Après la parenthèse Southland Tales, satire sociale et de science-fiction parfaitement déjantée, Richard Kelly revient au style feutré qui l'a lancé avec Donnie Darko. Une forme sobre de fantastique à laquelle adhère The Box, conte moral où, justement, la morale sort du cadre habituel des valeurs de ce monde. L'intéressé s'explique...
Donnie Darko 2 ? Non merci. Certains des producteurs du premier ont essayé de m’associer au deuxième, mais j’ai refusé. J’ai tout dit, tout mis dans l’original. Alors, à quoi bon tourner un autre Donnie Darko ? Non, vraiment, je n’ai rien à voir avec cette suite. Et, maintenant, on parle d’un Donnie Darko 3 ! Franchement, ça me consterne. Je n'ai désormais plus aucun contrôle sur la franchise.
Celui de l’un des hommes les plus gentils que j’ai rencontré. Sachant que nous n’avions plus un dollar en caisse pour le décor de ses scènes, il m’a proposé de les tourner chez lui, dans son ranch. Un beau geste.
Je ne regrette pas Southand Tales, même si les attaques au Festival de Cannes ont parfois été dures à encaisser. D’ailleurs, aurait-il dû y être présenté ? Peut-être pas. A ce moment-là, le film n’était pas tout à fait achevé ; il manquait des effets spéciaux optiques et le montage n’était encore que provisoire. Bien sûr, j’aurais préféré qu'il connaisse une autre carrière, qu’il touche un public plus large. Avec le temps, Southland Tales semble remonter la pente. Les gens le découvrent.
En fait, le projet de The Box date d’avant Southland Tales. C’était il y a plus de six ans. Je me suis alors souvenu d’un épisode de «La Quatrième Dimension», version 1986, qui m’avait fortement marqué lors de mon adolescence. Impossible de l’oublier et c’est pourquoi, en 2002, j’ai pris une option sur les droits d’adaptation de la nouvelle dont il s’inspire, directement auprès de son auteur, Richard Matheson. Enfin, plutôt auprès de ses proches qui se sont montrés très coopératifs. Encore aujourd’hui, je n'ai toujours pas rencontré Richard Matheson, même si une interview figurera dans le DVD du film !
En vérité, autant l’épisode de «La Quatrième Dimension» que la nouvelle m’ont piqué au vif. Je voulais répondre à toutes les questions que soulevait le récit. Qui était vraiment Arlington Steward ? Pour le compte de qui travaillait-il ? Pourquoi sonnait-il à la porte des gens avec son étrange boîte munie d’un bouton pressoir ? Quel but poursuivait-il ? J’ai longtemps mûri les réponses à ces questions avant de m’attaquer au scénario…
Très courte même : elle ne s’étend que sur sept ou huit pages ! Finalement, elle n’occupe qu’une place réduite dans mon scénario... Elle sert à lancer une histoire plus complexe, plus longue. Un point de départ en somme. J’ai mis du temps à le comprendre, à résoudre les énigmes de Richard Matheson.
Je me suis directement impliqué dans les événements. Ou, du moins, j'y ai jeté mes parents. Une idée qui m’est venue en réfléchissant aux gens auxquels Arlington Steward rend visite. Je ne voulais pas que ceux-ci ressemblent aux héros de l’épisode de «La Quatrième Dimension». D’un côté, vous avez une femme qui tient vraiment de la mégère matérialiste. De l’autre, un mari assez louche, du genre sournois. Pas vraiment des gens attachants et on n'espère qu'une chose : que leur cupidité leur coûte cher ! Il n'y a rsien d’étonnant à ce qu’ils n’aient pas trop d’état d’âme à appuyer sur le bouton pour encaisser le million de dollars. Au contraire, je tenais à des gens qui aient une conscience, une éthique, qui ne soient pas des monstres en puissance. C’est pourquoi j’ai pensé à mes propres parents.
Et comment ! La nouvelle de Richard Matheson m’invitait d’autant mieux à le faire qu’elle ne donnait aucune information sur le passé de ses protagonistes... Ils vivaient la situation. Un point c’est tout. Mes parents se sont vraiment prêtés au jeu. Ils ont même longuement parlé à Cameron Diaz et James Mardsen, des heures durant. Ils leur ont raconté leur vie. Cameron a aussi enregistré une conversation avec ma mère, non pas pour la mémoriser, mais pour mieux saisir son accent du Texas. Avec un coach, elle l’a travaillé, amélioré, sans forcer le trait. James a agi de même en reprenant les tonalités vocales de Virginie, d’où mon père est originaire. Pas étonnant que, en visite sur le plateau pendant quelques jours, mes parents se soient cru dans un épisode de «La Quatrième Dimension».
Il compte d’ailleurs de ceux qui ont conçu les premières caméras pour la sonde Viking. C’est justement à partir de la Nasa que j’ai construit une grande partie du scénario. De la Nasa, je suis passé à la CIA et au FBI. De la CIA, je suis allé au gouvernement. Un enchaînement naturel qui ouvrait des perspectives originales à la nouvelle de Richard Matheson, qui installait les bases d’un vaste complot.
The Box doit beaucoup à la Nasa. Notamment l’autorisation de tourner dans les bâtiments de Langley, identiques depuis une trentaine d’années. Mon père y a travaillé et cela lui a fait forte impression de voir James Marsden, qui joue son rôle, y exerçer la même profession que lui.
Justement parce qu’elle a été écrite dans les années 70 et reflète la réalité de cette époque. Une question d’authenticité. Je ne pense pas que The Box situé en 2008 soit crédible, du fait des nombreux moyens de communication aujourd’hui à notre disposition. Les Lewis ne disposent à leur domicile que d’un seul et unique téléphone. Et, avec les années 70, j’ai quelque chose à reconstituer, l’atmosphère caractéristique d’une époque à distiller.
Je n’ai pas anticipé les événements actuels au moment de l’écriture du script, mais la situation financière des Lewis et celle de millions d’Américains actuellement se recoupent. Depuis environ un an, les gens découvrent qu’ils vivent nettement au-dessus de leurs moyens et mesurent l’étendue de leurs dettes. Comme Norma et Arthur Lewis qui dépensent trop. Avant même une promotion qui n’arrivera finalement pas, Arthur a déjà dilapidé son augmentation. La précarité financière rend les Lewis plus vulnérables, plus aptes à accepter le marché d’Arlington Steward. Ce sont des gens honnêtes, humains, mais la nécessité les propulse dans l’engrenage.
Je ne pense pas qu’il soit une incarnation du mal. Arlington Steward est juste l’employé un peu réticent d’une intelligence supérieure. Il a été envoyé sur Terre pour faire un job pourri. On peut le voir comme quelqu’un qui vient réparer les dégâts, donner des conseils. Il ressemble, à mon goût, à ses fonctionnaires auxquels le gouvernement confie les mauvaises nouvelles à annoncer. Steward serait bien mieux chez lui, à faire autre chose.
Il a fallu multiplier les essais, les simulations par ordinateur. Finalement, plutôt que de partir dans un objet délirant, nous nous sommes décidés pour quelque chose aux lignes pures, utilisant des matériaux nobles. La boîte a été fabriquée en peu d'exemplaires. J'en possède un.
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