En pleine post-production de Hellboy 2, Guillermo del Toro trouve encore le temps de soutenir un débutant dont il produit le premier long-métrage, L’Orphelinat. Un vrai travail d’accompagnement pour un réalisateur sur le point de s’engager sur le projet le plus ambitieux d’une carrière déjà riche… Nous l'avons rencontré ce matin. Confessions.
Non, non, pas du tout ! Je me prépare même à passer quatre ans en Nouvelle-Zélande, auprès de Peter Jackson. Une opportunité qui ne se refuse pas et qui devrait ensuite me permettre de concrétiser quelques vieux projets personnels à l’instar d'une adaptation des Montagnes hallucinées d’après Lovecraft ! Bilbo le Hobbit se présentera sous la forme de deux films qui devraient sortir en 2011 et 2012 ! Prématuré pour donner des dates plus précises. Les choses ne font que commencer.
J’avais environ onze ans lorsque j’ai lu le livre et j’ai vraiment adoré. Enfant, je n’ai par contre pas lu la trilogie du Seigneur des anneauxque je n’ai découvert que bien plus tard. A la différence du Seigneur des anneaux, Bilbo le Hobbit est un authentique conte de fée et c’est ce qui m’attire dans le projet. Il prend évidemment une dimension épique, mais surtout dans le final. L’humour y occupe également une place plus importante.
Cela faisait plusieurs années que je suivais Juan Antonio Bayona dont le talent jaillit surtout dans les courts-métrages. Etonnant que personne ne lui ait encore donné sa chance au moment où je lui ai parlé de L’Orphelinat. Sur le plan artistique, c’était un réalisateur génétiquement pur ! En l’amenant à son premier long-métrage, je voulais être le gars qui puisse dire « Regardez le bien ! ». Une fois le processus engagé, je n’avais plus qu’une chose à faire : disparaître et lui laisser le champ libre. Exactement la manière dont Pedro Almodóvar avait agi envers moi avec L’Echine du diable. Je me souviens qu’il m’avait dit : « Voilà, c’est ton film, je te fais entièrement confiance. Si tu as besoin de moi ou d’une protection quelconque, appelle-moi ! Si cela n’est pas le cas, je n’ai plus aucune raison d’intervenir ! ». Et, effectivement, Pedro s’est fait très discret ; sur le plateau, il ne m’a rendu visite qu’une seule fois ! Une bonne leçon en ce qui concerne L’orphelinat où j’ai surtout aidé Juan Antonio sur le choix des comédiens. Bien sûr, je lui ai suggéré des idées, parfois au vu des rushes, mais libre à lui de les prendre ou non. Sur mes vingt suggestions, il n’a dû en retenir que trois ou quatre. Aucune obligation de ce côté-là.
Pour une raison assez simple : il sait raconter une histoire et ces courts-métrages, autant My Holidays et The sponge man, le prouvent. J’accorde de l’importance à la valeur esthétique d’un réalisateur, mais l’essentiel tient à ses talents de narrateur. Juan Antonio possède ce talent que, à mon avis, je n’ai pas. Je m’attache trop à certains aspects, à certaines scènes et j’en oublie la narration. Je m’y perds même parfois. J’ai un côté fantasque tandis que Juan Antonio, à l’instar de Robert Zemeckis et Steven Spielberg, ne perd jamais de vue le fil du récit. Moi, en chemin, je musarde, je m’attarde… Que voulez-vous, je suis comme ça !
Sans doute, mais, en même temps, on n’échappe pas à sa nature. La mienne m’amène à imaginer des mondes, à leur donner une texture, une existence propre… J’aime mes personnages, mais je ne réussis pas à rester longtemps en leur compagnie. Je dois faire avec moi-même, composer avec mes travers, mes défauts. Ce sont eux qui font ce que je suis, qui donnent à mes films leur personnalité. Je ne veux pas me comparer à Stanley Kubrick, mais, ce qu’on pouvait lui reprocher à l’occasion de ses débuts de réalisateur, n’est-ce pas devenu avec le temps sa signature, sa marque de fabrique ?
Non. Confiez le même script à vingt réalisateurs et vous obtenez vingt films différents. Alors que le scénario de Sergio Sanchez me renvoyait surtout à La Maison du diable de Robert Wise, Juan Antonio avait, quant à lui, d’autres points de repère à l’esprit en l’abordant : Rencontres du troisième type et la manière dont Richard Dreyfus mène sa quête obsessionnelle, Cria cuervos de Carlos Saura, La résidence également… Autant de films auxquels je n’avais pas pensé !
D’emblée, j’ai écarté cette idée. Au scénariste, Sergio Sanchez, j’ai d’ailleurs dit : « Oui, j’aurais souhaité réaliser L’orphelinat, mais c’est trop tard maintenant ! ». Il aurait fallu que le projet arrive à la fin des années 90 pour que je m’y atèle. Entre temps, j’ai tourné L’Echine du diable dans un registre assez proche et L’Orphelinat m’y aurait probablement renvoyé !
Je crois que le Festival de Stiges joue un rôle essentiel : il crée une émulation et les gens s’y rencontrent. J’y ai croisé Juan Antonio Bayona, Jaume Balaguero et tant d’autres… De plus, en Espagne, les institutions ne sont pas aussi fermées qu’en France au cinéma de genre. En France, dès que vous parlez de film d’horreur ou de fantastique, vous rencontrez de sérieuses résistances et la plupart des projets ne voient pas le jour. Il faut vraiment présenter l’étiquette « auteur » pour être considéré avec bienveillance, alors que les auteurs, les artistes sont partout. Dans tous les genres, de la comédie à l’épouvante… J’adore le cinéma, mais pas les institutions qui y font la pluie et le beau temps. De la même manière, j’aime l’idée de religion tout en détestant l’Eglise, j’aime la politique tout en portant les parties politiques en horreur.
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