Connu pour quatre courts-métrages d'animation qui parcourent les festivals depuis 1996, Adam Elliot passe à la vitesse supérieure, au long par l'intermédiaire de Mary & Max, une fantaisie mélancolique, tragi-comique où l'imaginaire se mêle à l'autobiographie. Intimiste, d'une inventivité de tous les instants, sincère et osant axé tout un scénario autour d'une correspondance entre une petite fille (qui grandit) et un adulte autiste (qui grossit), une oeuvre poignante, bouleversant dont les marionnettes vivent avec davantage d'intensité que bien des comédiens de chair et d'os.
Tout ça remonte à l’enfance. Gamin, je jouais avec de la pâte à modeler et de la plasticine. En fait, j’aimais à fabriquer des figurines, des décors, des personnages avec tout ce qui me passait dans les mains. Tout était bon : du papier toilette, des emballages pour les œufs, des cure-pipes… Les travaux manuels, c’était vraiment mon truc.
Peut-être, mais je ne le savais pas encore. Jusqu’à vingt-cinq ans, je n’avais pas envisagé de tourner des films d’animation. Bien sûr, je connaissais l’animation, surtout à travers les cartoons Warner avec Bugs Bunny, Daffy Duck et les autres que je voyais à la télévision. D’ailleurs, je n’envisageais pas davantage me consacrer au cinéma. Pendant quelques années, après des études que j'ai abrégé, j’ai même vécu en vendant sur des marchés des tee-shirts que je peignais moi-même !
Sachant bricoler, dessiner et ignorant par contre ce que j’allais faire de ma vie, je me suis dit que suivre les cours du Victorian College of the Arts de Melbourne, en Australie, pourrait me donner la voie à suivre. Dans cette école existait un département animation et c’est là que j’ai découvert que l’animation réunissait tout ce que j’aimais. Le fait de raconter des histoires, de fabriquer des objets et marionnettes, de capter l’attention d’un public, la photographie également… Une authentique révélation. Je me suis alors demandé pourquoi je ne m’étais pas piqué d’intérêt pour l’animation plus tôt.
Oh oui ! Notamment des films de Ray Harryhausen. Surtout Jason et les Argonautes dont le combat du héros contre les squelettes m’avait ébloui. Il y aussi eu Le Manège enchanté, les Puppetoons de George Pal et des programmes animés de la télévision australienne dont j’ai oublié jusqu’aux titres.
Plus récemment, j’ai découvert l’œuvre de Jan Svankmajer dont les films, notamment Alice, sont très sombres. D’ailleurs, lorsqu'on me reproche d’avoir réalisé avec Mary & Max un film sombre, dépressif, je réponds : « mais avez-vous vu les films de Jan Svankmajer ? ». Un génie ce type.
Je me sens nettement plus proche de lui, notamment à cause de notre intérêt commun pour la taxidermie, et d’un cinéaste comme Mike Leigh que de Nick Park, que de toutes ces productions consensuelles et trop léchées.
Avant, il y a déjà eu des longs-métrage d’animation classique, ainsi que le Happy Feet de George Miller en digital. Par contre, des films utilisant l’animation des volumes, la stop motion, il ne s’en est pas produit pendant cent ans, depuis la naissance du cinéma. Et brusquement, en 2009, arrivent deux films, deux longs-métrages. Une pure coïncidence. D’un côté, Mary & Max. De l’autre, Le sens de la vie pour 9.99 $ qui nous a précédé de six mois à peine.
Je pense que les écrivains pèsent davantage sur ce que je fais que les cinéastes. Je passe mon temps à lire et relire les classiques de la littérature. En ce moment, je me replonge dans le Frankenstein de Mary Shelley. Les grands écrivains m’apprennent tant sur la narration, sur le récit. La photographie m’influence aussi beaucoup, particulièrement les portraits et Diane Arbus, une photographe de New-York qui s’est suicidé à la fin des années 70.
De Diane Arbus, j’ai tenu à reprendre cette aptitude que les gens sur ses portraits ont à vous regarder droit dans les yeux lorsque vous-même les regardez. Une manière pour moi d’amener de l’empathie, d’imposer mes personnages comme des êtres vivants, humains, et non de petites figurines de plasticine.
Ah bon ? Pourquoi pas après tout… A mon goût, Mary serait plutôt la combinaison de Nana Mouskouri et d’un canard. Quant à Max, je le vois plutôt comme un croisement entre Yul Brynner et un éléphant.
Il s’inspire d’un correspondant que j’ai à New York, un ami de plume depuis vingt ans. Quelqu’un de passionnant auquel le film rend hommage. C’est aussi l’archétype du perdant auquel de si nombreux spectateurs s’identifient. Comme Max, il souffre du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme et une maladie sur laquelle j’ai effectué de longues recherches pour me rendre compte que de nombreux « experts » en la matière n’en savait finalement pas grand-chose.
