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Chris Carter : X-Files - L'Essentiel avant la Régénération

  • Chris Carter : X-Files - L'Essentiel avant la RégénérationC'est un été bien rempli pour Chris Carter. Non content de nous livrer la deuxième aventure de Mulder et Scully au cinéma avec X-Files : Regeneration le 30 juillet, le réalisateur nous offre également une sélection de huit épisodes de « X-Files », la mythique série dont est tiré le film. Le 23 juillet sort donc « X-Files - L'Essentiel », une anthologie de huit épisodes sur deux DVD, sélectionnés par son producteur exécutif, Frank Spotnitz et son créateur lui-même, Chris Carter. Pour l'occasion, l'intéressé nous en dit plus sur les épisodes en question.

     

     

  • Par Jérémy Durand, le 23 juillet 2008
Pouvez-vous nous parler de la nouvelle collection, « X-Files - L'Essentiel », qui sort en DVD ? Le premier épisode que vous avez choisi est le pilote de la série...

Je pense qu'il est essentiel pour des raisons évidentes. Il présentait les personnages et le concept de la série. C'est le véritable moment où nous avons fixé le cap. Même si la série est devenue de plus en plus sophistiquée avec les années, il est important de voir quelles sont ses racines.

 

Je parlais à Frank Spotnitz, et il a très judicieusement souligné le fait que la plupart des séries finissent de façon très différente par rapport à leur pilote. Ce n'est pas le cas de « X-Files »...

En effet. Et, comme je l'ai dit, je crois que nous nous sommes améliorés sans cesse. Nous avons notamment développé la relation entre Mulder et Scully, qui a continué d'évoluer pendant les neufs années suivantes.

 

Par quoi avez-vous été influencé lors de la création de la série ?

Il y avait beaucoup de choses. Toutes les influences de mon enfance. Toutes les séries télé que j'adorais, et je pourrais en citer une bonne douzaine. Mais ma source d'inspiration principale était bien sûr « Dossiers brûlants », que j'adorais. Cette série de téléfilms sont les premiers qui m'ont fait une forte impression quand j'étais enfant. Et si quelqu'un ne voit pas l'influence très claire du Silence des agneaux sur la série, c'est qu'il ne l'a pas regardée d'assez près. On voit clairement que Scully doit beaucoup à Clarice Starling. Les autres influences étaient, bien sûr, entre autres « La Quatrième Dimension » et « L'Envers du tableau », ces programmes effrayants qui venaient de « Alfred Hitchcock présente ». C'était le genre de chose que j'adorais enfant... Ils traitaient souvent de l'inconnu et des frontières de la science. Les meilleurs d'entre eux racontent des histoires plausibles, à la limite de ce que j'appellerais l'extrême possibilité. Pour moi, ce sont les plus effrayants.

 

Parlez-nous du second épisode, « Le Message »...

Alors que nous prenions nos marques, Morgan et Wong (les scénaristes, ndlr) ont saisi l'opportunité de raconter une très belle et émouvante histoire en montrant Scully face à la mort de son père, et en mettant sa foi et sa croyance à l'épreuve. Je pense que c'est l'une des premières fois où l'on voit ce que Gillian Anderson pouvait faire en tant qu'actrice dramatique, sa première opportunité de décoller. Et je crois aussi que c'était mis en scène d'une très belle manière.

 

Habituellement, la première saison d'une série télé ne fait qu'effleurer la surface de ses personnages. Il est rare de voir une histoire si profonde si tôt dans le déroulement d'une série.

C'était un pari audacieux. Si on veut durer plus d'un an, il faut savoir trouver son rythme. J'en donne tout le crédit aux scénaristes qui ont su saisir cette chance.

 

L'épisode suivant est « L'Hôte », issu de la saison 2...

Je pense que c'est l'un des épisodes préférés des fans. Il contient quelque chose d'effrayant : une créature à forme humaine qui vit dans les égouts et se faufile dans les toilettes, ce qui a toujours été une peur terrible pour moi. Mes parents me racontaient cette histoire quand j'étais petit. Je trouvais cela tellement horrible enfant que je devais le développer.

 

Ensuite vient « Voyance par procuration »...

