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La sortie DVD le 2 avril de l’épisode spécial Star Wars des « Griffin », « Blue Harvest », est l’occasion de revenir sur la plus space des sagas au cinéma. Observons humblement cette galaxie lointaine, très lointaine pour y découvrir certaines des références qui ont contribué à sa légende, à l'occasion d'un tour d'horizon (non exhaustif).
Par Florent Rodier
L’attaque des clowns : les parodies
La parodie, c’est un peu comme l’adolescence : parfois très longue, pas toujours drôle, souvent ingrate. Pourtant tout le monde y passe, surtout George Lucas. Faut dire qu'il l'a bien cherché. La première parodie notable est l’œuvre, en 1987, d’un pasticheur de la plus belle espèce, avec Mel Brooks et La Folle histoire de l’espace. Avec l'humour lumineux et tranchant qu'on lui connaît, le réalisateur américain sombre définitivement du côté absurde de la farce. Ecoutez plutôt : l’infâme président de Spaceball manque d’air et veut s’approprier l’oxygène de Druidia. Mais c’est sans compter sur Yop Solo (Bill Pullman) et le sage Yaourt, maître de l'astuce et du merchandising. L’ensemble, d’une rare finesse, est on ne peut plus digeste. On rit sans retenue à ce duel au chibre laser entre Lord Casque noir et Yop, on se plie en quatre - parts - à la vue de Pizza the Hutt (et Mel Brooks inventa la blague franchisée).
Vingt ans plus tard – une bagatelle à l’échelle galactique -, c’est au tour de l’irrévérencieux dessin animé « Les Griffin » de s’emparer du premier épisode de la trilogie. Obi-Wan ne badine pas avec Luke mais lui déclare sa flamme sur un air de Dirty Dancing (dire qu’il pourrait être le père… de son père) ; le vilain Stewie Griffin incarne un Dark Vador haut comme trois woks (la poêle, pas la bête à poils) ; et Han Solo (Peter Griffin), avec quelques kilos en trop, montre un fort bel à-propos. La parodie est graphiquement réussie, l’humour fidèle à la série, et pour une fois, il y a un scénario !
Fanboys (2008) s’ajoute à l’univers très étendu des fanfilms, tradition apparue dès la sortie du premier épisode en 1977, et qui ne s’est jamais démentie. Réalisé par Kyle Newman, le film retrace les aventures d’un groupe d’amis décidés à pénétrer dans le ranch Skywalker de George Lucas, pour y regarder six mois avant sa sortie La Menace fantôme. C’est à la fois un hommage (Carrie Fischer ou Mark Hamill sont au générique) et un pastiche, puisque le film reprend certaines scènes de la trilogie, notamment lorsque Han, Luke, Leia et Chewbacca font les poubelles de l’Etoile noire.
Le pire contre-attaque : les insolites
Expert en produits dérivés, Star Wars a essaimé aux quatre coins du globe (absolument) une multitude de productions à la dérive, d’abord à Hollywood, avec Au temps de la Guerre des étoiles, téléfilm CBS, produit par la Fox, et réalisé à l’occasion du Noël 1978. Tous les principaux acteurs de la saga y sont présents, dont Harrison Ford et Carrie Fisher. On y chante, on y danse, on en croit à peine ses yeux. George Lucas, qui a essayé de détruire toutes les copies existantes, en est encore tout retourné.
La trilogie, c’est aussi une série de déclinaisons internationales qui fleurent bon le nanar et le plagiat rigolard, dont Turkish Star Wars (1982) est la forme ultime. L’occasion de découvrir, en tête d’affiche et au faîte de sa carrière, Cüneyt Arkin. A l’instar de l’acteur aux 300 rôles, le film ne recule devant aucune audace visuelle et juridique avec : de vraies scènes de karaté ottoman, un art consommé du montage à vous fracturer l’œil, des effets spécieux sans turcages, mais aussi une maîtrise totale du stock shots dans la face du spectateur. Ça commence avec l’attaque de l’Etoile noire sur le thème musical d’Indiana Jones (tant que la musique sonne, sonne, sonne… comme Harrison), et se finit par des sauts en trampoline face au redoutable Dark Vador local, à barbe à clous et casque en pointe (ou l’inverse).
