Alain Corneau |
Né le 7 août 1943 à Orleans (France).
Alain Corneau c’est du gros calibre. Il a le polar dans la peau. Rivé au corps, aux pores. Il se voyait musicien jazzy mais au détour d’un coin de vie, il troque son instrument pour une caméra.
Après un passage à l’Idhec, ce natif des bords de Loire, fait ses premières armes comme stagiaire sur L’Aveu de Costa Gavras. Alain Corneau y croise Yves Montand, garde sa silhouette en mémoire pour, le moment venu, lui soumettre ses propres histoires. L’opportunité se présente avec Police Python 357. Nous sommes en 1975, le cinéaste a 32 ans. C’est son deuxième film. En 1977, le metteur en scène lui donne le volant pour La Menace. Suivra : Le Choix des armes. Entre-temps, ce rat de cinémathèque, ce fan d’une production yankee en noir et blanc flashe sur Nadine Trintignant. Le couple coécrit Ca n’arrive qu’aux Autres, Défense de savoir. Aujourd’hui, le duo est toujours ensemble.
Le sourire à portée des lèvres, Alain Corneau respire la gentillesse. A l’inverse, ses personnages, errent. Souvent solitaires, paumés, ils se heurtent à l’incompréhension du monde qui les entoure, se cherchent, doutent. Le côté sombre de la nature humaine attire le metteur en scène comme la lumière, les moustiques. Ses interrogations l’emmènent au Sahara pour Fort Saganne, sur les pas de Richard Anconina dans Le Môme. L’enfance, autre sujet de prédilection. Il plonge dans la sienne avec Le Nouveau Monde relatant une adolescence bercée par le rythme de la présence de soldats américains sur le sol français dans les années soixante.
En guère plus de trente ans et quatorze films, Alain Corneau s’est impliqué avec passion dans le monde de l’adaptation, sans perdre de vue ses obsessions. Corneau dévore les livres, adore les mots. Ceux de Jim Thompson, maître du roman noir américain, l’amènent à signer Série noire. Pour garder le rythme de l’écriture, il tourne ce film caméra à l’épaule, demande à Patrick Dewaere d’improviser. Les lignes d’Antonio Tabucchi le conduisent à Bombay pour Nocturne Indien. En 2002, direction le Japon. Sylvie Testud est du voyage. Sa mission, donner vie à Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb. Il reprend l’actrice pour dire Les Mots bleus chers à Dominique Mainard.
Les fibres musicales d’Alain Corneau le poussent à composer Tous les Matins du monde en 1991. Le public est à l’écoute. Ce dernier boude en revanche Le Cousin. Alain Corneau aime à changer d’atmosphère, de pays. En amateur d’acteurs, il engage les plus grands. Pour son dernier film, le quinzième, il a mixé polar et adaptation. Ce Deuxième Souffle n’a rien d’un remake à la gloire de Jean-Pierre Melville. Le réalisateur l’a fait pour rendre justice et hommage à son auteur-scénariste, José Giovanni, son ami. Il avait été bouleversé à la parution du livre par son récit violent, cette quête de rédemption. Pour le mettre en images, Alain Corneau a procédé comme toujours, en faisant une première adaptation, quasi littéraire, en réfléchissant à la manière dont le roman a été écrit. « Je ne me place en position de cinéaste qu’à partir de la deuxième mouture, ensuite je pense à un acteur pour pouvoir continuer à écrire. «
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