Roman Polanski |
Né le 18 août 1933 à Paris (France).
Né à Paris, presque par hasard, de parents polonais, Roman Polanski a 3 ans lorsque sa famille décide de retourner au pays s'installer à Cracovie. C’est également le moment que choisit son père, Ryszard Lieblinz, pour changer de nom et opter pour Polanski. La guerre éclate et les parents du petit Roman sont déportés dans un camp de concentration. Sa mère ne reviendra jamais d'Auschwitz. Livré à lui-même, le jeune garçon est recueilli successivement par plusieurs familles. L’horreur qui marque cette enfance difficile sera un des thèmes récurrents de sa filmographie future.
Après un petit séjour dans un cursus d’électronique, le jeune homme se tourne finalement vers la scène. A 14 ans, Roman participe à une émission de radio et monte sur les planches, où il connaît une certaine notoriété. Son charme et son bagout, malgré sa petite taille, y sont pour beaucoup. Il fait également de la figuration dans de nombreux films, tout en suivant les cours d'une école d'art de Cracovie où il s'initie à la peinture, à la sculpture et aux arts graphiques. Parallèlement, il tient de petits rôles dans des films du cinéaste Andrzej Wajda : Génération, Une Fille a parlé... En 1955, il est finalement accepté dans le cursus de mise en scène de l'Ecole nationale de Cinéma de Lodz. Etudiant, il réalise ses premiers courts métrages, dont Deux Hommes et une Armoire en 1958 et Quand les Anges tombent en 1959, primés dans différents festivals. De très courts métrages où pointe déjà son goût prononcé pour l'insolite, la violence stylisée... et le voyeurisme.
Il est ensuite engagé comme assistant réalisateur auprès du réalisateur français Jean-Marie Drot, qui réalise alors une série de documentaires sur la culture polonaise. De 1959 à 1961, il travaille à Paris et réalise (et interprète) un nouveau court métrage, Le Gros et le maigre, qui poursuit la « veine polanskienne » (surréalisme et burlesque confondus), puis il retourne en Pologne et signe un dernier court en 1962, Les Mammifères.
Conforté par son succès grandissant en tant que court métragiste, Polanski réalise son premier long métrage en 1962 Le Couteau dans l'eau, qui sera par ailleurs son dernier film polonais… Un huis clos psychologique dont l'action, oppressante, se déroule à bord d'un yacht, nommé en 1963 à l’Oscar du meilleur film étranger et qui remporte le Prix de la critique au Festival de Venise. Polanski entreprend alors une carrière internationale et revient à Paris où il réalise le sketch «La Rivière de diamant» pour le film Les plus Belles Escroqueries du monde.
Parallèlement, diffusé en Angleterre, Le Couteau dans l’eau attire l’attention du producteur Gene Gutowski, qui fait venir Polanski à Londres et l'aide à produire Répulsion, étrange film noir claustrophobique dans lequel Catherine Deneuve, transfigurée, perd la tête et sombre dans la névrose entre les quatre murs de son appartement. La collaboration avec Gutowksi se poursuit sur Cul-de-sac, comédie sombre dans laquelle deux gangsters investissent une maison isolée (et leurs habitants, dont la regrettée Françoise Dorléac, soeur de Catherine Deneuve) sur une petite île irlandaise. Cul-de-sac remporte l'Ours d'or au Festival de Berlin, joli doublé après celui d'argent glâné pour Répulsion... Suit enfin Le Bal des vampires, délirante parodie des films de vampires dans laquelle il joue lui-même aux côtés de son épouse, la ravissante Sharon Tate.
Tributaire d'un succès européen qui ne se dément pas, Polanski traverse l'Atlantique pour la transposition d'un roman horrifique, Rosemary's Baby, avec John Cassavetes et la jeune Mia Farrow, dans lequel son génie pour les ambiances tordues et malsaines (en l'occurrence la présence maléfique d'un bébé) fait encore une fois des merveilles. Nouvelle citation à l'Oscar du meilleur scénario et très beau succès commercial à travers le monde installent Polanski au Panthéon des jeunes réalisateurs dans le vent, en cette fin des années 60. Mais la fiction rejoint la réalité : le 9 août 1969, Sharon Tate en fin de grossesse est sauvagement assassinée dans la résidence californienne du couple par des fanatiques de la secte de Charles Manson. Roman Polanski suspend sa carrière durant quatre ans et effectuera son retour en réalisant une adaptation de l'œuvre de Shakespeare Macbeth, une commande ambitieuse de Hugh Hefner, le patron de Playboy. Le retentissement est moindre, ainsi que celui du très anecdotique Quoi ?, comédie absurde qui lui permet de diriger notamment Marcello Mastroianni.