Max, c’est un peu moi aussi. Beaucoup de gens disent qu’ils se sentent souvent différents, qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société. J’en fais partie. Malgré le succès, la reconnaissance et l’acceptation dont bénéficient mes films, je me sens encore souvent seul, sur une autre longueur d’onde que le reste du monde. Je me sens souvent triste, tourmenté, sûr de rien et je trouve ce monde trop souvent injuste. Je comprends réellement ce que ressentent les personnes perdues, laissées pour compte, marginalisées et mélancoliques. Je suis attiré par ces gens-là et par leurs histoires ; c’est plus fort que moi. Je les trouve fascinants, depuis le plus ordinaire jusqu’au plus bizarre.
Totalement. J’ai justement choisi New York parce que mon ami de plume, que je n’ai d’ailleurs jamais rencontré, y vit. Une ville toujours animée, avec des gens partout, toujours. C’est pourtant un endroit où, au milieu de la foule, on peut se sentir seul. On peut y souffrir de solitude à New York, se laisser aller à une profonde mélancolie.
Quel changement ! En commençant Mary & Max, j’ai vraiment eu l’impression de repartir à zéro, de ne rien connaître du cinéma car tout, de la structure du récit au rythme, diffère. De plus, quand vous touchez à un long-métrage, même si le budget n’est pas énorme, des pressions s’exercent pour en adoucir le contenu, pour en rendre le résultat plus commercial. Heureusement, j’ai obtenu une autonomie artistique complète ainsi que le final cut de Mary & Max. Pas question d’édulcorer les choses, le propos.
Naturellement, ce qui change le plus entre le court et le long, c’est l’engagement sur la durée. De l’écriture de la version finale du script et la première projection, Mary & Max m’a pris cinq de ma vie. Cinq années pendant lesquelles j’ai vécu avec mes personnages. Mais cela m’aurait monopolisé bien plus longtemps si, à l’instar de mes courts, je m’étais retrouvé seul à tout faire. Ironiquement, quelqu’un m’a annoncé que, en solo, le film m’aurait demandé 235 ans de travail ! Heureusement, avec 120 collaborateurs, nous avons considérablement réduit ces délais. Reste que, cinq ans, c’est beaucoup. Surtout pour quelqu’un d’aussi impatient que moi.
Bien que Mary & Max ne s’achève pas par une morale, j’y délivre des petits messages, certains très subtils, qui me tiennent à cœur. Selon moi, à ce titre, le film s'apparente à la recette des lasagnes tant il faut d’ingrédients pour aboutir à un plat complet ! Le message central de Mary & Max ? Nous sommes tous imparfaits, à des degrés divers. En substance, le film dit « n’ayant pas d’autre choix que d’accepter vos propres imperfections, acceptez celles des autres ». A sa façon, il prêche la tolérance. En fait, dans Mary & Max, j’ai mis beaucoup de moi, beaucoup de mes émotions. Ce qui l’a rendu d’autant plus aisé à tourner, à faire aboutir. Même le quartier dans lequel vit Mary ressemble à celui où je vis. Reste que, contrairement à Mary, je n’ai pas vécu une enfance triste. La mienne a été heureuse. Ce n’est que plus tard que, me sentant différent, j’ai évolué, que je me suis senti seul. Mary présente beaucoup de similitudes avec l’adulte que je suis devenu.
Je n’ai d’abord pas choisi les comédiens pour des raisons commerciales, pour mettre leurs noms en gros au générique de début. Au contraire, j’ai tenu à ce qu’ils apparaissent uniquement au générique de fin. Ca n’a posé problème à personne. En fait, mes acteurs, je les ai choisis en fonction de l’impossibilité du public à les identifier. Je ne voulais surtout pas que la célébrité d’untel interfère avec les personnages. Si j’ai demandé à Philip Seymour Hoffman d’incarner Max, c’est parce qu’il possède une voix profonde, claire, marquée par un accent new-yorkais. Le projet, il l’a tellement aimé qu’il a même accepté de revoir sérieusement son cachet à la baisse. Toni Collette, je l’ai rencontrée à plusieurs reprises. Elle vit toujours en Australie et il m’a semblé logique de lui confier Mary, d’autant plus que le personnage présente des points communs avec Muriel, le film qui l’a fait connaître. Quant à Eric Bana pour Damien, le mari de Mary, le fait qu’il ait beaucoup aimé Harvie Krumpet, mon court-métrage précédent, m’a valu une réponse positive et rapide de sa part.
| Sujet | Auteur |
|---|---|
| Conspirations et Complots | HyperLourd |
| Dossier Simpson | KygO |
| vos Walt Disney préférés | HyperLourd |
| Arf, c'est toujours aussi mort ici ? | Frederic |
| Un an d'ancienneté sur TLC... | Zeus |
| l'an 2012 ? | BADMOFO |
| James Bond | Lord-of-babylon |
| Je vais te dire un secret | HyperLourd |
| Star Wars - l'Attaque des Clones - ... | Spock |
| petites critiques humoristiques | HyperLourd |