Béatrice Dalle |
Née le 19 décembre 1964 à Brest (France).
Actrice atypique, Béatrice Dalle a la fureur de vivre et quitte Le Mans, la ville de son enfance, à 14 ans, pour la capitale. Provocante et sexy, elle y devient une personnalité anonyme de la scène punk et est repérée dans un casting de rue par l'agent Dominique Besnehard, qui la met dans les pages du magazine Photo pour un numéro spécial consacré aux lolitas. Les lèvres charnues et les dents du bonheur, Béatrice Dalle correspond au profil, et le conte de fée débute, sauf que la lolita n'aime pas les destins déjà écrits.
Par le biais de Besnehard elle est présentée à Jean-Jacques Beineix qui cherche des nouveaux talents pour 37°2 le Matin. Le cinéaste a une sorte de révélation devant la jeune femme au regard effronté et l'engage sur le champs. Avec Jean-Hugues Anglade, elle est violemment propulsée sous les feux des projecteurs et nommée aux Césars pour son personnage fragile et habité qui bouleverse le public comme la critique. Elle va tout de suite tourner avec les plus grands réalisateurs étrangers comme Marco Bellochio, dans La Sorcière, Jim Jarmusch dans ses cinq histoires de taxis, Une Nuit sur Terre.
La nouvelle égérie plaît et exaspère à la fois pour son aura populaire et sa personnalité hors du commun. Contre toute attente, elle ne suit pas une carrière dictée par l'appât du gain ou ni même la raison. Elle est rebelle et elle marche au coup de coeur. Ainsi, elle se retrouve en rivalité intime avec Isabelle Huppert dans La Vengeance d'une femme de Jacques Doillon. Cette expérience la marque et forme un peu plus cette self-made woman au métier d'actrice. Elle passe ensuite en 1992 entre les mains de Claude Lelouch dans sa Belle Histoire d'amour de 2000 ans.
Entre-temps, Béatrice Dalle acquiert une réputation sulfureuse de comédienne indomptable, renforcée par une condamnation pour vol de bijoux dans une grande enseigne parisienne. Seule Claire Denis arrive à l'apprivoiser lors du tournage de J'ai pas Sommeil en 1994. L'actrice au tempérament de feu devient une comédienne fétiche de la cinéaste puisqu'elle tourne Trouble Every Day (2001) où elle livre une interprétation remarquée d'une femme cannibale amoureuse, et encore L'Intrus (2005).
Béatrice Dalle fascine tellement qu'elle attire sans cesse à elle des cinéastes d'obédience internationale. Abel Ferrara : The Blackout, le Japonais Nobuhiro Suwa, qui fait appel à elle pour tourner un remake d' Hiroshima, mon Amour, H Story. Les sujets durs, les personnages épais ne font pas peur à cette dure à cuir au coeur d'artichaut. D'ailleurs ses amours défrayent la chronique. Eclectique dans sa carrière comme dans la vie, l'actrice entretient une liaison avec le chanteur du groupe de rap NTM, Joey Star. Rare alliance du cinéma avec le hip-hop.
Elle est d'ailleurs très douée pour les duos passionnels et destructeurs à l'écran et elle insuffle sans relâche une forte charge émotive aux films dans lesquels elle joue : binôme fraternel et malsain avec Anne Parillaud dans A la Folie ( Diane Kurys) en 1994, elle retrouve Isabelle Huppert, sa stricte antithèse, pour une cohabitation dramatique orchestrée par Michael Haneke dans Le Temps du loup (2003). Mais elle sait aussi être un personnage adjuvant, aidant Maggie Cheung dans sa quête pour récupérer son fils dans le film d' Olivier Assayas, Clean. Des films d'auteur en somme, alors qu'avec son aura « populo » on aurait pu penser que l'actrice tournerait dans des films grand public. C'est comme si Béatrice Dalle s'était toujours interdit d'être une star.
Malgré elle, elle inspire les cinéastes dont certains lui donnent des rôles d'héroïne comme celui de Cécile Cassard dans Dix-sept Fois Cécile Cassard. La diva marginale refuse les propositions dont elle pressent qu'elles n'aboutiront pas à une « rencontre » et accepte de participer à des projets « underground » à petit budget : dans un film gore de jeunes réalisateurs Julien Maury et Alexandre Bustillo où elle se transforme en tueuse de femme enceinte ( A l'Intérieur), puis en 2007 dans une aventure où peu d'actrices auraient accepté de se lancer, un remake cinéma de la pièce de théâtre de Claudel, Tête d'or, joué au milieu de vingt-six détenus dans un pénitencier. Princesse entre les mains du puissant Tête d'or, à l'issue du tournage elle devient la femme de Guenaël Meziani, détenu incarnant le rôle titre.
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