Cette superbe turque kitcherie a même une suite, car à Cüneyt Arkin, rien d’impossible. La star turque revient en 2006 avec L’Homme qui sauva le monde : le retour. Et cette fois, le film est distribué, chez tous les vendeurs passés du côté obscur du Bosphore.
Le côté culte de la Force : les scènes qui ont fait Star Wars (entre autres)
Jamais autant saga, citée, pastichée, plagiée n’aura été (le Yoda talking, ça marche pour les Jedis mais aussi pour les jeux de mots). Quelques-unes des scènes et répliques de Star Wars font désormais partie de notre lot quotidien.
Mieux, dans le futur grisâtre du Règne du feu (les dragons ont mis le feu à la surface de la Terre), les adultes n’enseignent pas Hamlet aux enfants, mais cette scène émouvante des retrouvailles entre un père et son fils : affublé d’un casque de pompier, Christian Bale joue à Dark Vador, bâton rouge à la main, tandis que Gerard Butler fait le Luke.
Les scènes de duel comptent parmi les plus pastichées du cinéma, et il y en a pour tous les goûts. Avec Hot Shots ! 2, c'est un Saddam Hussein asthmatique qui joue du tison à néon contre le Président des Etats-Unis. Côté obscur, Empire du Mal, c’est du pareil au même. Eh oui, quand on élit un acteur Président, il faut s’attendre à tâter de la réelle politique-fiction !
Même son de sabre dans « Mes deux papas » (saison 1) de « Scrubs ». C’est carrément l’hôpital qui se moque de l’épopée lorsque deux chirurgiens troquent le bistouri pour l’arme jedi, la blouse blanche pour des peignoirs, sous les yeux d’internes grimés en Luke, Chewie ou Leïa.
En 1999 (date de sortie de La Menace fantôme), Mike Myers reprend à son compte - marketing oblige - les bonnes paroles de Dark Vador, à l’occasion de Austin Powers - l’espion qui m’a tirée. En mauvaise posture, le Dr Denfer dit à l'agent britannique : « avant de faire ça... sache ceci... je suis ton père. » Et Heather Graham, c’est sa mère ? Oh yeah baby !
L’usage de la force s’est également répandu sur les écrans. Tous les acteurs y vont donc de leur petit tour de force. A commencer par les gros bras : « utilise la force », lance Sylvester Stallone à l’un de ses collègues dans Demolition Man. Et que font Alex et Willow quand « Buffy » n’est pas là ? Ils jouent au jeu des répliques (« La Métamorphose de Buffy », saison 2)…
Tant d'hommages n’auraient été possibles sans le travail de longue haleine de Dark Vador. Militant infatigable pour le port du casque obligatoire, il débute dès l’Antiquité, spartiates aux pieds, toge drapée autour de son torse musclé. Pour Astérix & Obélix : mission Cléopâtre, il a les traits - d’humour noir - d’un Dieudonné qui prend Jean-Paul Rouve à la gorge. « Nul ne peut bafouer l'Empire romain. Quand on l'attaque, l'Empire contre-attaque », qu’il disait.
Parce que le fier Dark n’est pas tellement du genre à vous faire pouffer de rire. Qu’on se le dise, la cape et le casque font le mal. Alors, quand le Jedi qui a mal tourné vous apparaît en pleine nuit dans une combinaison jaune, vous balance dans les oreilles un solo de Van Halen (soit un châtiment à peine plus cruel qu’être digéré pendant 1 000 ans dans le ventre d’un monstre de la Mer de sable), et vous intime l’ordre de séduire celle qui doit être votre future femme, autant dire qu’on ne fait pas la sourde oreille. George McFly ne dira pas le contraire (Retour vers le futur).
