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Le chasseur espagnol : Gonzalo López-Gallego

  • Le chasseur espagnol : Gonzalo López-GallegoVoici à peine quelques mois, REC montrait une nouvelle fois la vitalité du cinéma de genre espagnol qui, dans des registres passablement éventés et mille fois illustrés, réussit à repartir à zéro. Les chasseurs et les chassés des Proies peuvent s'enorgueillir des mêmes qualités. Son réalisateur, l’enthousiaste Gonzalo López-Gallego, en parle avec autant de passion que de lucidité…

     

    Par Marc Toullec

     

     

  • Par Laure Croiset, le 15 juillet 2008
Vos cursus ne vous prédestinait pas vraiment à la réalisation des Proies…

A première vue, non. Nomadas est mon premier long-métrage, un film expérimental qui a surtout vécu dans le circuit des festivals. J’ai enchaîné sur Sobre el Arco Iris dont le titre espagnol se réfère à la chanson Over the Rainbow que chante Judy Garland dans Le Magicien d’Oz.

Il s’agit d’une toute petite production réalisée à l’aide d’une caméra numérique, une mini DV et une sorte de journal intime doublé de l’étude d’un personnage. Un Cloverfield en somme, sans les effets spéciaux !

 

Et vient ensuite Les Proies…

Le premier film dont je n’ai pas moi-même écrit le scénario. Une raison à ceci : un producteur m’a contacté pour que je mette en images le script d’un autre ! Je me suis dit : « génial, je ne vais pas avoir à écrire et, après tout, c’est un boulot qu’il me propose ! » Un job sympathique qui m’a permis de sortir de l’isolement dans lequel vous plongent les petites productions indépendantes. Il m’a aussi affranchi de la recherche de financements des mêmes productions indépendantes, qui n'est pas le plus agréable.

L’exercice fut d'autant plus plaisant que, à un scénario dont vous n’êtes pas l’auteur, vous pouvez ajouter beaucoup. Des idées nouvelles, un autre regard, des améliorations… Ce sont finalement deux imaginaires qui se combinent. Seul au scénario et à la réalisation, vous ne franchissez jamais vos proches limites. A la version initiale des Proies, j’ai ainsi considérablement modifié le troisième et dernier acte. Quand les chasseurs révèlent qui ils sont vraiment. A l’origine, ils venaient de Suisse en Espagne pour se livrer à leur sport favori, contre de l’argent… Ne travaillant pas sur mon propre scénario, je n’ai éprouvé aucune difficulté à opérer ces changements. C’est même plus facile de modifier quelque chose lorsque vous n’en êtes pas l’auteur, lorsque vous n’y êtes pas viscéralement attaché.

Ces modifications m’ont aussi permis de m’approprier le film, bien plus que je ne l’aurais fait sans changer quoi que se soit. De dire quelque chose, faute de délivrer un message. Avec Les Proies, je ne voulais pas livrer un simple survival, un simple film d’action…

 

Outre l’identité des chasseurs, avez-vous opéré d’autres changement dans le script d'origine ?

J’ai surtout veillé à rendre l’histoire imprévisible. Je me suis beaucoup amusé à me reposer sur la formule, la structure dramatique du survival pour l’ébranler de l’intérieur. Comme de blesser le héros à la jambe pour, ensuite, observer la manière avec laquelle il peut réagir à la situation, surmonter les épreuves avec un sérieux handicap. Si j’ai aussi rajouté au scénario une scène de sexe dans les premières minutes, ce n’est pas pour faire plaisir au producteur, mais pour donner à la relation entre les deux principaux personnages une autre dimension, un ton différent. Dans la même galère, ils ne s’apprécient pas et, par la force des choses, doivent se battre ensemble. Pour être franc, je n’ai pas changé la ligne directrice du script de base. J’y ai simplement compliqué les choses, ceci en étroite collaboration avec le scénariste à l’origine du projet, Javier Gullon. Nous sommes rapidement tombés d’accord sur la nécessité de faire du personnage principal, non pas quelqu’un sans peur et sans reproche, mais plutôt un lâche.

 

Le fait que Les Proies soit un film initié par un producteur ne vous a pas posé de problème ?