Après ces deux semi-échecs, il est temps pour Polanski de revenir à Hollywood. Il n'a pas tort : Chinatown, lauréat du Golden Globe et nommé pour onze Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, étant sans doute son chef-d'oeuvre, merveille de film noir avec Jack Nicholson en privé enquêtant sur, croit-il, un simple cas d'adultère. Malgré un énorme succès critique mais un relatif échec commercial, Polanski se retrouve à nouveau pris dans les rets d’un sombre fait divers, inculpé pour le viol présumé d’une adolescente de 13 ans. Après avoir passé quelque temps en prison, il quitte les Etats-Unis. Il n'y reviendra plus jamais, sous peine d'inculpation.
Polyvalent et polyglotte, Polanski tourne en France, deux ans plus tard, Le Locataire, nouvelle pierre angulaire du cinéma fantastique et paranoïaque, dans lequel Isabelle Adjani et Shelley Winters se taillent la part des lionnes à ses côtés puisque le réalisateur tient aussi le rôle principal du film, locataire persuadé que ses voisins le persécutent. Trois ans plus tard, la somptueuse fresque campagnarde Tess est nommée pour six Oscars, dont celui du meilleur réalisateur, et remporte ceux de la meilleure photo, de la meilleure direction artistique et des meilleurs costumes. Avec également deux Césars qui pèsent lourd dans les poches : meilleure mise en scène et meilleur film.
Le réalisateur marque alors une nouvelle pause… qui durera huit ans. Huit ans durant lesquels il met en scène Amadeus de Peter Schaffer et écrit son autobiographie, Roman, best-seller dans de nombreux pays. Dans la foulée, le réalisateur est élu à l'Académie des Beaux-Arts. Avec Pirates, Polanski revient finalement au cinéma. C'est un vieux projet, d'une démesure toute polanskienne, mais ce récit d'aventure est un semi-échec commercial, et l'occasion d'une bonne douche froide critique.
Le réalisateur enchaînera avec un thriller hitchcockien situé dans le Paris contemporain, Frantic, avec Harrison Ford et Emmanuelle Seigner, laquelle deviendra sa compagne et son égérie. En 1992, Lunes de fiel, thriller tragico-érotique dont l'action se déroule sur un paquebot, adapté d'un roman de Pascal Bruckner, réunit Emmanuelle Seigner, Peter Coyote et Hugh Grant.
Deux ans plus tard, La Jeune Fille et la mort, suspense psychologique mettant face à face un bourreau et son ancienne victime, soit Ben Kingsley et Sigourney Weaver, est un beau succès, que ne trahit pas La Neuvième porte où, c'est une question d'habitude, le réalisateur met en scène son épouse Emmanuelle Seigner dans le rôle de l'ange gardien ambigu d’un Johnny Depp excellent en bibliophile peu scrupuleux.
En 2002, Roman Polanski explore ses racines polonaises et les expériences de son enfance dans un récit autobiographique sur le courage et la survie dans des conditions inhumaines avec Le Pianiste, d'après les mémoires du pianiste Wladyslaw Szpilman sur le ghetto de Varsovie. Le film, dont il est aussi producteur, est salué par le monde entier et remporte une pléiade de récompenses, dont trois Oscars – meilleur acteur pour Adrien Brody, meilleur scénario adapté pour Ronald Harwood et meilleur réalisateur. Sans oublier le best pour la fin : la Palme d'Or du Festival de Cannes et sept Césars.
En 2005, il produit et réalise Oliver Twist, d'après le roman de Charles Dickens, mais le succès est plus mitigé, le sujet ayant déjà été maintes fois traité au cinéma et à la télévision, malgré les moyens et une direction d'acteurs exceptionnelle.
Egalement metteur en scène de théâtre et d'opéra très demandé, Roman Polanski a dirigé l'opéra d'Alban Berg, Lulu, au Festival de Spolète, Rigoletto de Verdi à l'Opéra de Munich et les Contes d'Hoffmann d'Offenbach à l'Opéra Bastille. Acteur, il a tourné dans une trentaine de films (notamment en vedette avec Gérard Depardieu dans le film de Giuseppe Tornatore Une Pure Formalité et un caméo dans Rush Hour 3). Sur scène, en 1988, il tenait le rôle principal de l'adaptation par Steven Berkoff du classique de Kafka dans La Métamorphose. Il a également mis en scène la comédie musicale Tanz der Vampire en 1996 à Vienne, d'après son propre film Le Bal des vampires. Il a depuis mis en scène Master Class - Maria Callas, La Leçon de Chant de Terrence McNally, à Paris.
Personnage quasi légendaire du 7e Art, ayant vécu de multiples vies à rebondissements, Roman Polanski est sans doute aujourd'hui un des réalisateurs vivants les plus récompensés au monde.
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