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Wong Kar-Wai

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Biographie

Si le cinéma de Hong Kong de la fin des année 80 et du début des années 90 est dominé par les polars noirs et violents de John Woo et les Wu Xia Pan (films de sabre chinois) flamboyants et virevoltants de Tsui Hark, un univers plus intimiste, fait de rencontres ratées, d'histoires d'amour avortées et de boîtes d'ananas périmées émerge aussi dans l'ex-colonie britannique.

 

Ce n'est pas que Wong Kar-Wai ne filme pas les gunfights et combats de sabre élaborés dans ses premiers films, c'est plutôt que ces scènes semblent moins l'intéresser que celles où il se focalise sur les objets quotidiens ou les regards perdus dans le vide, qui en disent beaucoup sur l'intériorité de ses personnages souvent peu bavards. Cinéaste moderne, Wong Kar-Wai n'est pourtant pas vraiment un contemplatif : même s'il aime s'arrêter et laisser ses personnages désoeuvrés écoutant de la musique en fumant une cigarette, il s'attache avant tout à montrer la vitesse et le mouvement qui règnent à Hong Kong.

 

Sa méthode est déjà bien rodée dans ses premiers films : As Tears goes by et Nos Années sauvages. Wong Kar-Wai y utilise les codes des polars qu'il connaît bien (il en écrit plus d'une dizaine entre 1982 et 1988, dont quatre pour la seule année 1987) pour amener ses personnages vers d'autres rivages. Le temps s'accélère puis semble se figer, et les personnages sont emportés librement dans son courant. Le cinéaste crée cette impression de liberté en laissant les acteurs improviser, tout en modifiant continuellement, comme le Godard des débuts que Wong admire, le script lors du tournage. Il s'entoure d'une troupe d'acteurs que l'on retrouvera de film en film : Leslie Cheung, Maggie Cheung, Andy Lau, Tony Leung, Jacky Cheung et le Japonais Takeshi Kaneshiro. Il en va de même avec ses personnages, que l'on suit à travers les ans dans différents projets, comme s'ils devenaient des échos temporels de ce qu'ils sont : Maggie Cheung reprend dans In the Mood for Love son personnage de Nos Année sauvages, qui hante lui-même en pensée 2046. Le cinéaste rencontre aussi, dès son second film, Christopher Doyle, qui signe la photo de la totalité de ses oeuvres jusqu'à 2046.

 

En 1994, Wong Kar-Wai multiplie les projets. Il prend dès lors l'habitude de réaliser toujours plusieurs films de manière parallèle, afin de mieux créer des ponts et des résonances entre eux. Il se lance dans la production des Cendres du temps, ambitieux film de sabre qui se transforme peu à peu en réflexion mélancolique sur le temps. Zhang Yimou s'en souviendra au moment de réaliser Hero, reprenant à Wong Kar-Wai ses acteurs (dont le couple Maggie Cheung et Tony Leung) ainsi que son travail sur les couleurs. Il interrompt le tournage pour filmer en quelques semaines caméra au poing, Chungking Express, énergique polar urbain qui mélange deux histoires, avant de finir son Wu Xia Pan. Revenant sur la thématique de Chungking Express, il réalise dans la foulée Les Anges déchus, aux accents autant pop que godardiens.

 

Si Tarantino avait déjà découvert le cinéaste, (il distribue même, mais tardivement et en DVD, Chungking Express aux Etats-Unis), il faut attendre le Festival de Cannes de 1997 pour que son univers soit connu du grand public et mieux distribué en occident. Wong Kar-Wai y obtient grâce à Happy Together, histoire d'amour entre Leslie Cheung et Tony Leung, entre Hong Kong et Buenos Aires, la palme du meilleur réalisateur et est le premier cinéaste chinois à la recevoir. Il sera ensuite un habitué du festival, y présentant In the Mood for Love en 2000 et 2046 en 2004. Il préside, en 2006, le festival et assoit son statut de réalisateur international en participant avec Soderbergh au dernier projet d' Antonioni, Eros.

 

Il tourne ensuite pour la première fois de sa carrière (mis à part un court film promotionnel pour BMW, The Follow), en anglais et sans son directeur de la photographie fétiche, Christopher Doyle, My Blueberry Nights, avec la chanteuse Norah Jones.