Une fois encore, voilà quelque chose qui vient de Darin Morgan. Les histoires de Darin sont tellement personnelles ! Je ne pourrais honnêtement pas tout vous dire de cet épisode, tant il contient d'aspects différents que seuls lui et son frère connaissent entièrement. C'était l'opportunité pour Darin de développer sa sensibilité comique et de l'appliquer à ce qui pour moi est une histoire très prenante. Les acteurs Peter Boyle et David Nutter ont livré une très belle interprétation, et Darin s'est vu remettre un Emmy. Peter Boyle aussi, si je ne m'abuse. J'ai seulement conduit la série à un nouveau niveau de qualité. C'est vraiment grâce aux scénaristes et aux metteurs en scène qu'elle s'est élevée et est devenue meilleure.

 

La performance de Peter Boyle est mémorable, et ça faisait longtemps qu'il n'avait pas travaillé avant de jouer dans l'épisode.

Vous savez, je crois que c'est probablement son agent qui lui a proposé ce travail, et je ne pense pas qu'il savait ce qu'il faisait. Je ne pense pas non plus qu'il voulait nécessairement être à Vancouver avec nous, sans savoir ce sur quoi nous travaillions. Et je crois que David Nutter, qui était vraiment doux et compréhensif avec lui, a utilisé ses peurs et l'a guidé pas à pas dans le projet d'une très jolie manière. D'autre part - et là encore je veux rendre hommage à la sensibilité comique et à l'audace de Darin Morgan -, il a pris la doublure de David Duchovny et lui a fait jouer le personnage de l'extraordinaire Yappi (un médium qui assiste parfois Mulder et Scully, mais dont les visions sont beaucoup trop vagues pour être utiles, ndlr). C'est en déambulant sur le plateau de tournage que Daren trouvait l'inspiration pour imaginer des personnages variés, en prenant avantage des opportunités comiques.

 

L'épisode suivant est « Journal de morts »...

C'est un épisode dont je me sens proche et qui m'est cher. Il a aussi valu une nomination aux Emmy à l'équipe de scénaristes qui l'a écrit. C'est un épisode qui traite et qui installe vraiment l'histoire de la mystérieuse maladie de Scully, et la possibilité qu'elle ait été introduite dans son corps après un éventuel enlèvement. On pouvait regarder ça sous beaucoup d'angles. C'est vraiment une belle histoire liée à Scully.

 

« Journal de morts » est attaché à une sorte de mythologie pour laquelle la série est renommée. Combien d'éléments de cette mythologie étaient prémédités, et combien sont apparus plus spontanément ?

J'aimerais vous dire que tout ça était parfaitement préparé, mais ce n'était pas le cas. Ça s'est vraiment développé spontanément, une chose en entraînant une autre. Ce n'est pas comme si nous étions chaque semaine en train de nous dire : « Et si on faisait ça ? ». On avait une image plus large en tête à chaque étape. C'est le produit de ce processus. Mais je dois dire qu'à certains moments, les histoires se racontent d'elles-mêmes. C'était le cas pour cet épisode.

 

Vient ensuite l'épisode « Prométhée post-moderne »...

Il n'y a qu'à la cinquième saison d'une série que l'on peut se permettre de faire un épisode qui se démarque complètement des autres avec une histoire en noir et blanc, tournée avec des angles larges en plein sur le visage des acteurs. Tout dans cet épisode semble différent. Il est pour moi inspiré de Tim Burton. C'est moi qui l'ai écrit et réalisé. C'était aussi l'occasion pour moi de rendre hommage aux vieux films de Frankenstein de James Whale. D'ailleurs, l'été avant que je le fasse, quelqu'un m'avait envoyé un CD de Cher que j'ai beaucoup écouté. Je n'arrêtais pas d'entendre ses chansons. J'ai récemment vu Mask, et j'ai admiré sa performance ainsi que celle d'Eric Stoltz, en enfant atteint de malformations. J'ai été ému par ça. J'ai mélangé toutes ces choses ensemble et y ai ajouté un élément scientifique. En fait, je suis même allé à l'Université d'Indiana pour parler à un docteur. J'ai aussi rajouté beaucoup d'humour. Comme pour toutes les bonnes choses, si on a assez d'influences, d'une certaine façon elles apportent quelque chose de bon en soi. Je crois que cet épisode a eu des nominations aux Emmy.

