Jacques Doillon |
Né le 15 mars 1944 à Paris (France).
Après s'être formé comme monteur sur de nombreux films à la fin des années 60 et avoir mis en scène plusieurs courts-métrages, Jacques Doillon se voit offrir une chance de participer au projet collectif L'An 01, initié par le dessinateur Gébé. Il y intègre deux séquences au parfum de mai 68, tournées par Alain Resnais et Jean Rouch, deux cinéastes qui resteront des influences majeures du réalisateur. Il gardera du premier une attention portée à la psychologie, et du second l'urgence documentaire et une forte volonté réaliste.
Cette expérience lui permet de réaliser son premier projet personnel en 1974 : Les Doigts dans la tête, qui raconte la révolte d'un apprenti-boulanger contre son patron, qui le licencie sans préavis et refuse de l'indemniser. Témoignage social, la technique du film épouse l'urgence du propos : Doillon fait appel à des acteurs non professionnels, utilise peu de décors, tourne en noir et blanc et en 16 mm et économise les mouvements de caméra.
Le cinéma de Doillon, même s'il est aux antipodes des canons esthétiques de la nouvelle vague, avec son ton brut, réaliste, naturaliste et psychologique dénué de toute référence culturelle, est accueilli avec éloge par François Truffaut, qui dit de son premier film : « Un film drôle et vrai, un film qui chante juste, un film simple comme bonjour. » C'est alors le réalisateur des Quatre cents coups qui suggère à Claude Berri de confier la réalisation de l'adaptation d' Un Sac de billes, le récit autobiographique de Joseph Joffo à ce jeune réalisateur. A travers cette histoire d'enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, le cinéaste touche pour la première fois au monde de l'enfance, qui deviendra par la suite sa thématique privilégiée. Quelque peu écrasé par les contraintes d'une telle production, le cinéaste revient en 1979 avec deux films intimistes, La Femme qui pleure, un film sur la difficulté du couple aux forts accents autobiographiques et La Drôlesse, qui reçoit le prix du Jeune cinéma à Cannes en 1979.
N'hésitant pas à prendre à bras le corps des sujets difficiles comme l'obsession sexuelle La Drôlesse ou l'inceste ( La Fille prodigue), Jacques Doillon se fait le portraitiste des sentiments violents et des crises passionnelles, comme en témoigne encore l'oppressant huis clos minimaliste et dépouillé La Pirate, dans lequel il fait tourner sa femme Jane Birkin. Spécialiste d'un cinéma brut, toujours comme en construction, Doillon va alors naturellement se faire l'observateur de l'adolescence et de l'enfance. Parfois tendre ( La Vie de famille, sur les tentatives d'une fillette qui a du mal à s'exprimer et tente de communiquer avec son père à travers une caméra vidéo), parfois violent ( Le Petit criminel, avec un jeune instable prenant un flic en otage pour aller retrouver sa sœur), son regard sur la jeunesse traverse les classes sociales (des jeunes bourgeois confrontés à la mort du Jeune Werther aux jeunes plus populaires de Carrément à l'Ouest) et les âges (il évoque aussi les très jeunes enfants comme dans Ponette, qui vaut à sa petite comédienne de 4 ans un prix d'interprétation à Venise). Il radiographie alors la société à travers le langage et les actions de sa jeunesse, dont il dresse des portraits parfois crus mais toujours proches. Si le réalisateur va filmer en 2003 Pascal Gréggory au Maroc dans Raja, il revient vers l'adolescence en 2008 avec Le Premier venu, qui décrit le besoin d'une jeune fille de 20 ans de donner un sens à sa vie.
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