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Simon Yam : l’indémodable

  • Simon Yam : l’indémodable Simon Yam fait figure d’exception au sein de l’industrie cinématographique hongkongaise. Plus vraiment jeune premier (il a 53 ans), refusant de céder depuis ses débuts à une carrière de chanteur dont on sait qu’elle est pourtant là-bas indispensable pour pérenniser une notoriété, cherchant moins à mettre en avant des pectoraux saillants et un torse imberbe que la finesse de son jeu, il reste cependant l'un des acteurs les plus populaires à Hong Kong. Et l’un des acteurs fétiches de Johnny To (Election 1, Election 2, Exilé, Triangle…) qu’il retrouve, à l'occasion de la sortie de Sparrow, pour la dixième fois.

     

     

  • Par Xavier Leherpeur, le 02 juin 2008
Trente ans de carrière… C’est un exploit quasiment inégalé dans l’industrie du cinéma hongkongais. Comment tout cela a-t-il commencé et quel est le secret de votre longévité ?

J’ai très vite su, tout petit, que je serais comédien. Je me souviens, je regardais à la télévision la série « Les Incorruptibles », j’étais fasciné par ces histoires policières et ces flingues. Je crois avoir dit à lmes parents : « C’est ça que je veux faire plus tard. » J’ai eu beaucoup de chance d’avoir des parents très ouverts et très tolérants, car comme je viens d’une famille de policiers, ce n’était pas une carrière facile à imposer. J’ai débuté par la petite porte, en commençant par des publicités vers l’âge de 12 ans, puis quatre ou cinq ans plus tard, en me produisant dans diverses séries télé. Ce n’est qu’au début des années 80 que j’ai réussi à passer au cinéma. Pourquoi suis-je encore là à plus de 50 ans ? Je crois que pour durer, il faut d’une certaine manière savoir s’inscrire dans le patrimoine (rires). Un peu comme ces immeubles indémodables que l’on voit dans votre capitale ou à Londres, qui s’adaptent à tout, qui ne perdent pas leur personnalité tout en traversant les styles et les époques. Rester le même tout en évitant de se répéter. Varier les angles, les sensibilités, les émotions… Je viens d’achever le tournage de la suite de PTU et, même en retrouvant un personnage que j’avais déjà interprété, j’ai tout fait pour me renouveler.

Plus de 150 films au compteur en près de trente ans, cela fait une moyenne de cinq films par an. Comment faites-vous ?

150 ? C’est le chiffre officiel ? Il est faux. J’en ai fait beaucoup plus ! (rires) J’adore être sur un plateau. Il m’est même arrivé de tourner dans sept films en même temps. Je crois que c’est ma véritable ambition : non pas cumuler les films, mais continuer à prendre du plaisir à jouer. J’aime l’atmosphère des plateaux. Passer d’un univers à l’autre, discuter avec les metteurs en scène, échanger les points de vue… Et la surenchère ne me fait pas peur. L’ennui ne fait pas partie de mon vocabulaire. Je crois que j’ai presque tout fait comme types de rôles. Gangsters, policiers, psychopathes (mêmes gays !), héros romantiques… Presque tout. A l’exception des films en costumes. Je déteste ça. Ce n’est que pictural, juste une suite d’images figées… En plus, j’ai l’impression que pour le spectateur, il est très difficile d’éprouver une quelconque empathie pour ces personnages si éloignés de leurs préoccupations. Interpréter un héros contemporain permet de toucher plus directement le public. Des films comme PTU ou Election, deux mois, un an, dix ans après les avoir vus, vous donnent envie de les revoir.

Vous retrouvez Johnny To pour la dixième fois. Comment se déroule votre collaboration ?

Nous avons le même âge, et nous nous connaissons depuis longtemps. Nous nous sommes rencontrés sur des plateaux de télévision. Lui et moi formons une sorte de famille, du moins c’est comme ça que je le vois. Nous nous comprenons aisément et, dans une large majorité de cas, travaillons dans la même direction. Ce qui est plutôt agréable, car Johnny est souvent du genre énervé sur un plateau. Il est toujours à reprendre, corriger avec autorité. Je communique avec lui beaucoup plus facilement que la plupart des comédiens (rires). C’est un metteur en scène qui donne très peu d’indications sur le personnage. Il vous laisse vous débrouiller, et la seule chose qu’il vous donne est le plus souvent de l’ordre de l’atmosphère. C’est à vous de deviner ce qu’il pense de votre personnage, la manière dont il le voit. Il faut parvenir à le «ressentir» (rires). C’est souvent très perturbant pour les acteurs, d’autant que Johnny ne sait dire que non, non et non ! Mais travailler ainsi à l’instinct ne me dérange pas.

Et concernant Sparrow ?

Il ne m’a même pas donné de script. Il m’a juste précisé que je jouais un pickpocket. Je n’avais aucune idée de ce qu’allait être le parcours de ce personnage, et à chaque fois que je demandais à Johnny ce qui allait lui arriver, il me disait d’arrêter de lui poser la question, que j’allais bien le découvrir. Ce qui l’intéressait, c’était de nous faire d’abord trouver le tempo du film, son esprit, ce mélange de thriller, de comédie, de romance… Lorsque je suis arrivé le premier jour sur le plateau, il m’a confié un vélo et m’a emmené dans les rues de Hong Kong. Puis il m’a fait faire des tours, des tours et encore des tours. Idem le jour suivant et ce pendant près d’une semaine (rires). Il souhaitait que je trouve le bon rythme, celui du film, du héros. Et aussi ma place dans les rues, au milieu des gens. Et bien, croyez-le ou non, c’est comme cela que j’ai peu à peu cerné mon personnage et ce que Johnny souhaitait en faire (rires).

 
 

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