|
Né le 24 juin 1930 à Paris (France).
Au lendemain de la guerre, Claude Chabrol commence par tenir un ciné club en province pour ensuite entamer des études de droit et de lettres à Paris, en restant fidèle aux salles de cinéma. Dès 1952, il devient critique et se joint à l'aventure des Cahiers du cinéma, notamment aux côtés de François Truffaut et de Jacques Rivette. Cinéphile enthousiaste et provocateur, il participe à la naissance de la Nouvelle Vague. Après son poste d'attaché de presse à la Fox, il produit son premier film (Le Coup du berger) et réalise Le Beau Serge, grâce à l'héritage que lui lègue sa femme.
Le reste de sa carrière tend à prouver que Chabrol construit son « empire » grâce aux femmes, source d'inspiration inépuisable. Il dirige d'ailleurs vingt-trois fois sa seconde compagne, Stéphane Audran, notamment dans Les Cousins, un triangle amoureux, Les Bonnes femmes, caricature de quatre midinettes trop rêveuses ou encore L'Oeil du malin, une histoire d'espionnage. A cela s'ajoute une série de films policiers, dans lesquels un homme tue des femmes riches pour faire vivre sa famille dans Landru. Sagacité et ironie sont de mise pour attaquer l'hypocrisie, les vices et la bêtise de la bourgeoisie provinciale, cible quasi permanente dans les oeuvres du réalisateur (Folies bourgeoises).
Usant et abusant d'un humour particulièrement acerbe, Chabrol ne se prend guère au sérieux, alternant jeux de massacre méthodiques (Les Fantômes du chapelier), inspecteurs en tous genres (Poulet au vinaigre, Inspecteur Lavardin) ou animateurs télé sardoniques (Masques). Il impose peu à peu son propre genre que les spectateurs n'accueillent pas toujours à bras ouverts. Le cinéaste suit la mode du jour pendant un temps, en sortant une parodie de film d'espionnage (Le Tigre aime la chair fraîche) mais il revient rapidement à des créations plus intimes, dénonçant la petite société bourgeoise post-soixante-huitarde dans La femme infidèle, les guerres d'Indochine et d'Algérie qui rendent assassin Le Boucher Périgourdin d'à côté, et les victimes qui restent des victimes (Que la bête meure).
Chabrol analyse tout à travers ses polars et ses comédies, restant continuellement sur le ton de l'ironie et de la satire, comme dans le film à succès Docteur Popaul, porté entres autres par Jean-Paul Belmondo, en 1972. Le réalisateur ne s'arrête pas de tourner et trouve encore dans les femmes l'origine de ses scénarios extravagants. Il découvre et révèle Isabelle Huppert, sa muse, avec qui il débute une fertile collaboration dans Violette Nozière, tiré d'un fait divers dans lequel une jeune fille tue ses parents pour mener une vie d'étudiante frivole, un rôle monstrueux qui lui vaut à Cannes la Palme de la meilleure actrice. Chabrol la dirige ensuite dans Une Affaire de femme, Madame Bovary, Merci pour le chocolat, La Cérémonie, dans lesquels il demande à l'actrice d'être aussi bien une faiseuse d'ange condamnée à mort sous Vichy, une arriviste capricieuse frustrée par l'amour, une meurtrière ou une femme pleine de vices cachés.
En 2006, Chabrol expose sa vision perspicace de la société en s'inspirant de l'affaire Elf dans L'Ivresse du pouvoir, où encore une fois, Huppert livre un combat acharné contre un chef d'entreprise corrompu. Le cinéaste s'intéresse aussi à la jeunesse, afin de casser l'image trop lisse de Benoît Magimel ou de Mélanie Doutey dans une histoire de famille incestueuse (La Fleur du mal) ou celle de Laura Smet dans une romance scabreuse et morbide (La Demoiselle d'honneur).
L'année suivante, il s'amuse à tirer les ficelles de la jolie marionnette Ludivine Sagnier , qui joue La Fille coupée en deux entre un jeune déséquilibré (interprété par Benoît Magimel) et un homme pervers d'âge mûr (François Berléand). Bref, Claude Chabrol enchaîne les films (au moins un par an, si ce n'est plus) et savoure toujours autant ce menu classique mais efficace : un homme, une femme, un meurtre. Et d'ailleurs, Claude Chabrol n'est-il pas au cinéma français ce qu'Alfred Hitchcock est au cinéma hollywoodien ? Parenthèse : on se souvient de son rôle de présentateur de la série télévisée Sueurs Froides (1988), une anthologie d'histoires policières teintées d'humour noir. Un hommage révélateur rendu au maître du suspense, également présentateur de la série Alfred Hitchcock présente.