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Depuis une semaine, les seize meilleures équipes de l'Ancien Continent s’affrontent en Suisse et en Autriche. Le monde du foot est en ébullition. La télévision est aux anges. Mais les salles obscures trépignent et font la tronche, car pendant trois semaines le petit écran tacle le grand. Pourtant, le cinéma n’est jamais vraiment allé jouer sur le terrain du football. Pourquoi, comment ? Avant de procédéer à un inventaire, nous avons poser la question à Jean-Jacques Annaud, le réalisateur du mythique Coup de tête (photo ci-contre), et à Vikash Dhorasoo, ex-joueur de l'équipe de France et co-réalisateur de Substitute.
Lire l'interview de Jean-Jacques Annaud
Lire l'interview de Vikash Dhorasoo
Certes, il y a eu des tentatives, une poignée de grands cinéastes de la trempe d’un John Huston - avec A nous la victoire en 1981 - se sont même essayés à chausser les crampons afin de s’en aller gambader sur l’herbe verte du sport le plus pratiqué dans la monde, mais très souvent sans succès. Ils se sont fait tailler un short. De mémoire de tripoteur de box-office, jamais un film marquant les joueurs à la culotte n’a cartonné. Et là, nous parlons de plusieurs millions. Il y a bien eu les 2 902 960 entrées de Didier, mais le film d’Alain Chabat se contentait de se terminer par un match au Parc des Princes. Avant, ceinture ! A y regarder de plus près, seul 3 zéros de Fabien Onteniente peut se targuer d’avoir attiré plus d’un million de spectateurs, 1 271 238 exactement. C’était en 2002. En 1979, Coup de tête de Jean-Jacques Annaud en avait comblé 902 144. Entre les deux, c’est peanuts et boulettes de papier. Et avant c’est pire.
Si l’on compare la production cinématographique du monde entier au nombre de films consacrés au foot, la proportion est infime. Pareille à une vieille baudruche crevée. Entre 2000 et aujourd’hui, seule une bonne vingtaine d’histoires sur les milliers produites, que ce soit aux Etats-Unis, en Inde, au Japon et ailleurs, avait ce sport comme dénominateur commun.
En mai dernier, sur le sable plus ou moins blanc des plages cannoises, Maradona se livrait à quelques arabesques, un ballon au pied. Le champion argentin, un temps roi de Naples, l’homme qui marqua un but avec la main de Dieu, venait y défendre un documentaire érigé à sa gloire par Emir Kusturica. Sorti en salle le 24 du même mois, le film avouait au dimanche 8 juin 25 236 entrées. Deux ans plutôt, c’était Zidane, un portrait du XXIème siècle qui avait l’honneur d’être projeté dans la grande salle du Festival devant un parterre enpingouiné n’ayant sans doute jamais mis les pieds ni le reste dans un stade aux allures de temple dédié à tous ceux qui tripotent le ballon rond.
Le foot, comme d’autres sports, n’a jamais réellement trouvé sa place sur le grand écran. Jean-Jacques Annaud et Vikash Dhorasoo ont leurs explications sur la question, et elles tiennent la distance. Chez les Américains, hormis Huston déjà cité ou Sean S. Cunningham avec Kick (1978) et un ou deux autres, mais guère davantage, le soccer n'a jamais été mis en avant au cinéma. Les deux pays qui se sont le plus amusés à planter leurs caméras au bord du terrain ne sont autres que l’Angleterre – patrie fondatrice du foot – et la France.
Le premier film sur le sujet remonte à 1911. Il dure onze minutes et a pour personnage central un certain Harry. Jusqu’en 1956, tous les films concernant le football, et l’on en compte une petite trentaine, sont signés par des Anglais. Aucun n’a soulevé l’enthousiasme populaire. Aucune star digne de ce nom ne figure au générique de l’un ou l’autre. En France, il faut attendre 1949 et Les Dieux du dimanche pour voir enfin un terrain de football. Réalisé par René Lucot, l’histoire relate le désarroi d’un cafetier à la naissance de sa fille, lui qui se voyait déjà le père d'un footballeur. Puis rien ou pas grand chose avant Le Triporteur de Jacques Pinoteau, en 1957, où le personnage incarné par Darry Cowl suite son équipe préférée à bord de son drôle d'engin.
Le véritable premier cinéaste français à se lancer, et encore, il prétend que le foot n’est qu’un instrument, un vecteur social, c’est le metteur en scène de L’Ours. Quand Jean-Jacques Annaud donne son Coup de tête en 1979 avec Patrick Dewaere dans le rôle de l’avant-centre recruté par défaut et buteur par erreur, il peut se retourner sans voir moult prédécesseurs traîner dans son rétroviseur.
Curieusement ou pas, le foot et son environnement social, ses dérapages, ses gestes de quasi pure beauté, sa fantastique dramaturgie, le fait qu’il puisse servir de formidable marche-pied pour gravir les chemins de la gloire, rien de tout cela n'a été utilisé par le monde du septième art. Comme si ce dernier n’avait aucune emprise, n’arrivait pas à cadrer son sujet. En 1983, Jean-Pierre Mocky s’est payé l’homme en noir et la bêtise humaine dans toute son horreur avec A mort l’arbitre !. Personne n’a oublié Eddy Mitchell se faisant courser, huer, menacer pour avoir sifflé un penalty. On revoit Michel Serrault vociférant, éructant, porteur de bon nombre de travers de l’être humain.
