

Vous avez facilement joué cartes sur table avec Jean Dujardin, Jean Reno et autres ?

Ce n’est pas compliqué. Plus les gens ont du talent, plus ils sont faciles à gérer. N’étant pas dans le doute torturé, mais plutôt cartésien, tout est plus sain. Quand les gens vous suivent et viennent pour les bonnes raisons, rien n’est franchement compliqué. Il y a des tournages bien plus difficiles que celui-là. Ce n’était pas non plus Délivrance. Vous pouvez essayer avec des films de vous faire mal, un acteur peut aller chercher au fond de lui, mais ce ne fut pas le cas ici.

 

Vous êtes un adepte du mot, un scénariste confirmé. C’est votre deuxième film derrière la caméra. Le passage du mot à l’image a-t-il été facile ?

Plus que le passage du mot à l’image, c’est le fait de passer de votre bureau où vous êtes seul à écrire à la grosse machine que représente un tournage. Les qualités sont tellement différentes. Cela n’a rien à voir d'être devant une page blanche où vous êtes seul maître à bord l’espace d’un moment, et d'être à la mise en scène, ce qui s’apparente à la gestion d’incidents et d’impératifs. Il faut gérer tout cela et essayer de ne pas trop perdre en route ce que vous aviez en tête. C’est une aventure très différente. Doux euphémisme.

 

Cela vous titillait vraiment, la mise en scène ?

J’avais très envie de connaître les sensations ressenties en travaillant en équipe. J’ai essayé de faire des films qui ne se sont pas faits. Seul avantage, cela m’a permis de rencontrer plein d’acteurs et d’envisager de futurs projets et d’aller plus vite avec Cash. Je n’ai pas pu monter certains films plus personnels, mais n’étant pas dépendant économiquement de leur réalisateur, j’ai attendu le bon moment pour à nouveau mettre en scène.

 

Vous avez donc quelques sujets plus intimes sous le coude ?

Plus intime, je ne sais pas, mais d’une certaine manière. L’un d’eux est construit sur un acteur et il ne m'est pas facile de trouver le bon comédien pour le rôle. Il faut que l’alchimie prenne. J’ai également écrit deux autres films, dont un aux couleurs de Délivrance.

 

Comment sait-on que le casting est le bon ?

J’ai écrit Cash pour mon seul plaisir, sans savoir quel acteur aurait la tête de tel ou tel personnage, et ce en ayant bien à l’esprit le fait qu’un scénario est loin d’être obligatoirement synonyme de film à part entière. Je ne peux donc écrire en pensant à un tel, ce serait une folie que je ne peux me permette. Mais Cash est le contre-exemple de tout, car il s’est transformé en sorte de cercle vertueux. Plein de gens ont accepté de le faire. Très vite.

 

Quelle sensation éprouve-t-on de voir justement un acteur s’approprier un personnage auquel il n’était en rien destiné ?

C’est très agréable pour un scénariste que de voir cette gymnastique. C’est l’un des plus de la mise en scène pour quelqu’un qui a vécu tout seul avec ses seuls mots, ses seuls personnages sans imaginer qui que ce soit pour les interpréter. Il y a en général une dépréciation progressive en passant d’un idéal à du concret. Là, l’incarnation a généré l’effet inverse. D’un paradigme, d’un avatar vous avez une personne de chair et de sang, qui l’espace d’un sourire, avec un oeil brillant que vous n’aviez pas vu ainsi, rentre dans le personnage. C’est magique. Cela s’apparente à un véritable cadeau fait par l’acteur.

 

Vous vous êtes découvert des vertus de directeur d’acteurs ?

Je ne sais pas très bien ce que vaut l’expression, mais de vivre des plaisirs à deux oui, des rencontres. De voir dans l’œil de l’autre la confiance qu’il vous fait et c’est vrai dans les deux sens, cela donne des moments extraordinaires. Et puis le chemin se fait plan par plan.

 

Un réalisateur est-il un arnaqueur ?

Dans un sens. Mais il importe d’essayer des choses entre un acteur et un metteur en scène, un peu comme faire une bande au billard pour aller ailleurs.

 
 

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