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Dario Argento

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Biographie

On pourrait croire, en voyant ses films dans lesquels l'obscurité de l'âme humaine vient souvent d'un traumatisme enfantin, que Dario Argento a vécu dans sa jeunesse un drame qui explique les cauchemars qu'il aime à conter dans ses films. Or, il n'en est rien. Si l'on excepte son éducation religieuse chez les prêtres qui peut donner une clef biographique à l'univers inquiétant des bonnes soeurs/sorcières de Suspiria, il est inutile de chercher dans la vie d'Argento des explications à son oeuvre torturée. C'est du côté de l'imaginaire et de l'inconscient qu'il faut plutôt fouiller pour comprendre l'origine de ses sanglantes visions.

 

Enfant, Argento se nourrit des histoires inquiétantes qu'aime lui raconter sa tante et se passionne très tôt pour les contes de Grimm et Andersen. Adolescent, il devient fanatique des univers angoissants et étranges de Poe, qu'il adaptera avec Romero dans le film à sketches Deux Yeux maléfiques et de Lovecraft, à qui il rendra hommage à travers sa trilogie des « Trois mères ».

 

Mais c'est aussi le cinéma qui façonne l'imaginaire de l'artiste. Elevé dans le milieu du cinéma italien, le jeune Dario se passionne pour les maîtres de l'angoisse Hitchcock et Mario Bava, mais aussi pour l'expressionnisme allemand ( Fritz Lang reste son cinéaste fétiche) ou le noir Jules Dassin. Il rendra tardivement hommage à ses influences, en 2005, dans le téléfilm Vous aimez Hitchcock ?. Plus tard, l'univers étrange du Resnais de L'Année dernière à Marienbad exercera aussi une forte impression sur le cinéphile. Très vite, le jeune homme met sa culture cinématographique à profit et commence à écrire. Il rédige dans un premier temps des critiques de cinéma en se spécialisant dans le western et le film noir (certaines sont traduites en France dans Les Cahiers du cinéma) avant d'écrire des scénarios dans ces deux genres de prédilection à partir du milieu des années soixante. Il souffle une ou deux idées à Sergio Leone que le réalisateur adopte pour Il était une Fois dans l'Ouest et écrit Une Corde, un colt pour Robert Hossein, qui lance la carrière de l'acteur réalisateur français.

 

Il s'associe alors avec son père pour produire son premier film en tant que réalisateur, L'Oiseau au plumage de cristal. Il s'agit d'un giallo, thriller italien dont le nom vient de la couleur jaune des couvertures des polars, genre popularisé par Mario Bava, où les meurtres à l'arme blanche sont particulièrement élaborés, et les assassins gantés de noir font montre d'une résolution surprenante.

 

Le film est un beau succès et permet à Argento d'enchaîner deux autres giallos qui iront encore plus loin dans la violence graphique et les expérimentations formelles : Le Chat à neuf queues, qui adopte le point de vue d'un témoin auditif d'un meurtre et Quatre Mouches de velours gris, avec un casting surprenant qui réunit Jean-Pierre Marielle et Mismy Farmer. Argento crée dans ces trois films connus sous le nom de la « Trilogie animale » une atmosphère envoûtante et mystérieuse, multipliant les références à Hitchcock, aux contes gothiques et à la psychanalyse freudienne. Profitant de sa notoriété, le metteur en scène tente en 1973 de réaliser un projet personnel, Cinq Jours de révolution, sur deux hommes impliqués dans la révolution italienne de 1848. L'échec critique et public du film touche énormément le cinéaste, qui ne s'essayera, par la suite, plus à ce genre d'expérience, mais se contentera d'insuffler sa vision et ses thématiques personnelles dans des films de genre.

 

Le succès étant toujours au rendez-vous avec les thrillers, Dario Argento s'attelle donc à un nouveau giallo mais adopte un style encore plus ambitieux pour Les Frissons de l'angoisse, qui reste comme son film le plus célèbre en Italie et le sommet artistique de sa carrière pour nombre de ses admirateurs. S'inspirant de Blow up d' Antonioni, le cinéaste y met en scène des meurtres particulièrement violents ce qui lui attirera ainsi la foudre des censeurs, qui coupent le film dans de nombreux pays, dont la France. Les plans très travaillés du film affichent des dominantes rouge et bleu qui portent une signification particulière. Il engage les musiciens de Goblin, qui mélangent hard rock et musique minimaliste, offrant une atmosphère étrange au film et un climat presque fantastique et onirique. Il rencontre aussi sur le tournage Daria Nicolodi, qu'il épousera et qui sera la mère de sa fille Asia.

 

Après une collaboration avec Romero sur Zombie, auquel il donne un rythme particulier sur la version européenne du film grâce à un montage heurté et la musique des Goblin, il pousse encore plus loin la plongée dans le fantastique et signe, en 1977, Suspiria. Suivant la structure du conte, le film est une plongée cauchemardesque et gothique dans un internat dirigé par des sorcières, qui seront démasquées par une innocente jeune fille. Le climat angoissant du film est retranscrit grâce à un montage sonore strident, qui distille une ambiance horrifique grâce à des sifflements et des respirations angoissées. Le film est aussi ponctué de séquences visuellement aussi ambitieuses que sanglantes. Suspiria donne lieu en 1980 à une suite, Inferno, qui développe les personnages des sorcières et possède une variation, Phenomena, dont l'atmosphère est très proche du film de 1977. Dans la foulée, Argento réalise un autre giallo en 1982 : Ténèbres, au style maintenant reconnaissable.

 

Au cours de la fin des années 80 et début 90, le cinéaste produit un nombre conséquent de films d'horreur (dont la série des Démons) et réalise des longs métrages qui peinent à retrouver la flamboyance de ses premières créations tout en développant son style gothique et onirique ( Terreur à l'opéra, Trauma avec sa fille Asia Argento, Le Fantôme de l'opéra...)

 

A la fin des années 90, le cinéaste, célébré comme un maître du genre et un formaliste de génie, entame une série de films qui annonce une renaissance artistique par intermittence. Quelques séquences du Syndrome de Stendhal forcent ainsi l'admiration (dont celle d'ouverture, qui plonge littéralement le personnage tenu par Asia dans un tableau), alors que le retour du maître au giallo avec Le Sang des innocents, qui utilise admirablement le vétéran Max von Sydow et comporte une anthologique scène de meurtres sur un tapis rouge digne des premiers excès gore du cinéaste, satisfait une partie de ses admirateurs. Mais c'est la série Master of Horror, et le mélange d'érotisme et de dégoût qu'inspire son personnage Jenifer qui convainc véritablement ses fans. En 2007, le réalisateur décide enfin de clore la trilogie des « Trois mères » commencée avec Suspiria en 1977 et Inferno en 1980. Il s'entoure alors de ses deux muses : Daria Nicolodi et Asia, pour décrire le réveil de la mère des larmes dans La Terza Madre.