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D'abord homme de théâtre, Jérôme Robart passe au cinéma dans Les Amants réguliers de Philippe Garrel, Selon Charlie de Nicole Garcia, puis à la télévision dans un épisode de «Joséphine, ange gardien». Des prestations modestes avant que, brutalement, le petit écran lui offre de prêter ses traits au héros des romans de Jean-François Parot, Nicolas le Floch, lieutenant général de police aux ordres de Louis XV.
Une vraie difficulté, mais tout ce que j’ai pu apprendre dans les différentes écoles de théâtre que j'ai fréquentées et au théâtre lui-même, m’a permis d’aborder ce phrasé très particulier. Dans «Nicolas le Floch», les personnages expriment verbalement, instantanément ce qu’ils pensent dans l’instant. Exactement comme sur les planches où les textes prévoient que les comédiens se sortent les pensées de la tête pour les mettre en parole. Si l’expérience du théâtre facilite les choses, ce n’est pas non plus une nécessité absolue d'y avoir touché. Des comédiens sans cursus de ce côté-là auraient très bien pu incarner le personnage et d’autres comédiens, avec un cursus théâtral, en auraient été incapables. Tout dépend de l’acteur, de ses aptitudes.
J’avais pour objectif de faire couler les phrases comme coule l’eau d’un ruisseau, qu'elles viennent au rythme de la pensée. Pas aussi évident que ça et il a fallu que je travaille beaucoup auprès d’une personne recrutée par la production, ma propre cousine. En permanence, depuis les transports jusqu’au plateau, nous étions à répéter le texte, à le reprendre encore et encore. Il fallait vraiment que les tournures de phrase les plus compliqués tombent comme « passez-moi le sel s’il vous plaît ». Il était indispensable d’arracher le texte de l’écrit pur pour le porter vers l'oral. Il était suffisamment bien écrit pour passer de l’un à l’autre sans dégât, sans altération.
Une bonne raison à ça : nous avons bénéficié du temps de la préparation. Ce qui n’a pas été le cas des deux premiers, d’autant moins que je n’ai été engagé que dix jours avant que ne commence le tournage. Trop peu. Je suis donc arrivé sur «Nicolas le Floch» avec une connaissance très limitée du projet, une connaissance du phrasé quasi nulle, une connaissance du scénario presque inexistante… Beaucoup d’obstacles ! Finalement, je m’en suis sorti avec un travail qui relève davantage de la posture que d’une véritable traversée du texte. Sur les deux premiers épisodes, je n'étais qu’un «diseur». D’ailleurs, j’ai beaucoup de difficultés à les revoir du fait d’une sensation d’ébauche, de croquis. Cependant je n'avais pas d’autre choix possible avec les moyens et le temps que j’avais. Même si je souffrais beaucoup de la situation, il a fallu que je me résigne à créer une structure de personne afin que l’on puisse suivre l’histoire, à ce que le texte soit dit. Rien à voir avec les épisodes 3 et 4 où j’ai le sentiment d’être traversé par les phrases, d’avoir pu les nuancer, leur apporter davantage de profondeur. De ce fait, Nicolas le Foch est, à l’écran, beaucoup plus vivant qu'auparavant. En résumé, selon moi, le texte n’a pas évolué depuis le premier épisode jusqu’au quatrième, mais l’interprétation certainement, oui.
Oui. Si, de mon côté, je reste quarante jours de tournage pour un épisode, Mathias Mlekuz travaille sur vingt. D’autres comédiens tournent sur huit ou neuf. Tous ne mesurent pas le travail de préparation que le texte demande. Si quelqu’un arrive sur le plateau avec une connaissance approximative de ses dialogues, il est foutu ! J’ai d’ailleurs prévenu le réalisateur, Nicolas Picard Dreyfuss, du problème et, déjà conscient des dangers, il a mis en garde les acteurs de la difficulté qui les attendait, de la vitesse aussi à laquelle ils allaient devoir travailler. Une heure quarante de télévision pour seulement quarante-deux jours de tournage, cela relève de la folie pure !
