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Harry Callahan passe à table

L'Inspecteur Harry - Clint EastwoodVous croyez tout savoir sur Harry Callahan et les cinq films dont il est le héros. Erreur, erreur... La preuve par une trentaine d'anecdotes.

 

 

L'Inspecteur Harry

 

Avant d’arriver à Clint Eastwood, le projet Dirty Harry passe par Frank Sinatra, John Wayne, Burt Lancaster, Robert Mitchum et Paul Newman qui refuse. Bon prince, ce dernier propose à la production le nom de Clint Eastwood.

 

Si Frank Sinatra n'avait pas subi une intervention chirurgicale à la main, consécutive à un accident, Harry Callahan aurait vu le jour sous ses traits dès l’automne 1970 et le titre Dead Right, avec, derrière la caméra, Irvin Kershner, futur réalisateur de L’Empire contre-attaque.

 

Vétéran de la Seconde Guerre mondiale, dont il a été l’un des soldats américains les plus décorés et star du western, Audie Murphy compte parmi les comédiens sélectionnés pour incarner Scorpio, le tueur que traque Harry Callahan, mais sa mort dans un crash aérien accidentel l’écarte fatalement du rôle.

 

Le personnage de Scorpio s’inspire directement du Zodiaque, insaisissable tueur en série qui sévit au moment du tournage dans San Francisco et sa région, selon le même mode opératoire. Dans son film Zodiac, David Fincher y fait d'ailleurs allusion.

 

L'Inspecteur Harry Mark Rydell devait succéder à Irvin Kershner à la réalisation de Dirty Harry. Se sachant incapable de le réaliser dans les délais serrés que lui impose la production, il répond : « Je ne vois qu’un réalisateur taillé pour le job : Don Siegel. Et il fera un bien meilleur film que moi ! »

 

Don Siegel malade, Clint Eastwood le remplace dans la réalisation de deux scènes. Celle où Harry Callahan sauve un suicidaire qui veut se jeter dans le vide, puis celle de la rencontre de l’inspecteur avec un homosexuel poltron dans un parc de San Francisco.

 

Dans l’une des premières versions du scénario, Harry Callahan apparaissait plus vieux, fatigué et à quelques années de la retraite. Peu à peu, tandis que Clint Eastwood s’approprie le rôle, cette notion disparaît de l’histoire.

 

La réputation pro flic de Dirty Harry vaut à son interprète et à Don Siegel de multiples invitations à des colloques et congrès de la police. Ils les refusent tous, de peur de l’amalgame et de la dimension politique controversée prise par le film.

 

Le premier Inspecteur Harry fait un tel carton au box-office américain que le producteur Dino de Laurentiis demande à Clint Eastwood de reprendre les armes à l’occasion d’Un justicier dans la ville. Il refuse et suggère le nom de Gregory Peck, auquel le producteur préfère Charles Bronson.

 

 

Magnum Force

Magnum Force

 

A une suite de L’Inspecteur Harry, Clint Eastwood ne veut absolument pas, dans un premier temps du moins, effrayé que le public et la presse ne l’identifient trop au rôle. Ce n’est pas l’insistance du studio qui le persuade de reprendre le magnum .44, mais l’idée à la base du script de John Milius, scénariste déjà en poste sur L’Inspecteur Harry mais absent du générique. Idée qui situe politiquement Harry en fonction des agissements d’une escouade de flics fascistes.

 

Mobilisé par la réalisation de Dillinger, John Milius doit abandonner l’écriture du scénario de Magnum Force, dont il a tout de même rédigé une soixantaine de pages. Il demande donc à Eastwood de lui trouver un remplaçant. Le comédien pense alors à Michael Cimino, un débutant avec lequel il travaille sur Le Canardeur, qui sera son film suivant.

 

Si le réalisateur Ted Post se montre, avec Magnum Force, un digne successeur de Don Siegel, il sort amer de l’expérience, reprochant à Eastwood de l’avoir traité en « domestique », une régression en regard de son statut de seul maître à bord sur Pendez-les haut et court tourné quelques années plus tôt.

 

Bien que Magnum Force porte, à la réalisation, le seul nom de Ted Post, il apparaît que Clint Eastwood en a tourné une partie appréciable (bien qu’il ait décliné le poste). Preuve en est : sa présence derrière la caméra lors d’une visite journalistique sur le plateau. L’acteur précise également que Buddy Van Horn, officiellement chargé de la seconde équipe, a également mis la main à la pâte, au point d’en avoir fait autant que Ted Post.

 

C’est David Soul, le Hutch de la série « Starky & Hutch », qui incarne, dans Magnum Force, le motard de la police John Davis, chef d’un escadron de la mort qui applique une justice radicale aux criminels libérés par les tribunaux.

 

Si le scénariste John Milius jette Harry Callahan dans les bras de sa jolie et très complaisante voisine, une Chinoise, c’est justement parce que Clint Eastwood reçut, à la sortie de L’Inspecteur Harry, une impressionnante quantité de lettres envoyées par des admiratrices d’origine asiatique.

 

L'Inspecteur ne renonce jamais - Tyne Daly, Clint Eastwood

L’Inspecteur ne renonce jamais

 

Pour tenir les rênes de L’Inspecteur ne renonce jamais, Clint Eastwood choisit James Fargo pour sa capacité à lui tenir tête et à résister à la pression. Ainsi, sur La Sanction, son film précédent, Fargo, alors assistant réalisateur, demande une seconde prise que le comédien ne souhaite d’abord pas. Il obtient satisfaction après avoir démontré que ses dialogues étaient pratiquement inaudibles !