 

Cet épisode est très différent de ceux qu'on voyait auparavant, mais le public a su d'apprécier quelque chose qui sortait du cadre habituel de la série...

Oui. On peut vraiment le considérer, je dirais, comme né de l'inspiration que Darin Morgan nous a donnée à tous. Cet épisode a permis à la série de d'adopter un ton plus espiègle. Et pour cela, il fallait avoir vraiment confiance dans ce que nous avions construit. Mais nous avions également vu lors des premières saisons que les acteurs pouvaient être très drôles. Et je crois que « X-Files », plus que n'importe quelle série (je dirais que « Buffy contre les vampires » l'a fait dans une certaine mesure) avait une telle élasticité. On pouvait y raconter une large gamme d'histoires, et d'une semaine à l'autre faire revenir la série à sa forme originale.

 

On a un bon exemple de cette élasticité dans l'épisode suivant : « Le Shérif a les dents longues ».

Là c'est Vince Gilligan qui une fois encore a ajouté sa petite touche. Je crois que c'est en fait l'un des épisodes préférés de Gillian. C'est « X-Files » dans toute sa splendeur, racontant une histoire touchante, drôle et effrayante.

 

Cet épisode est remarquable dans l'analyse que Mulder et Scully font de leur relation, dont le public se faisait déjà sa propre petite idée.

Nous avons tout le temps essayé de jouer avec cette relation.

 

L'épisode qui conclut la collection est « A coeur perdu »...

Sean Penn était venu à une fête chez moi, je ne le connaissais pas. Il m'a dit que c'était l'une des meilleures choses qu'il avait jamais vues à la télévision. Je pense que c'est un joli épisode parce que nous sommes vraiment parvenus à recréer quelque chose que nous avions tous fait et vu en tant que scénaristes et spectateurs de la série. Nous voulions rendre hommage à la beauté et à l'amabilité de Gillian Anderson et aussi au personnage de Scully.C'était l'occasion de le faire avec une jolie prose grâce au scénariste de l'épisode, et aussi l'opportunité de raconter une histoire effrayante d'une manière totalement différente.

 

Pour vous, qu'est ce qui rend essentielle cette collection d'épisodes ?

Tout d'abord, ce ne sont que huit épisodes vraiment très drôles ou très bons. Nous avons fait des omissions évidentes. « La Meute » n'y est pas. « Faux frères siamois » non plus. Nous aurions pu inclure bien d'autres épisodes encore. Mais nous avons pensé que pour que quelqu'un qui découvre la série puisse l'apprécier, ces épisodes devaient vraiment montrer l'étendue des histoires que la série pouvait raconter.

 

Ce qui est également intéressant, c'est que la sélection ne s'est pas fondée sur les épisodes qui ont créé la mythologie autour de « X-Files »...

Le film n'est pas une histoire qui tourne autour de cette mythologie, alors il n'était pas essentiel de la connaître pour apprécier le long métrage. En revanche, il faut avoir une compréhension des personnages de Mulder and Scully, de ce qu'ils ont traversé, et c'est ce que j'espère avoir transmis dans le long métrage. Mais la collection est en fait un tremplin pour les gens, pour qu'ils aient un point de départ avant d'aller voir le film. Elle leur permet aussi de se divertir pendant huit heures. Je crois que c'est ce que nous avons essayé de faire.

 

En décidant quels épisodes inclure dans cette collection, y a-t-il quelque chose qui vous a frappé sur la série en général ?

Oui, c'est de voir combien il est difficile de ne sélectionner que huit épisodes. C'était très dur parce que, comme je vous le dis, il y a une raison pour choisir ces huit épisodes en particulier. Il n'y a vraiment pas de connexion entre eux, ce sont juste huit bons épisodes. En fait, Vince Gilligan m'a envoyé une note quand nous avons fini ce travail, me félicitant d'avoir survécu à cela. Mais il a aussi dit qu'il n'y avait aucun mauvais épisode dans l'ensemble. Je ne sais pas si c'est vrai. Je crois qu'il y a peut-être eu des épisodes qui n'ont pas marché, mais il n'y en a pas eu un seul que nous n'avons pas essayé de rendre le meilleur possible. Et je pense que c'est pour ça qu'il est si difficile de n'en choisir que huit.

 
 

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