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Nouvelle Vague à Oslo

  • Nouvelle Vague à OsloPremier long-métrage du Norvégien Joachim Trier, Nouvelle donne a séduit les festivals du monde entier avant de se retrouver sur nos écrans. Evocation «punk» de deux jeunes écrivains vivant à Oslo, le film est nourri de références culturelles françaises et anglo-saxonnes. Avec son scénariste Eskil Vogt, ils reviennent sur la construction de ce film original, jouant avec brio sur les ruptures de ton. On est loin, bien loin des clichés sur la culture norvégienne...

     

     

  • Par Laure Croiset, le 12 juin 2008
Votre film dépeint le portrait d'une jeunesse mélancolique. Elle fuit ce qu'elle a déjà et regrette ce qu'elle ne pourra jamais avoir...

 

Joachim Trier : Notre idée de départ n'était pas de faire la peinture de la jeunesse d'aujourd'hui. Ce qui nous intéressait, c'était de décrire des personnages très précis, dans un endroit très précis, Oslo, et dans un milieu qui nous était familier. Après, quand le film est sorti, les gens en Norvège ont dit que c'était le portrait d'une génération à Oslo. Ce qui nous a échappé. On a refusé le réalisme, on voulait recréer dans la forme du film une énergie de la jeunesse, et ses espoirs dans le présent, dans les répétitions du quotidien. C'est un film pour les jeunes. C'était ça le but premier, même si d'autres personnes finissent par s'y retrouver.

 

D'ailleurs, on retrouve cette idée de fuite dans vos trajectoires individuelles...

 

Joachim Trier : Oui, j'ai quitté la Norvège pour faire mes études dans une école de cinéma à Londres. Cette école, je voulais vraiment la faire, me confronter à une autre langue, une langue plus répandue que le norvégien. J'ai donc réalisé plusieurs courts-métrages. Avec Stephen Frears, qui était mon professeur, j'ai pu m'essayer à l'écriture de scènes avec différentes couches temporelles, quelque chose de plus abstrait, voire philosophique. Pourtant, j'étais assez loin de ce cinéma social et réaliste. Mais c'est vrai qu'en sortant de l'école, je me suis rendu compte que j'avais beaucoup appris sur la direction d'acteurs, ce qui a dû se ressentir sur le film.

 

Eskil Vogt : Vous savez, en Norvège, on ne compte que 4,5 millions d'habitants, ce qui ne constitue par un très grand marché. Nous, quand on a commencé à vouloir faire du cinéma, on n'avait aucun repère, aucun père connu. En Suède, ils ont Bergman. Nous, on n'avait rien ou presque. On détestait le cinéma norvégien. Quand on naît à Oslo, quand on grandit dans cette « petite » ville, on a envie de la quitter pour une ville plus grande. Et comme ça n'existe pas en Norvège, on a décider de partir. Moi, je suis parti suivre la formation réalisation à la Fémis. Je souhaitais m'imprégner de cette culture française, qui, depuis tout petit, a compté dans ma vie.

 

Le scénario de Nouvelle Donne est très complexe, avec des allers-retours permanents entre présent et passé et des ruptures de ton entre drame et comédie. Comment avez-vous construit ce scénario ?

 

Eskil Vogt : Quand on a commencé à écrire, on avait plein d'idées en tête. On voulait mélanger des choses très drôles à des choses très sérieuses, ce qui était très compliqué. On ne voulait surtout pas se limiter, s'interdire des choses. Donc on a tout mis. Au final, il y avait plus de 300 pages. En comptant une minute par page, c'était énorme. Mais nous, on voulait un film à idées. On préférait faire trop plutôt que pas assez, au risque même de perdre le spectateur. Pour un scénariste, c'était passionnant de mélanger les styles, les tons et d'y mettre beaucoup de choses sans que ça explose pour autant ni que ça parte dans tous les sens.

 

Joachim Trier : Quand on a dû faire le tri, notre choix s'est porté en priorité sur les personnages. Mais on tenait à ce que le film garde un aspect expérimental, tout en maintenant une certaine forme classique dans la narration. On avait trop de scènes, trop d'idées, trop de tout. Avec ce qu'on avait, on aurait pu faire au moins quatre films, pas forcément des bons films d'ailleurs (rires). L'essentiel du travail était de choisir les morceaux qui racontent des choses sur les personnages et leur parcours.

 

La première séquence du film, en noir et blanc, est assez expérimentale...

 

Joachim Trier : En fait, au début, on voulait montrer les personnages en train de s'expliquer face au public. On voulait montrer leur rêve d'écrire avec un brin d'ironie. Ils s'amusent. On voit ce qui se passe à l'intérieur de leur tête. En même temps, on voulait montrer au public qu'on peut donner beaucoup d'informations d'un coup. Et même si on ne capte pas tout, le film peut ramener vers le récit. Comme ça, les gens vont voir qu'on peut se perdre, mais qu'à tout moment, on peut les rattraper et donc les reguider vers le récit. Dans cette séquence, il y a des échos avec le film. On retrouve des événements qui vont se rejouer après, mais d'une manière moins extravagante et plus réaliste. Notre modèle, c'était Trans-Europ-Express de Alain Robbe-Grillet, où il y a quelqu'un qui, dans la première scène, nous raconte toute l'histoire du film.

 

Votre film est nourri de références françaises, à commencer par l'utilisation de la musique de Georges Delerue (Le Mépris) dans cette séquence. Et à côté, la bande-originale est sous influence punk. Le mélange est détonnant.

 

Eskil Vogt : Les influences françaises étaient inévitables. Ça vient de nous, avant même que je ne m'installe en France. Mais dans ce film, la vision qu'on a de la France est assez naïve. Dès que tu arrives en France, tu te rends compte que tout le monde n'a pas lu Derrida ou Baudelaire, et n'a pas vu les films de la Nouvelle Vague ou de Claire Denis. Mais l'esprit de la France, c'était important pour nous. Pour le reste, on a un regard plus nuancé que ce qu'il y a dans le film. Pour nous, la France, on l'a considérée comme l'ailleurs. C'est là où on peut aller. Les références à Blanchot, à Duras et aux films français, ça vient de nous. Mais on voulait surtout que ça colle aux personnages.

 

Joachim Trier : Pour la musique, on a fait appel à Ola Fløttum, qui se trouve être un membre du groupe norvégien The White Birch. On n'a écouté que ça pendant l'écriture. Donc on a vraiment eu une chance folle quand il a accepté de composer pour nous. Et en même temps, on a souhaité ajouter de la musique pop anglais et punk comme Joy Division ou New Order. C'est avant tout la musique que nos personnages écoutent. Ce qui était intéressant, c'était de jouer sur le décalage. Lors de la scène du défilé national norvégien, on a souhaité ajouter de la musique punk. Le décalage créée était important. On voulait dire quelque chose sur notre rapport à notre pays, la Norvège.

 
 

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