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Steven Soderbergh

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Biographie

Figure essentiel du cinéma indépendant moderne américain, Steven Soderbergh propose, à partir du milieu des années 90, une nouvelle façon de concevoir, produire et distribuer des films. Au-delà de cet aspect, Steven Soderbergh s'impose à chaque film comme un formaliste inventif, fantaisiste, étant à l'aise dans tous les genres. Simple faiseur pour les uns, génie pour les autres, et juste sympa pour ceux qui restent, il reste un cinéaste boulimique, cadrant et éclairant lui-même ses films depuis Erin Brokovitch (sous le pseudo « Peter Andrews »). C'est un bosseur, un vrai, le terme « auteur » pour un cinéaste américain n'ayant jamais été aussi bien employé que pour cet homme-là.

 

Diplômé de l'Université de Louisiane, se faisant la main sur du matériels de seconde main (caméra 16mm, etc...), le jeune Soderbergh monte à Hollywood pour se lancer comme monteur free-lance. Il constate rapidement son échec et revient chez lui, tout en continuant à réaliser de petits courts-métrages. Finalement, il se retrouve à la réalisation d'un documentaire sur le groupe de rock progressif Yes, dont il filme la totalité d'un concert, alors nommé aux Grammy 1986. L'année suivante, il réalise un autre court-métrage, Winston, prototype de la thématique développé dans Sexe, Mensonge et Vidéo, sur l'attraction sexuelle.

 

Sexe, Mensonge et Vidéo, donc. Ce premier long-métrage fait de lui le plus jeune lauréat de la Palme d'Or à Cannes, en 1989. Réalisé avec peu de moyens, traitant du lien entre voyeurisme et sexualité, Sexe, Mensonge et Vidéo est aussi un succès public, projetant, du jour au lendemain, le jeune intellectuel aux cheveux longs comme le golden boy le plus en vue d'Hollywood.

 

Le début des années 90 est beaucoup compliqué à négocier, s'attachant à des films à l'esthétique beaucoup plus sophistiqué. Ainsi, Kafka, en 1991, propose des références très marquées à l'expressionnisme allemand. Cet austère et stylisé biopic de l'auteur du Procès est une déception tant public que critique. Il en est de même pour le film suivant King of the Hill (1993), portant sur la Grande Dépression post-1929. Pour le coup, celui-ci a semblé très modeste, formellement parlant. Soderbergh s'attaque ensuite au film noir dans A Fleur de Peau (1995), un autre film post-moderne, à la Bogdanovitch, une esthétique rétro dans le moindre cadre et manière d'éclairer, mais moderne dans le propos. Encore un échec public. Il intéresse tellement peu de monde au milieu des années 90, qu'il sort un film anonyme Schizopolis, en 1996. Personne n'est crédité, ni au début, ni à la fin. Ce film est une expérience radicale, expérimentale, absurde. Mais c'est drôle et frais, pour peu qu'on se laisse embarquer dans ce délire, amorçant l'ouverture du cinéma de Soderbergh, qui joue lui-même dans son film. Il a coupé ses cheveux.

 

Le « réveil » de Soderbergh intervient en 1998. Avec Hors d'atteinte, il devient un cinéaste « cool ». Foncièrement plus classique et funky que précédemment, d'une lecture moins tarabiscotée, Hors d'Atteinte cherche à séduire à chaque plan, et ça marche, car le film devient le plus grand succès critique et commercial de son auteur, depuis Sexe, Mensonge et Vidéo. Adapté d'un roman d' Elmore Leonard, Hors d'Atteinte propulse deux acteurs, pas encore bien installé, au rang de stars: George Clooney et Jennifer Lopez. A partir de ce moment, plus rien n'arrête Soderbergh, qui a trouvé la bonne manière de fonctionner avec les studios, en alternant films ouvertement « fun » et films plus expérimentaux, mais autant personnels dans les 2 cas.

 

Ainsi, suit L'Anglais, un autre succès critique, moins facile qu'Hors d'Atteinte, à la beauté formelle glaçante, réhabilitant un acteur anglais culte des années 60, Terence Stamp, et un autre américain, de la même période, Peter Fonda. En 2000, il enfonce le clou de son succès avec Erin Brokovitch, seule contre tous, réhabilitant cette fois-ci Julia Roberts, alors en perte de vitesse. Son projet le plus ambitieux arrive la même année, avec Traffic, avec un budget de 50 millions de dollars. Film choral, gargantuesque dans le développement des personnages, proposant les meilleurs performances de certains acteurs ( Catherine Zeta-Jones et Benicio Del Toro en tête), il permet à Soderbergh d'être le premier réalisateur à être nommé plusieurs fois, pour 2 films différents, la même année aux Oscars, avec Erin Brokovitch: 1 reçu pour Julia Roberts (meilleure actrice), 4 autres pour Traffic.

 

La suite pour Soderbergh répond à la logique citée plus haut. En 2001 et 2002, avec sa « muse » George Clooney, il sort coup sur coup deux adaptations de classiques du cinéma: Ocean's eleven ( L'Inconnu de Las Vegas) et Solaris (d'après celui de Tarkovsky). Un film cool, un autre pas. Avec Clooney, il fonde le studio « indépendant » Section 8, rattaché à Warner. Celui-ci devient la plate-forme tournante des 2 amis, mettant à profit leur image de marque pour faire la vitrine de projets marginaux, politiquement engagés. Ils inaugurent ainsi, en tant que producteur et réalisateur, le renouveau du cinéma hollywoodien de gauche, avec Syriana, Good Night and Good Luck, Michael Clayton, etc...

 

De petits films expérimentaux continuent de sortir dans l'anonymat, malgré des qualités mises en exergue par la critique. Il y a Full Frontal, en 2002, sur la démultiplication des points de vue, tournés avec 4 caméras numériques simultanément, et The Bubble, directement sorti sur internet en 2005. Soderbergh tourne aussi un épisode de Eros, film à sketche avec la dernière réalisation de Antonioni. Il sort fréquemment un Ocean (le 12 en 2004, et le 13 en 2007).

 

Il retrouve George Clonney dans The Good German (2006), film hommage avoué, appliqué, des films de Michael Curtiz ( Casablanca) et à l'imagerie noir et blanc des films des 50's. En 2008, il sort enfin son dyptique sur Che Guevara, avec Benicio Del Toro, The Argentine et Guerrilla. Puis, le cinéaste revient à l'exercice de style avec The Girlfriend Experience, sur la vie d'une call girl.

 

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