Se connecter | Créer un compte



André Téchiné

Ajouter à mes personnalités favorites
 

Biographie

Une enfance provinciale sans histoire, une adolescence passée au sein d'un collège religieux qui ne lui permet de sortir que le dimanche après-midi : rien de tel pour forger l'âme d'un cinéphile, profitant de la moindre faille dans son emploi du temps pour hanter les cinémas de sa ville... et le convaincre qu'il en fera aussi son métier. André Téchiné commence par publier des premiers écrits dans une revue étudiante, La plume et l'écran, puis, à 20 ans, gagne la capitale pour y suivre des études de lettres et entrer à l'Idhec, prestigieuse ancêtre de la Femis. En 1964, il débute aux Cahiers du Cinéma en écrivant à propos de La Peau douce de Truffaut. Téchiné contribuera à la prestigieuse la revue pendant trois ans, réalisant parallèlement un premier court métrage au sein de l'Idhec, Les Oiseaux anglais (1965). Il fait alors la rencontre de Bulle Ogier tandis en travaillant comme assistant sur Les Idoles, et engage la toute jeune comédienne sur son premier film, Paulina s'en va, qui suit le parcours d'une jeune femme rétive aux carcans de la vie contemporaine (un foyer, un asile, une maison close). Présenté au Festival de Venise en 1969, le film ne sortira pourtant à Paris qu'en 1975, après Souvenirs d'en France, son second film, chronique d'une famille d'immigrés espagnols avec notamment Jeanne Moreau et Marie-France Pisier, laquelle décroche le César du Meilleur Second rôle féminin.

Jeune réalisateur ambitieux, tant dans la mise en scène, épurée mais rigoureuse, que dans les scénarios, souvent à la limite de l'éthéré, André Téchiné, indéfectiblement soutenu par la presse intellectuelle, a désormais tout loisir de se consacrer à un projet autrement fou : Barocco, avec Isabelle Adjani et Gérard Depardieu. Un film aux confins du surréalisme, dont le point de départ est un meurtre pendant une campagne électorale. Elégant, racé, un rien maniéré, le film surprend, déconcerte ou emballe sans mesure.

Retour à un cinéma plus classique avec Les sœurs Brontë, évocation des fameuses écrivaines anglaises incarnées par Marie-France Pisier, Isabelle Huppert et Isabelle Adjani, alors trois des plus célèbres comédiennes françaises du moment. une manière de célébrer la femme, sujet de prédilection du cinéaste, fasciné par la féminité et d'ailleurs excellent directeur d'actrices, même des plus complexes, telle Catherine Deneuve dans le troublant Hôtel des Amériques en 1981, évocation en huis clos de la rencontre entre un homme et une femme dans un hôtel au bord de la mer. Entre Téchiné et Deneuve, une longue histoire de cinéma commence...

C'est pourtant Rendez-vous, en 1985, avec Juliette Binoche et Lambert Wilson, qui procure au cinéaste son premier vrai grand succès critique (Prix de la mise en scène à Cannes) et populaire. Une histoire d'amour et de sexe entre un employé d'une agence immobilière et une jeune actrice, qui déborde largement des carcans habituels.

 

Par la suite, si Le Lieu du crime, polar fébrile et sensuel, installe définitivement Téchiné dans le cercle resteint des cinéastes à la fois prestigieux et populaires, Les innocents, évocation âpre et lyrique d'une jeunesse en déshérence avec Sandrine Bonnaire, reste l'un de ses films les moins connus. Ce qui n'est pas le cas de J'embrasse pas, parcours initiatique d'un provincial confronté au monde de la prostitution masculine parisienne, et gros succès au box-office. C'est aussi son premier film avec Emmanuelle Béart, qu'il fera désormais tourner régulièrement. Enfin, Ma saison préférée fait l'ouverture du Festival de Cannes en 1993 et donne à Marthe Villalonga (la mère) son plus beau rôle. Qui l'eut cru ?

 

Mais l'apogée du cinéaste arrive un an plus tard avec une évocation de sa propre jeunesse, tournée avec des acteurs alors inconnus ( Gaël Morel, Stéphane Rideau, Elodie Bouchez). Entre les émois amoureuxes et la menace sourde de la guerre d'Algérie en arrière-fond, Les roseaux sauvages permet à Téchiné de se livrer dans un subtil, charnel et émouvant jeu de miroirs. Il reste son film le plus célèbre à ce jour, lauréat du César du Meilleur film et révélateur d'une nouvelle génération de comédien.

Les voleurs, avec Catherine Deneuve en alcoolique lesbienne, et Alice et Martin, avec Juliette Binoche, marquent un peu moins les esprits, surtout le second, un des rares échecs commerciaux du cinéaste. Lequel s'en remettra en tournant, en numérique, Loin, qui entraîne un jeune routier à Tanger où il vit une relation tumultueuse avec une jeune Marocaine. Un joli film plein de lumière, que suit bientôt une nouvelle exploration du passé - l'exode de 1940 -, Les égarés, co-écrit avec son scénariste fétiche Gilles Taurand, dans lequel Emmanuelle Béart, en jeune mère solitaire, s'éprend d'un vagabond incarné par le juvénile Gaspard Ulliel.

Enfin, retour à «l'ère moderne» avec tout d'abord Les Temps qui changent, retrouvailles Deneuve-Depardieu sur fond de Maroc contemporain, et surtout le tourbillonnant Les Témoins, hymne à la vie à travers le prisme pourtant très noir des premières «années sida», et témoignage du talent hors normes d'un cinéaste intarissable.