En 1994, l’Africain Cheik Doukouré , qui réalise Le Ballon d’or - Ricky Tognazzi, le fils du grand Ugo - s’intéresse de son côté aux ultras qui peuplent les gradins italiens.
En Grande-Bretagne, ce sont des réalisateurs de la veine de Lexi Alexander avec Hooligans, de Stephen Frears avec The Van, Mark Herman avec Newcastle Boys qui ont brossé les portraits de supporteurs pas toujours très fins. Un monde à part, avec ses règles, ses codes, ses débordements. … En 1999, un an après la Coupe du monde remportée par un onze tricolore mené par Zinédine Zidane, un cinéaste venu d’un pays pratiquement inconnu débarque à Cannes. Avec son jeune héros d’une dizaine d’années, le moine du Bhoutan Khyentse Norbu présente La Coupe sur la Croisette. L’enfant espère y croiser ses idoles, Zidane en tête, mais pour de basses raisons financières la FIFA le prive de son rêve.
En 2001, un acrobate, un maître du kung-fu made in Hong Kong fait hurler de rires des salles entières avec un Shaolin Soccer jamais égalé. Avec Stephen Chow, c’est une autre vision du foot. En se penchant sur le sujet, seul Goal ! a eu pour ambition de réellement raconter les premiers tirs, le recrutement, l’entraînement, la montée en puissance d’un fou de foot. Des rues de son Los Angeles natal à l’herbe verte de Newcastle, de l’Angleterre au stade mythique du Real de Madrid. Danny Cannon, puis Jaume Collet-Serra ont essayé de capter l’esprit de ce sport. Le public lui, n’a pas suivi. Comme d’habitude. Il devait y avoir un Goal 3. Après naissance d’un prodige, après la consécration, la dernière Coupe du monde devait servir de décor, le personnage principal aurait dû porter le maillot d’un pays d’Amérique latine, mais faute de spectateurs assez nombreux dans le monde, le projet s’est envolé dans les nuages de la désillusion.
L'œuvre cinématographique, l’unique fiction donnant le ballon à de véritables footballeurs de haut niveau n’est autre que A nous la victoire. Pour ce film réalisé en 1981, mettant aux prises une équipe de prisonniers d’un camp allié à ses geôliers allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, en organisant un match destiné à permettre à certains de filer à l’anglaise au coup de sifflet final, John Huston avait enrôlé non seulement Pelé, mais également Bobby Moore – ancien capitaine de l’équipe d’Angleterre championne du monde en 1966 -, Ardiles, fabuleux milieu de terrain argentin et quelques pointures. C’est la seule fois que pareil recrutement s’est produit.
Depuis 2000, les seuls films à avoir marqué les écrans, tout du moins en France, ont pour titre 3 Zéros de Fabien Onteniente avec Gérard Lanvin en agent, Lorànt Deutsch en joueur du PSG, et Joue-la comme Beckham, film qui révéla à la face du globe le visage radieux de Keira Knightley. A part cela, tintin. Ce n’est pas encore demain que le cinéma va faire de la concurrence à la télévision avec le foot. Ni même avec le basket. Côté cyclisme, les films ne sont pas plus nombreux que les dix doigts des deux mains, et encore. Ceux sur le rugby sont inexistants. Il y en a pas mal sur la boxe, un bon paquet sur le foot américain… Mais sur le foot pur et dur, pas plus d’une toute petite centaine depuis la naissance du cinéma.
Jugeant trop difficile, et pour cause, de filmer de pures actions de jeu, le 7e art s’est posté dans les travées des stades, à la porte des vestiaires, en dehors des sanctuaires mettant aux prises les gladiateurs des temps modernes. En 2006, un homme s'en est allez planter d'autres «footeux», une autre Coupe du monde, celle des sans abris, des paumés, des exclus. Ils étaient quelques 500 joueurs venus de 48 pays à taper dans le ballon, tous «homeless». Cela a donné un documentaire Kicking it, sortie annoncée le 13 juin aux USA, encore non daté en France. Un régal.
Allez! Tous sous la douche!
Le football chiffré
Voici quelques chiffres concernant les films ayant le foot pour décor, et sortis sur les écrans en France.
1979 – Coup de tête : 902 144 entrées
1983 – A mort l’arbitre : 359 972
1994 – Le Ballon d’or : 171 144
1996 – The Van : 227 275
1997 – Didier : 2 902 960
1999 – La Coupe : 146 240
2000 – Newcastle Boys : 21 277
2001 – Shaolin Soccer : 665 425
2002 – 3 Zéros : 1 271 238
2002 – Joue-la comme Beckham : 375 777
2005 – Goal ! Naissance d’un prodige : 403 754
2006 - Goal 2 ! La Consécration : 77 349
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