 

L’initiative de L’Inspecteur ne renonce jamais revient à deux étudiants en cinéma de San Francisco, Gail Hickman et Scott Schreer qui, pour faire parvenir leur scénario à Eastwood, le remettent au maître d’hôtel du Hog’s breath, restaurant dont l’acteur est propriétaire. Clint reçoit effectivement le script, en achète les droits et en confie la réécriture au tandem Stirling Silliphant/Dean Riesner.

 

Le personnage de Kate Moore, partenaire de Harry Callahan, pose problème à l'acteur qui, contre l’avis de tous, choisit, au lieu d’une comédienne sculpturale, Tyne Daly, actrice dont le physique ne répond pas aux canons classiques de la beauté hollywoodienne. Une fois contactée, celle-ci refuse tout net le rôle, craignant qu’il ne soit qu’un faire-valoir au machisme ambiant. Clint Eastwood réussit à la convaincre de s’engager dans le projet, lui proposant même de « corriger » Kate Moore à sa convenance.

 

Sous l’influence de Tyne Daly, Eastwood improvise totalement une scène de L’Inspecteur ne renonce jamais : celle où Kate Moore fait remarquer à Harry, sur le ton de la plaisanterie, à quel point son magnum .44 tient lieu de substitut phallique.

 

En 1980, un scénariste attaque le réalisateur pour plagiat, lui reprochant de lui avoir volé le titre The Enforcer (que porte le film aux Etats-Unis). Eastwood le déboute, annonçant via ses avocats que The Enforcer se réfère directement à un Humphrey Bogart de 1951, justement titré The Enforcer (La Femme à abattre en France) et, comme L’Inspecteur ne renonce jamais, produit par Warner Brothers.

 

 

Le Retour de l'inspecteur Harry

Sudden Impact, Le Retour de l'inspecteur Harry

 

Premier et seul opus de la série que Clint Eastwood réalise officiellement, Sudden impact – Le retour de l’Inspecteur Harry met également en scène sa compagne du moment, Sondra Locke, dans le rôle d’une ange de la vengeance à laquelle Harry Callahan finit par pardonner la croisade sanglante.

 

C’est dans Sudden Impact qu'Eastwood prononce pour la première fois la tirade la plus célèbre de la saga policière : « Go ahead, make my day » qui se traduit par « Vas-y, fais-moi plaisir ». Quelques syllabes qui entrèrent aussitôt dans la légende et que Ronald Reagan, alors président des Etats-Unis, détourne à son profit lorsque le Congrès menace de relever le montant des impôts.

 

« Make my day » poursuit longtemps Eastwood. Partout, y compris sur une banderole tirée par un petit avion sur le parcours de golf où joue habituellement la star. Derrière la déclaration : une admiratrice prête à tout pour obtenir les faveurs intimes de son idole.

 

Harry Callahan doit son troisième retour à un sondage commandité par Warner Brothers à l’occasion de la sortie de Jamais plus jamais qui marque le grand retour de Sean Connery dans le rôle de James Bond. Au public, les enquêteurs demandent « quel comédien aimeriez-vous revoir dans son rôle le plus célèbre ? » Beaucoup répondent « Clint Eastwood en Harry Callahan ! ». L’acteur réalisateur répondit favorablement à la suggestion du studio d’un come-back. Ni l’autre ni l’autre n’eurent à le regretter puisque la séquelle enregistre le meilleur box-office de la série !

 

La Dernière cible - Clint Eastwood

La Dernière Cible

 

Clint Eastwood prend la décision de s'impliquer dans La Dernière Cible, ultime Dirty Harry en date, dans la seule perspective de contrebalancer les effets du probable échec commercial de Bird, sa biographie du jazzman Charlie Parker. Mais contre toute attente, le film ne fut pas le flop retentissant annoncé.

 

De la finition de La Dernière Cible (montage, mixage, post-production), Clint Eastwood se désintéresse, l’abandonnant au réalisateur Buddy Van Horn et à quelques collaborateurs de confiance et préférant s’envoler pour le Festival de Cannes où il présente Bird sous les ovations du public.

 

Pour écrire le scénario de La Dernière Cible, Eastwood choisit les collaborateurs les plus inattendus, en l’occurrence Durk Pearson et Sandy Shaw, auteurs du best-seller Life Extension et d’un régime alimentaire de jouvence qu’ils destinaient à l’interprète de Dirty Harry.

 

Dans La Dernière Cible, Eastwood[ confie le rôle de la rock star déjantée et héroïnomane à un débutant nommé Jim Carrey, comique qui trouve là sa première prestation d’envergure à l’écran. Réengagé sur Pink Cadillac, Carrey lui en sera éternellement reconnaissant.

 

En 1988, à la question « La Dernière Cible met-il fin à la série Dirty Harry ? », Eastwood répond : « Je l’ignore. Chaque fois que j’achève un Harry, j’annonce que c’est le dernier, que je m’y remettrais plus. Finalement, Harry Callaghan est comme un vieil ami, que j’aime à retrouver. » La Dernière Cible marque pourtant les adieux d'Eastwood au rôle.

 

A la question d’un hypothétique Dirty Harry VI à 78 ans, l'acteur répond par l’ironie. Ainsi, au Los Angeles Times, il parle de « Harry Callahan propriétaire d’une taverne et qui, à des consommateurs refusant de payer l’addition, offre de lui tirer dessus. » Mordant dans l’humour, le comédien évoque également un Harry pêchant le poisson volant à l’aide de son Magnum ou poursuivant péniblement les fripouilles à l’aide d’un déambulateur !

 

En cinq films, Harry Callahan abat pas moins de quarante-trois malfrats.

 

En 2007, il est question qu' Eastwood prête sa voix à la version jeu vidéo de la série. Le projet demeure actuellement dans les starting-blocks.

Par Marc Toullec (03/06/2008 à 14h56)
 

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