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Christian Bale

Christian Bale

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Christian « Bale » gueule

  • Christian « Bale » gueuleLa voix enveloppe, le regard glace, le jeu vampirise les sens, un jour tueur givré, un autre justicier masqué, Christian Bale cultive la complexité, la dualité. Elevé en Angleterre, au Portugal, en Californie, ce fils de pilote de ligne et d’une danseuse de cirque, petit-fils d’un grand-père qui doubla John Wayne, est loin d’être simple et le reconnaît volontiers. Sa filmographie est à son image, torturée. Sous l’impulsion de Christopher Nolan il redonna des couleurs à un Batman tout noir. Pour Michael Mann il traque Dillinger dans Public Enemies. Bale au centre, action.

     

  • Par Gwen Douguet (06/07/2009 à 10h27)

 

Votre personnage, Melvin Pervus, est un chasseur d'hommes. Jouer est-il un terrain de chasse et comment avez-vous opéré sur celui-ci ?

Il y avait là matière à une chasse à l’homme, une chasse pour savoir qui est qui. Pervus est effectivement un chasseur. J’avais des tas d’informations sur le personnage, j’ai pu rencontrer des gens, leur parler. Lire des articles, des déclarations, pour essayer de trouver qui il est. C’est un rôle secondaire dans le film, mais l’homme a mené une telle vie, dynamique, tragique, qu’il est facile de faire même un film complet sur lui.

 

Il y a eu un livre sur lui ?

Ecrit par son fils, appelé La vendetta et centrée sur la relation entre Pervus et G. Edgar Hoover. Leur contentieux est sérieux car si tout a bien commencé, s'il voyait Hoover comme un mentor et croyait en sa vision du Bureau, comme on le voit dans le film il est rapidement déçu, perd ses illusions suite aux méthodes employées. Pervus reste à mes yeux l’un des plus célèbres agents de toute l’histoire du FBI, il a non seulement arrêté l’ennemi public n°1 mais aussi éliminé bien des bandits et curieusement son dossier a pratiquement été effacé des fichiers du FBI, sur ordre de Hoover. Par vengeance.

 

Il se raconte qu’il aurait été tué par un agent du FBI ?

Non. Quelques théories circulent sur sa mort selon lesquelles il se serait suicidé. Hoover l’a chassé après des années. Pervus a quitté le bureau un an après avoir abattu Dillinger pour entrer dans le monde judiciaire. Il pensait que le prix à payer comme agent du FBI était trop élevé, il ne pouvait supporter de devoir compromettre les valeurs de départ. Hoover l’a traqué jusqu’à la fin pour être certain qu’il ne dise rien. Il voulait devenir juge, mais Hoover fit en sorte qu’il en soit autrement. Pervus n’a jamais vraiment compris cet acharnement. On spécule sur le suicide ou une erreur en nettoyant une arme. Il n’aurait pas vérifié si la chambre était vide.

 

En plongeant dans pareille histoire, sur ce que peut devenir la démocratie à travers des gens comme Hoover, avez-vous conforté vos propres désillusions ?

J’ai trouvé tout cela intéressant mais nullement surprenant. Tout est question de motivations. Hoover était un visionnaire, ses méthodes ont été une réussite, d’un certain point de vue. Mais peu à peu son désir pour la gloire le pousse à faire des compromis avec ses idées, les valeurs de départ, ce sur quoi reposait le bureau. Pervus, lui, y croyait.

 

Vous aimez les personnages enrobés dans une dualité, allant du noir à une lumière tamisée, cherchant le bien à travers le mal et vice versa. Des rôles qui questionnent ?

Le conflit, qu’il soit intérieur ou pas est plus intrigant et vivifiant que de jouer quelqu’un d’heureux.

 

Comme American Psycho ?

C’était différent. J’étais dans la simple performance, je n’ai jamais cherché à savoir qu’elle était son enfance, son histoire, parce que toute l’histoire est satirique, ironique.

 

Vous aimez parait-il beaucoup dormir ?

Qui n’aime pas ?

 

Et vous faites le machiniste qui relate les problèmes d’un insomniaque ?

Vrai. Je ne dormais pas plus de deux heures en le faisant. J’étais affaibli, je lisais beaucoup la nuit, ce fut une expérience étonnante, fascinante.

 

Un rôle serait-il une façon de dormir les yeux ouverts, de rêver les yeux ouverts ?

Idée intéressante. Vous êtes juste un vaisseau pour le personnage. Il arrive que vous réalisiez les meilleures performances sans le savoir, sans plan de départ. Vous faites des recherches, vous pouvez être possédé, ce qui procure des sensations pour le moins agréables, alors oui c’est peut-être une forme de rêve. Il m’importe de ne rien mettre rien de moi dans un rôle.

 

C’est possible ?

Je ne sais pas, mais c’est le but. En tout cas pour moi. Ne rien avoir de soi visible à l’écran, hormis le physique, et de tout donner au personnage.

 

Vous avez peur de montrer ?

