Une famille brésilienne |
Cannes
Walter Salles est revenu en compétition à Cannes en 2008 avec Une Famille Brésilienne, après le succès du Carnets de voyage (Prix Ecuménique du jury en 2004). Il compose avec tact, et en duo avec une réalisatrice ( Daniela Thomas), un quintuple portrait qui aura valu à Sandra Corveloni (dans le rôle de la mère), un prix d'interprétation surprise. Tensions dans la fratrie, promiscuité et pauvreté sont les fondements de cette histoire, dans laquelle chacun tente, avec difficultés, de prendre en main son destin. En fonds, de nombreuses problématiques sont esquissées (banditisme, gangs, corruption, racisme...) mais suffisent à créer le malaise, et à faire monter progressivement une tension autour de ces personnages de bonne volonté, dont les arrangements (vols, trafics de cartes d'identité, dessous de table...) paraissent presque légitimes.
Personnages et portraits
Avec la complicité artistique de Daniela Thomas, le cinéaste signe le portrait de quatres frères d'une famille pauvre et de leur mère. Chacun d'eux, bien qu'ayant des âges différents, se cherche et tente de trouver sa voie dans cette ville fourmilière et dans cette vie qui ne leur a pas fait de cadeaux. Reginaldo, le plus jeune, recherche son père, absent depuis des années (Salles précise que c'est très courant au Brésil). Dario rêve d'une carrière de footballeur mais passé 18 ans sa chance aura tourné, il doit la saisir au plus vite. Dinho se refuge dans la religion. Tandis que Denis, déjà père d'un enfant, rame pour gagner sa vie.
Salles et Thomas dressent les portraits de ces personnages écrits sur le vif, et interprétés par des comédiens amateurs (à l'exception du rôle de Dario, Vinicius de Oliveira, qui avait déjà tourné dans Central do Brasil). Les deux cinéastes parlent du Brésil d'aujourd'hui, pays contrasté où règnent à la fois richesse et pauvreté. Ils captent avec justesse les espoirs et les illusions de milliers d'habitants de ce pays en pleine transformation.
Construction du récit filmique
Une famille brésilienne est donc un film cousu d'espoirs, déçus ou non, que Salles a « brillamment » construit (selon les critiques à Cannes), alternant entre les problèmes d'adultes responsables (ceux de la mère, virée à cause de sa grossesse) et ceux d'adolescents pas forcément conscients de leurs actes. Mais il a aussi mis en évidence des différences sociales sources de frustrations infinies et potentiellement sources de conflits. La soirée que passe l'apprenti footballer chez ses amis riches, est un modèle de contrastes: «Filmé en ombres chinoises, il est le seul que l'image réussit à capter au milieu d'un dancefloor improvisé. Puis, son arrivée dans la cuisine, et sa main qui frôle un frigo impeccable, en disent suffisamment long », explique le cinéaste.
S'en sortir
Jouant des fausses joies et des humiliations (la scène de la chaise roulante), le réalisateur brésilien arrive naturellement à une fin plurielle et bouleversante, dont les conclusions ne sont pas si nettes, le hors champs prenant alors une importance particulière. Salles veut que son film « donne envie de s'intéresser au destin des autres et surtout lors des coups durs, d'aller de l'avant. »
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