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Takeshi Kitano

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Biographie

Disciple du comique japonais Senzaburô Fukami, alors tombé dans la désuétude dans les années 70, à force d'écumer les boites de strip-tease de Tokyo, Takeshi Kitano est devenu l'un des humoristes nippons les plus célèbres des années 80, avec le duo des Two Beat, d'où provient le fameux pseudonyme « Beat Takeshi ». Il se démarque de ses collègues de l'époque par un style très dialogué, verbeux, et outrancier, iconoclaste dans un Japon encore conservateur, le manzaï, équivalent du « stand-up » américain. Sa célébrité l'amène à la TV, menant une carrière lucrative d'entertainer, puis au cinéma.

 

Tout au long des années 80, il n'a de cesse de développer son talents d'acteur, dans divers registres, mais toujours dans des seconds rôles, son point charnière restant Furyo de Nagisa Oshima (1983), dans le rôle du sergent Hara, le geôlier à la fois ennemie et complice Mr Lawrence, incarné par David Bowie, le flegmatique prisonnier de guerre anglais et androgyne. Ce rôle indique la tournure que prend sa carrière, toujours en équilibriste entre l'humour le plus gras et décalé, et la violence la plus sourde et sèche. C'est en 1989 que cette dualité devient évidente, lorsqu'il passe à la réalisation, avec Violent Cop, remplaçant Kinji Fukasaku sur ( Battle Royale), tombé malade. Dans ce polar âpre et violent, il se met en scène en une sorte d' Inspecteur Harry, Azuma, avec les mêmes méthodes peu orthodoxes, et expéditives. Après l'assassinat de son coéquipier et l'enlèvement de sa sœur, Azuma s'engage dans une descente aux enfers sans retour. Autant dire que le changement de ton est brutal et inattendu, mais à chaque fois qu'il reprend la caméra, Kitano va réinvestir l'univers du polar, et plus spécifiquement celui des Yakusas, avec une liberté de ton et de décalage jusqu'alors inédite. Avec Jugatsu (1990), une équipe de baseball doit affronter des yakusas locaux, alors que dans Sonatine (1993), il suit le quotidien fait de petits épisodes anodins dans la vie de ses gangsters, en retraite dans une petite maison au bord de la plage. Sans jamais oublier des giclées de violence inattendus. D'autres films noirs poignants jalonnent sa carrière de metteur en scène, avec Hana-Bi (1997), où un policier doit faire face à la lente mort de sa femme attend de leucémie, ainsi qu'à l'accident de son collègue, alors que pour Aniki, mon frère (2000), il exporte son univers à Los Angeles.

 

Kitano touchera aussi à des sujets plus intimistes et moins portés sur la boucherie. Dans A Scene at the sea (1991), ce sont deux adolescents sourds et muets qui tentent de s'initier par eux-même au surf. Quant à L'Eté de Kikujiro (2000), il s'agit d'un road-movie entre un homme d'âge mur et un petit garçon à la recherche de sa mère. Avec Zatoïchi en 2003, Kitano accède à un succès à la fois critique et commercial, en modernisant et en intégrant à son propre univers, un héros mythique de la culture japonaise. Peu après, las, en panne sèche, il entame, d'après sa propre expression, une entreprise de « déconstruction créatrice » par une trilogie de films auto-analytiques, portés sur son identité artistique. Cela se traduit par les déroutant Takeshi's, en 2005, et Glory to the filmmaker!, en 2008. Dans le premier, il y incarne deux personnages, Beat, un acteur de TV célèbre, et Takeshi, un comédien bourru, fan de Beat. Dans le second, il s'agit d'un kaléidoscope de genre, où le réalisateur revisite son cinéma avec auto-dérision. Enfin, le réalisateur clôt sa trilogie auto-analytique avec Achilles et la tortue, Takeshi Kitano, qui interprète le personnage principal, livre une œuvre sur un peintre raté qui ne cesse de vouloir s'adapter aux exigences du public. Un paradoxe pour un cinéaste, qui a réussi à s'imposer aux yeux du public, tout en restant lui même.

 

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