Malheureusement, cela se produit fréquemment. Les financiers et décideurs n’ont pas conscience de l’importance du travail préparatoire. Pour eux, la validation du choix d’un acteur au dernier moment ne pose aucun problème. Mais même avec qu’une dizaine de jours devant moi, je n’allais pas refuser «Nicolas le Floch». Une série pareille représente non seulement un revenu, mais aussi un travail, un bonheur de jouer la comédie… Dans la perspective des deux premiers épisodes, je n’ai eu le temps de rien. Pas le temps de m’entraîner à une scène d’escrime qui a dû se tourner dans l’obscurité en recourant, pour la plupart des plans, à une doublure. Pas très glorieux. Heureusement, les choses ont évolué dans le bon sens avec les derniers épisodes en date. Au-delà du texte, j’ai davantage pu me former à l’équitation, à l’usage de l’épée.
Des tas ! Mais, avant tout, je me suis posé la question « c’est quoi l’essence d’un héros de cape et d’épée ? » Un rebelle comme mon préféré, Spartacus qui appartient plus au monde du péplum. Rebelle, Nicolas le Floch l’est à sa manière, tout homme de pouvoir et de mission soit-il, tout respectueux soit-il de l’ordre et de la hiérarchie. Je me suis souvenu de Daniel Auteuil dans Le Bossu, de Vincent Perez dans le remake de Fanfan la Tulipe… D’autant plus que j’ai travaillé avec Michel Carliez, le maître d’armes de tous ces films, de Cyrano de Bergerac également. J’ai aussi revu le Zorro d’ Antonio Banderas, Rob Roy avec Liam Neeson, lu des BD comme Le Scorpion et L’Epervier. En fait, j’ai cherché un peu partout. J’ai même poussé jusqu’à Un flic de Jean-Pierre Melville, car Nicolas le Floch étant après tout un policier, un enquêteur. Jusqu’aux livres d’ Hugues Pagan. Evidemment, plus jeune, j’ai lu Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, Le Vicomte de Bragelonne. Petit, j’aimais dégainer l’épée, me déguiser. Plutôt en pirate toutefois !
Certainement, surtout que, contrairement à Nicolas, Edwin Baily n’a eu que très peu de temps pour tout mettre en œuvre. Ce qui lui a fait défaut au fur et à mesure qu’il avançait dans la mise en scène. Nicolas n’a pas connu ce problème et a bénéficié des délais nécessaires pour habiter ses épisodes. Sur le plan de la réalisation, Edwin optait souvent pour des plans fixes, une certaine austérité, des éclairages plus sombres, des lumières vertes. Quant à Nicolas, il recherchait davantage de panache, des couleurs plus vives.
«Nicolas le Floch» évolue, s’améliore. Au niveau de la réalisation, mais aussi de l’écriture, Hugues Pagan maîtrisant mieux l’adaptation des romans de Jean-François Parot. Encore devrait-il mieux le faire, la production ayant acheté les droits de Nicolas le Floch et pouvant donc se lancer dans des scénarios originaux.
Et aussi la présence, derrière la caméra, de Carlo Varini, le chef opérateur du Grand Bleu et de nombreux autres films de cinéma. De plus, plutôt que des caméras HD, il a utilisé une pellicule 35 mm, ce qui implique un travail différent, sans bidouillage technique. Un vrai travail sur l’image. Oui, Carlo Varini participe à l’élan cinématographique de «Nicolas le Floch» tout autant que Nicolas Picard Dreyfus qui a multiplié les initiatives pour donner du rythme, du souffle à ses épisodes. Ainsi, ai-je reçu pour consigne : « Le Floch ne doit pas s’asseoir ! ». Là où, dans la première saison, les comédiens récitent immobiles les dialogues, ils marchent, bougent dans la deuxième. Et je bouge d’autant plus que, là, j’ai pu monter à cheval, me battre à l’épée, disciplines auxquelles je m’étais déjà un peu formé au conservatoire. Au cas où mon rêve se réaliserait un jour !
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