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Raoul Walsh

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Biographie

Un train traverse la frontière californienne à toute allure, poursuivi par une voiture furieuse, de laquelle sort un James Cagney déchaîné, hurlant à ses hommes armés de foncer. Ils arrêtent le train, tuent le conducteur, et dérobent la recette, alors que l’un d’entre eux se fait ébouillanter le visage. La rapidité, la sécheresse et la violence du braquage qui ouvre L'Enfer est à lui , caractérisent aussi le cinéma de Raoul Walsh, le maître de l’action, du mouvement et du rythme, dont la filmographie aux 140 films a inspiré, grâce à une poignée de chefs d'œuvre, les canons du cinéma hollywoodien pour les années à venir.

 

Mais sous ces formidables films d’actions, se cachent aussi une œuvre sensible, peuplée de personnages brisés, condamnés à l’errance et à la mort, tout aussi personnelle que celles d’un Howard Hawks ou d’un John Ford. Car l’aventure, Walsh l’a connu avant de la mettre en scène. Ce fils d’immigré Irlandais part sur les routes après la mort de sa mère en 1902. Le jeune homme a 15 ans et voyage du Texas au Mexique, de Cuba au Montana, comblant sa vie d’errance de divers métiers improbables – Cow-boy, bien sûr, mais aussi assistant anesthésique, gérant d'une entreprise de prêt-à-porté, ou croque mort ! – avant de faire l’acteur à Hollywood à l’orée des années 10. Il devient rapidement l’assistant de D. W. Griffith, au contact duquel il apprend le métier de réalisateur : « J’ai appris à diriger en regardant le vieux. Je me mettais toujours derrière lui quand je ne travaillais pas, et même quand je travaillais. J’ai regardé comment il tournait les scènes de batailles de Naissance d'une nation », se souviendra-t-il. Après être aller filmer Pancho Villa au Mexique dans le perdu The Life of General Villa, l’aventurier devient réalisateur en mettant en scène Regeneration, qui invente un nouveau type de film en mélangeant hyperréalisme dans la description du quotidien des bas fond et idéalisation de la vie de loubards. Nous sommes en 1915, et grâce à Walsh, le film de gangsters est né.

 

William Fox reconnaît alors le protégé de Griffith comme un jeune prodige et lui fait diriger trois semaines plus tard Theda Bara dans Carmen puis The Serpent. Toutes les stars du muet passent sous la caméra de Walsh, de Douglas Fairbanks ( Le Voleur de Bagdad) à Gloria Swanson ( Sadie Thomson). Alors que sa vie d’acteur prend fin lorsqu’il perd un œil sur le tournage de In Old Arizona, ce qui en fait un des trois borgnes d’Hollywood avec Lang et Ford, sa carrière de cinéaste ne fait que commencer avec le passage au parlant. Fasciné par les nouvelles techniques et pourvu d’une grande capacité d’adaptation, il est le réalisateur idéal pour mener à terme le gigantesque projet La Piste des géants, une ode aux pionniers vendue à l’époque comme « le film le plus important jamais produit ». Walsh y donne le premier rôle à un jeune cascadeur inconnu appelé John Wayne, et raconte même qu’il est à l’origine du nom de scène du plus célèbre des Cow-Boys. Le film est cependant un échec commercial, et si le cinéaste continue durant les années 30 d’enchaîner les films pour la Paramount, on le sent moins concerné par ses réalisations.

 

Il faut attendre la fin des années 30 et son passage à la Warner pour que le prodige se réveille et signe entre 1939 et le milieu des années 50 une série de chefs d’œuvre tragiques et Shakespeariens. Les Fantastiques années 20 ouvre cette période faste avec un film de gangster sec et épileptique, grande spécialité du réalisateur. Parmi ceux-ci, figurent entre autres l’indépassable L’Enfer est à lui, avec son explosif final, présentant un Cagney fou, hurlant son fameux « Top of the world 'Ma », avant de mourir criblé de balles, ou Une Femme dangereuse, d’après Bezzerides, dans lequel le réalisateur repère le couple Bogart Lupino, qu’il décide de mettre en avant un an plus tard dans High Sierra, qui fait du jeune Bogart une star. Aussi à l’aise dans le western que dans le film noir, le cinéaste n'hésite pas à jouer avec les conventions en transposant par exemple en 1949 l’intrigue de High Sierra dans La Fille du désert, en remplaçant l’arrière plan politique par l’ouest sauvage. Avant un final apocalyptique, encore une signature du cinéaste, le personnage de Joel McCrea, prisonnier avec la belle Virginia Mayo dans « la cité de la Lune », une ancienne ville espagnole déserte et en ruine, définit la situation du héros walshien, toujours rattrapé par la mort, son passé et une fatalité implacable : « Nous sommes un couple de fou dans une ville morte, rêvant à un futur qui n’adviendra jamais ».

 

Mais ce mélange d’élégance dans le tragique, de dualité entre une vitalité héroïque et une proximité inquiétante avec la mort, c’est Errol Flynn, peut être plus encore que James Cagney, qui va la mieux représenter dans le cinéma de Walsh. Les deux acolytes vont tourner sept films ensemble, entre La Charge fantastique, monument de mélancolie héroïque réécrivant en 1941 la vie de Custer en le transformant en héros complexe et tragique, et La Rivière d'argent, en 1948. Raoul Walsh immortalise son acteur en boxeur se révant aristocrate récitant du Shakespeare dans Gentlemen Jim ou en militaire vivant des Aventures en Birmanie, dans un film de guerre à la précision quasi documentaire, mélangeant réalisme et onirisme .

 

A partir des années 50, et même si certains films, comme l’étrange « western intérieur » La Vallée de la peur annonçaient cette voie, la narration des films de Walsh va se faire plus libre, et ses personnages plus sages et âgées. Gregory Peck, plus tout jeune mais encore vivace, incarne ainsi à trois reprises cette maturité libérée, entre le solide western Les Implacables, qui peut se voir comme une relecture tardive de La Piste des géants et le sensible et sensuel L’Esclave libre. Le cinéaste réalise encore quelques beaux films de guerres (dont Les Nus et les morts), et un dernier western ( La Charge de la huitième brigade) avant que sa vue déclinante ne l’oblige à prendre sa retraite au milieu des années 60. Mais sa narration épileptique mettant en scène des héros torturés tentant d’échapper sans espoir à la folie du monde qui les entoure n’a pas manqué de marquer les plus importants cinéastes de films d’action hollywoodiens, de Walter Hill à Sam Peckinpah en passant par John McTiernan. C'est cependant Martin Scorsese, qui a le mieux retenu la leçon de cinéma de Walsh, et qui lui doit un lourd tribu lorsqu’il filme mafieux ou boxeurs au bord de la folie dans un monde déraillant et hors de contrôle.

 

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