Non. Mon intérêt dans le jeu réside dans le fait que je suis avant tout intéressé par les gens. Je mets mes pieds dans les chaussures d’un autre et j’essaie de comprendre d’où il vient. Je sais d’où je viens, ce qui n’est en rien passionnant à mes yeux. Ce n’est pas une révélation, une peur, il arrive que cela se passe. C’est plus une transcendance de soi.

 

Le machiniste vous a aidé à soigner une dépression... Certains personnages peuvent-ils aider à se soigner ou au contraire à faire du mal ?

Absolument. Vous vous réveillez le matin et vous êtes différent l’après-midi, sans parler du soir, tout peut changer très vite à partir d’un mot, un geste, une conversation, à chaque fois vous pouvez aller dans des tas de directions, mais quand vous êtes obsédé par un personnage pendant des mois cela peut effectivement vous affecteré. Ce ne fut jamais vraiment le cas mais on m’a raconté que... Pour avoir une vie il faut être capable de débrancher, sinon vous pouvez devenir fou. J’aurai pu être enfermé depuis longtemps.

 

Vous le pensez vraiment ?

Naturellement.

 

Mais vous êtes parfois impulsif, est-ce le personnage qui vous rend ainsi ?

C’est possible.

 

Vous aviez un grand-père qui passait pour être un grand comique, et vous n’avez encore jamais joué dans une comédie ?

American Psycho est pour moi hilarant, en même temps cela dépend du sens de l’humour que l’on a. Personnellement je le trouve tellement ridicule que je ne peux le prendre au sérieux. J’adore la comédie, c’est capital mais rien ne m’a assez intrigué, intéressé pour me jeter à l’eau. Les comédies romantiques ne me branchent pas beaucoup.

 

Michael Mann aime les femmes mais fait des films de mecs ?

Je ne connais pas assez l’homme, j’ai vu tous es films, c’est un incroyable cinéaste. Mais mon plaisir d’avoir travaillé avec lui ne réside pas dans le simple fait de me voir travaillant avec un type flanqué d’une impressionnante filmographie... J’ai beaucoup aimé ma propre relation. C’est un être incroyablement agréable. Il est l’un des plus perfectionnistes que j’aie rencontré. Je me suis éclaté. Quand à sa relation avec les femmes il faut en parler avec Marion.

 

Ce que j’ai fait.

Vous avez donc sans doute parlé avec elle plus que je ne l’ai fait. Nous n’avons jamais échangé plus de mots, pareil avec Johnny Depp.

 

Vous embarquez dans le vaisseau sans chercher plus que le simple jeu ?

Je travaille effectivement avec beaucoup de gens dont j’ignore tout à la fin du tournage. Je peux les croiser après et c’est comme si c’était la première fois. Cela arrive souvent.

 

C’est amusant ?

Je suis sur le moment obsédé par le personnage que je joue. Je ne peux me démultiplier. Je ne peux m’intéresser à plus d’une personne à la fois.

 

Vous ne savez donc pas qui est Dillinger ?

Non.

 

Mais bien qui est Pervus ?

Oui. Michael Mann m’a permis de rencontrer d’incroyables agents, nous avons parlé des méthodes actuelles employées par le FBI, pour tenter de comprendre l’état d’esprit, ce qui pouvait se passer dans la tête de Pervus.

 

C’était une étrange époque. Peut-on, d’une certaine manière, la comparer avec aujourd’hui, la dépression, la crise ?

Il y a des comparaisons possibles, on voit que le chômage augmente, la pauvreté aussi, les gens se sont faits avoir par les banquiers. Mais à l’époque, la loi, la police ont profité de l’arrivée des voitures, des mitraillettes, ce fut bref pour Dillinger, Bonnie and Clyde, Baby Face Nelson… Tous ces gens célèbres sont arrivés au sommet de leur infamie en deux, trois ans. Lorsque Dillinger a besoin d’armes, il n’hésite pas à aller en chercher au commissariat. La différence entre les gangsters et la loi était grande, il n’y avait pas de communications entre le bureau, les flics… La police locale ne voulait pas du FBI sur son territoire.

 

Vous comprenez Dillinger, son comportement ?

Je ne l’ai pas étudié. Mais il n’a jamais été responsable du meurtre d’innocents. Il a un côté Robin des bois, il braquait les banques. Mais il s’est associé avec la mafia, des durs de le trempe de Baby Face Nelson. Ce dernier était intéressant, père de deux enfants qu’il adorait mais c’était malheureusement un psychopathe. Dillinger n’aurait jamais dû le prendre avec lui. Il avait d’autres motivations, ne tournait pas rond. Il tuait. Dillinger ne volait que des banques fédérales. Il a joué de son image marketing comme personne.

 

Quand vous plongez, vous ne jugez pas ?

Je ne crois pas avoir besoin d’aimer mon personnage. Ce n’est pas nécessaire. De la même manière, les méchants ne se considèrent pas comme tel. Les bons, pareils. Il y a du gris partout. Alors les juger n’est pas automatiquement souhaitable et encore moins bénéfique.

 

Votre définition de la moralité a changé à travers tous vos personnages ?

Intéressant. Je crois oui.

 
 

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