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« Un film de pure propagande », lit-on dans la presse pour évoquer la sortie du premier film nord-coréen en France, Journal d'une Jeune Nord-Coréenne. Oui, mais pas seulement. Le cinéma de Corée du Nord a lui aussi son histoire. Rencontre avec le spécialiste du genre Antoine Coppola, cinéaste et enseignant, auteur du Cinéma en Corée du Nord (sortie prochaine aux éditions de L'Harmattan).
Oui, pour la France, c'est une première. Les films nord-coréens voyagent beaucoup plus facilement dans les anciens pays du bloc communiste, comme la Tchécoslovaquie, la Pologne ou la Roumanie. La diffusion passe toujours par des accords diplomatiques. En 2001, une vingtaine de films nord-coréens ont circulé officiellement en Europe. Pour Journal d'une Jeune Nord-Coréenne, il s'agit d'une diffusion commerciale. Un distributeur français, James Velaise a pris l'initiative d'acheter des films nord-coréens pour les distribuer en France. Ce film fut le plus grand succès du cinéma en Corée du Nord, avec plus de 8 millions de spectateurs. Quand on connaît l'histoire du cinéma nord-coréen, on constate une certaine évolution naturaliste. Quelque chose a changé.
Il existe des films beaucoup plus propagandistes. Depuis les années 90, Kim Jong-Il travaille sur un mélange de propagande et de sentimentalité. Il joue sur l'émotion, le quotidien, les détails. Il a publié des ouvrages sur l'histoire et l'esthétique du cinéma dans lesquels il demande aux réalisateurs de ne pas s'acharner sur les messages politiques. Dans les années 50-60, il y avait de grandes biographies historiques à la gloire des héros de la Corée du Nord. C'était souvent des films de guerre. Le quotidien passait au second plan. Kim Jong-Il a commencé à installer un système de description de la vie quotidienne, en atténuant les messages politiques. Dans ce film-là, il y a une façon plus naturelle de montrer les choses que le réalisme socialiste avait un peu idéalisé dans les décors, les situations... Ce long métrage semble moins chargé au niveau du message politique. On peut faire une double lecture du film et déceler plusieurs références à la Corée du Sud, comme le thème de la famille (l'homme qui travaille trop, la famille en crise) ou l'importance accordée au football.
Il y a une séparation totale. Il n'y a aucune diffusion des films de la Corée du Sud au nord. L'influence se fait de manière indirecte. La direction du parti et du gouvernement a accès aux films de la Corée du Sud et même américains. En particulier Kim Jong-Il. C'est un grand cinéphile qui écrit sur le cinéma, s'occupe de la réalisation des films, collabore aux scénarios et choisit même les acteurs. A ce stade, ce n'est plus de la censure. Il s'agit bien d'une ingérence complète de quelqu'un qui aime le cinéma et veut y participer. Il observe beaucoup ce qui se passe dans le cinéma sud-coréen et reprend certaines thématiques pour les développer dans les studios de Pyongyang.
Il faut considérer le contexte de cinéma d'Etat. Tout le monde travaille pour l'Etat. On ne travaille pas pour soi-même. Certains réalisateurs sont devenus très célèbres en Corée du Nord. Ils font partie des favoris du régime. Le milieu du cinéma est bien traité. Le système est très intégré. Les écoles de cinéma existent depuis longtemps. Dès la création de la Corée du Nord, les studios de Pyongyang ont été équipés d'écoles, de techniciens, de réalisateurs, d'acteurs. On y accède par le biais d'un concours d'Etat. Jang In-Hak, le réalisateur du Journal d'une Jeune Nord-Coréenne a reçu la médaille du mérite de la patrie pour ce film.
Dans ce film, il y a des effets de mouvement de caméra assez innovants pour le cinéma nord-coréen. Par exemple, dans une scène de jeunes hommes discutent de la cheminée qu'ils vont aider à reconstruire. La caméra portée passe de l'un à l'autre, une sorte de caméra subjective, ce qui a l'air banal pour le cinéma occidental, mais est novateur dans le cinéma nord-coréen. Dans les scènes d'intérieur où on voit la jeune fille avec sa mère, il y a des prises de vues en lumière naturelle, des effets de contraste, de contre-jour. Normalement, le cinéma nord-coréen est tourné en studio et les intérieurs sont très calculés au niveau des lumières. Tout est assez léché. Là, on peut dire qu'il y a un côté bâclé, mais surtout un aspect naturaliste. Ça a vraiment été tourné très vite avec très peu de moyens. Il y a une volonté d'innover qu'il faut relativiser un peu. Ce n'est pas la Nouvelle Vague du cinéma nord-coréen.
J'ai déjà eu l'occasion de présenter ce film lors d'une avant-première à Lyon. J'ai remarqué un grand intérêt de la part du public. Il s'agit plus d'une curiosité par rapport au pays. Très peu d'informations circulent sur la Corée du Nord. Après, il y a ceux qui ne connaissent pas le cinéma du réalisme socialiste des anciens pays du bloc communiste. Mais pour ceux qui n'ont jamais vu ce genre de films, j'avoue que ça doit être assez étrange...
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