Si, bien sûr ! J’ai dû accepter des compromis et, aujourd’hui, je ne vois que ça à l’écran ! Les rapports n’ont pas été évidents avec le producteur, qui compliquait et ralentissait les choses… Je ne veux néanmoins pas l’accabler car, en même temps, il a été d’une aide précieuse. Il m’a donné ma chance.

 

Finalement, avec Les Proies, vous passez d’un cinéma d’auteur assez pointu à un cinéma plus commercial. Ou, du moins, destiné à un public plus vaste…

Je ne vois pas les choses ainsi. Le « style » varie selon les sujets que j’illustre. Nomadas et Sobre el Arco Iris n’ont déjà rien à voir l’un avec l’autre. Le premier tient plutôt d’Aki Kaurismäki. Certains ont parlé d’un mélange de Kaurismäki et de David Lynch ! Le second donne l’impression d’avoir été improvisé, mais ce n’est pas vraiment le cas car, pour créer cette impression de réalité, nous avons beaucoup travaillé. Un anti-Dogme en somme ! A priori, tout ça montre que je ne vois, en tant que spectateur, que des films d’auteur un peu austères. Pas du tout ; j’adore la science-fiction, l’horreur, le fantastique. Ce sont même mes genres favoris. Disons que mon cursus et mes goûts me poussent à aborder un cinéma grand public sous un jour personnel.

 

Le retournement final de situation, est-ce une référence aux Révoltés de l’an 2000, un classique du fantastique espagnol ?

Non. Pas du tout. J’ai vu Les Révoltés de l’an 2000 étant gosse et, autant au stade de la réécriture que du tournage des Proies, je n’y ai jamais pensé. Je ne soucie guère de tout ça, de ceux qui m’ont précédé dans un registre bien précis. Les idées vont et viennent, et vous ne pouvez prétendre être le seul capable à les saisir au vol.

 

Si Les Révoltés de l’an 2000 ne compte pas parmi vos références, certains films américains en font indéniablement partie…

Oui ! Délivrance en premier lieu. Nous l’avons souvent revu au moment de la réécriture du scénario. Les Chiens de paille également, et d’autres survivals plus obscurs. Certains jeux vidéo m’ont également guidé : j’en suis un grand fan. Cela n’est-il pas évident sur la fin du film ?

 

A travers les paysages que vous traversez, Les Proies donne le sentiment d’être un film très exigeant pour les comédiens et l’équipe technique. Vrai ?

Tout à fait ! Les acteurs et les techniciens ont souffert. De mon côté, plus nous connaissions de difficultés, plus je me dopais aux poussées d’adrénaline, plus j’étais en ébullition. Quand il se mettait à pleuvoir alors que la météo était supposée être au beau fixe, je prenais ça comme un défi, comme un petit surplus d’aventure. Au cours de la même matinée, il pouvait pleuvoir, neiger, grêler, puis faire de nouveau soleil. Le chaos ! Les contraintes du terrain et d’un tournage en pleine nature ont servi le jeu des comédiens ; plus question de jouer la comédie et de simuler, mais de réagir en fonction de l’environnement. Vous avez beau jouer un rôle, quand vous avez froid, vous avez froid !

 

La forêt tient un rôle essentiel dans Les Proies…

Oui, je tenais à ce qu’elle ait sa propre personnalité, à ce qu’elle ne ressemble pas aux épaisses forêts canadiennes ou américaines du premier Rambo. C’est pourquoi nous n’avons pas cherché dans le nord de l’Espagne. Je me suis arrêté sur une proposition conjointe du chef opérateur et du directeur artistique ; ils avaient en tête la région de Soria, et cela convenait à 100 % à l’histoire. A Soria, il y a tout ce que nous recherchions. Les bois, le terrain accidenté, le côté minéral, les roches… Des paysages différents concentrés en un seul site. Je ne pouvais rêver mieux, surtout que les films à avoir été tournés là sont extrêmement rares. Avant Les Proies, Docteur Jivago est le dernier en date. D’ailleurs, notre présence a réveillé les souvenirs des plus anciens habitants !

 

Les Proies pourrait, à Hollywood, faire déjà l’objet d’un remake…

Vous ne croyez pas si bien dire ! On en parle effectivement, mais ne comptez pas sur moi pour le réaliser. Ce qui est fait est fait ! Je suis ouvert à tout, à l’exception d’une resucée des Proies !

 
 

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