La revanche des geeks : les fans dans les films
La trilogie Star Wars a façonné un genre de personnage dont toute ressemblance avec la réalité ne peut être que fortuite : le fan. Au début des années 1980, il n’est encore qu’un jeune Padawan qui rêve d’un destin à la Luke Skywalker : embrasser goulûment sa sœur, vouloir tuer son père et pendant la résolution de ce léger conflit œdipien, tenter de sauver l’univers.
Et ça démarre dès 1982, avec Steven Spielberg et E.T. La chambre d’Eliott est pleine de figurines Star Wars. On y trouve le chasseur de primes Bobba Fett, le gentil puis méchant puis gentil Lando Calrissian et « ils peuvent même se faire la guerre ». Il est mignon Elliott, n’est-ce pas ?
Tout ça sent quand même un peu le faux fan face à la collec’ de Robby (Poltergeist). Le casque Dark Vador, la housse de couette C3P0, la poupée Yoda, le blouson griffé Chewbacca, tout y est. George Lucas peut dormir tranquille, les royalties prennent soin de lui.
Mais voilà, drame de l’adolescence, le gentil fan de Star Wars grandit, ses cheveux et sa barbe aussi, et il devient Kevin Smith. Pas un film qu’il ne réalise sans sa référence. Avec Clerks (1994), Dante (Empereur de l’épicerie) et Randal (Seigneur du vidéoclub) partagent leur temps long entre d’éminentes questions sur le sens de la vie, l’amour - un peu - le sexe - beaucoup - et Star Wars. Extrait dantesque à propos du Retour du Jedi : « La fin est meilleure : Luke se fait couper la main, apprend que Vador est son père, Han est congelé et emporté par Boba Fett. C'est sinistre, et la vie est faite d'une série de fins sinistres. Jedi c'est Muppet show. » Le petit Kevin pointe le bout de sa casquette dès que ça parle saga. C’est ça être une star aware. Pour Die Hard 4, l’acteur est hacker et accueille Bruce Willis ainsi que Justin Long dans l’humble sous-sol où il cohabite avec un Bobba Fett en carton et une tête de stormtrooper peinte au plafond.
N’allez tout de même pas croire que le fan erre de convention en convention, à la recherche du baby-foot Star Wars (il existe) ou d’un Jabba gonflable. Certains ont une vie, une vraie, et il y en a même qui vivent avec Jennifer Aniston. Enfin un, et il s’appelle David Schwimmer. Dans « Celui qui rêvait de la princesse Leia » (saison 3 de « Friends »), Ross avoue à Rachel son fantasme : le tout petit, petit bikini doré de Leia lorsqu’elle est enchaînée à Jabba. Rachel s’exécute et apparaît au générique de fin lourdement coiffée, légèrement vêtue, se dandinant au rythme du thème de Star wars.
Quand il n’a pas l’esprit occupé à la trilogie et le corps à Jennifer Aniston, le fan dort. Et quand il dort, son esprit vogue sur le Faucon Millenium. Topher Grace s’imagine en Luke Skywalker et Ashton Kutcher en Chewbacca dans « Un Nouvel espoir » (saison 1 de « That 70’s Show »). Croyez-le ou non, Woody Allen, tout névrosé qu’il est, rêve aussi. De bar mitzvah ou plutôt de starwarsmitzvah ! Explication : avec Harry dans tous ses états (même si c’est celui de New York qu’il préfère), Woody songe à une fête juive avec des barmen déguisés en Chewbacca (ça se pose comme un millier de cheveux sur la soupe), des serveuses en Leia (avec des macarons, mais sur la tête), des musiciens affublés de casques Vador (idéal pour l’acoustique), et des invités kippas figées sur le crâne (quel rapport avec Star Wars ???)
Retour à la case Star Wars : Jedi un jour, Jedi toujours
« Salut, je suis Han Solo, le seul acteur dont la carrière n’ait pas été détruite par ce film. » C’est ainsi que se présente le baroudeur de l’espace dans la parodie des « Griffin ». Et force est de constater qu’il n’a pas tout à fait tort. Dur, dur, de se défaire de son image lorsqu’on a été Luke Skywalker, sauveur de la galaxie. Jésus Christ, lui, ne faisait que marcher sur l’eau, et il porte encore sa réputation de sauveur de l’humanité…
Alors, quand un réalisateur, en l’occurrence Kevin Smith (encore lui), décroche son hologramme plein de bonnes intentions pour parodier une scène, qui appelle-t-il ? Je vous le donne en mille : Mark, Mark Hammill. Lorsque Jay & Silent Bob contre-attaquent, l’acteur joue le méchant Cocknocker. L’occasion d’un combat au sabre Laser au cours duquel il perd encore la main. Car comme le veut l’adage, jeu de mains, jeu de super-vilains.
L'acteur sait donner dans l'autodérision et aussi de la voix : lors de l’épisode « Homer Garde du corps » (saison 10 des « Simpson »), il est protégé par le célèbre père de famille au cours d’une convention qui tourne court. C’est ce qui est bien dans les séries animées, on peut se moquer des vedettes autant qu’on le souhaite. Avec « South Park » personne n’y échappe, pas même George Lucas, qui décide étrangement de remplacer le mot wookie par « animal avec un problème de poil » et tous les personnages par des Ewoks (« Bérets gratos », saison 6).
Et des idées étranges, George en regorge, comme celle d’apparaître dans « Le Bal aquatique » (saison 2 de « Newport Beach »). Pourquoi diable le pape du space opera s’est-il aventuré sur les pentes savonneuses du soap ? Parce que l’épisode était diffusé le 12 mai 2005 par la Fox, soit une semaine avant la sortie de La Revanche des Sith, produit par… la Fox. La tête dans les étoiles mais les pieds bien sur terre, le George.
Et dans Scream 3, qui se cache derrière le sosie de Carrie Fischer, tout aigri de ne pas avoir eu le rôle de Leia, faute d'avoir couché avec George Lucas (comme le dit la chanson, love is in Fischer) ? Peter Mayhew ? James Earl Jones ? Non… Bas les masques, les casques et les pattes, il s’agit de Carrie Fischer elle-même.
Star Wars c’est un vrai sacerdoce, c’est en tout cas l’idée que s’en fait Billy Dee Williams (Lando Calrissian). On le retrouve donc en pasteur prodiguant la bonne parole de la Bible et les bonnes répliques de la saga à Topher Grace et Laura Prepon dans « That 70’s Show » (« Test oral », saison 6).
Les dédicaces fantômes : quelques références mystères…
Il est des secrets bien gardés que les fans avertis se passent sous la cape. Le genre de références furtives que seul l’œil aguerri et entraîné d’un maître ès Star Wars peut déceler. Dès 1979, Francis Ford Coppola, producteur de THX 1138 et American Graffiti, lance une œillade discrète, caméra au poing, dans Apocalypse Now (1979). Il recrute Harrison Ford, lui met un treillis, des lunettes, et un badge qui porte le grade et le nom du Colonel G. Lucas. Steven Spielberg n’est pas en reste...
Partons avec Indiana Jones (dont George Lucas est à la fois auteur et producteur) à la recherche de l’arche perdue et des références cachées : lorsque l’aventurier échappe à des Aborigènes peu amènes, il s’embarque sur un hydravion immatriculé OB-CPO, soit Obi-Wan et le nom du droïde C3PO. Plus tard, dans la salle où repose l’arche, figurent parmi les hiéroglyphes les représentations de C3PO et R2D2. Ce n’est pas tout : dans la première séquence du Temple maudit, le club devant lequel et Indy passe à toute allure est baptisé le Obi-Wan.
A croire que Steven Spielberg met une pincée de Star Wars dans chacun de ses films. Bah oui. Quand E.T. sort déguisé en fantôme pour Halloween, le gentil extraterrestre croise le chemin de Yoda, et s’écrie « maison, maison ». N'allez pas croire qu'ils ont partagé un studio avec vue sur les marécages de Dagobah. Plus subtil, John Williams, qui a connu les studios d’enregistrement de Star Wars et E.T, utilise le thème de Yoda dans cette scène. Ah, taquines, ces vedettes sont.
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