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La Terre des hommes rouges

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Infos tournage

La déforestation

Tout le monde connaît le problème de la déforestation en Amazonie, ainsi que les problèmes écologiques qu'elle entraîne. Ce sujet a déjà été traité dans plusieurs fictions ou documentaires. Mais le film de Marco Bechis, ne s'intéresse pas à la déforestation en elle même, mais il s'attarde plutôt sur la conséquence qu'elle entraîne sur les indigènes habitant dans cette forêt. Le cinéaste nous montre leur quotidien actuel, parqués dans des réserves, obligés d'effectuer des petits boulots, les exploitants les utilisant quasiment comme des esclaves. Ne pouvant plus aujourd'hui vivre dans leurs traditions ancestrales, bon nombre d'entre eux finissent par se suicider, ne supportant plus ce mode de vie.

 

Un réalisateur engagé

C'est justement à cause de tels suicides que, dans son film, un groupe d'indien décide de se révolter contre les exploitants blancs, espérant ainsi récupérer leurs terres. Marco Bechis montre ainsi sa position sur ce problème et prend le parti de dénoncer la déforestation. Marco Bechis est d'ailleurs réputé pour être un réalisateur engagé. Victime de la dictature en argentine, la majorité de ses films s'attardent sur les conséquences d'un régime totalitaire sur les familles ( Garage Olimpo et Hijos). Si avec Alambrado il nous montre les bouleversements survenus dans le quotidien d'une famille lorsqu'un businessman souhaite construire une piste d'atterrissage sur leur propriété, avec La Terre des hommes rouges, il transpose le problème en Amazonie.

 

Un film hommage

Le réalisateur a tenu à dédicacer son film à son ami et mentor Enrique Ahriman qui est mort en 2002 à Buenos Aires. Les deux artistes parlaient souvent ensemble, et aborder notamment le thème de ce qu'ils considéraient comme le plus grand génocide de l'humanité : la conquête de l'Amérique. C'est Enrique qui conseilla à son ami la lecture des interviews d'Hélène Valero, une femme kidnappée et détenue pendant trente ans dans la jungle, une sorte de Tarzan au féminin. Après la lecture de ses écrits, Marco Bechis savait qu'il devait faire un film sur le sujet.

 

Un voyage initiatique

L'année suivante, le cinéaste est parti en voyage d'exploration et d'inspiration. Il s'est dans un premier temps rendu sur la Cordillère de Andes, parmi les communautés indiennes vivant au Pérou et à l'Équateur. Puis il est allé dans l'Amazonie profonde à bord d'un petit avion en compagnie d'observateurs d'oiseaux. Là-bas, il pu rencontrer la tribu Ashuar, dont leur rencontre avec le premier homme blanc date d'à peine quarante ans. Lorsqu'il est revenu de ce long périple, il s'est tout de suite attaqué à l'écriture d'un scénario relatant l'histoire de cette Hélène Valero. Peu de temps après, il préparait déjà un second voyage pour les repérages.

 

Première révélation: un nouveau scénario

Marco Bechis entreprit alors un grand travail de recherche et de documentation. Il s'est rendu à Londres et à Milan pour recueillir des informations sur les tribus survivant encore en Amérique Latine, auprès des associations qui les défendent. Il a ainsi pu lire un grand nombre de documents mais aussi voir des vidéos rares sur ces tribus. C'est ainsi qu'il pris connaissance du phénomène des suicides dans la tribu Guarani-Kaiowa, et de leur lutte pour récupérer leurs terres. C'est à ce moment précis, qu'il su qu'il devait absolument parler de cette tribu, et donc changer son scénario sur Hélène Valero.

 

Une rencontre décisive

Suite à ses découvertes, le réalisateur s'est empressé de se rendre en Amazonie: »J'ai mis une caméra 35 mm, un bloc note, un magnétophone, dans mon sac à dos, et je suis parti avec Caterina Giargia (Directrice artistique et créatrice des costumes) pour Dourados, l'une des principales villes de la région« Sur place, ils ont rencontré Nereu Schneider, un avocat qui s'occupe de la défense des Guarani-Kaiowa depuis une vingtaine d'année. Il les présenta à la communauté indienne, et notamment à Ambrosio Vilhalva. Ce dernier leur raconta sa vie et celle de ses ancêtres. Le réalisateur fut très influencé par son témoignage pour l'écriture de son scénario. Il se rendit compte que cinq cents ans après la conquête de l'Amérique, le conflit entre indiens et exploitants était toujours le même.

 

Deuxième révélation: des acteurs idéaux

Marco Bechis était à présent sûr de son scénario, mais une question planait encore, comment choisir les acteurs ? Quels acteurs professionnels pourraient interpréter à la perfection ses indiens ? »J'ai trouvé la réponse à ma question un après midi, après une réunion entre les autorités gouvernementales et les indiens. Ces hommes et ces femmes que j'observais, plaidaient leur cause aux autorités Brésiliennes, ils étaient dotés d'un art sophistiqué de la rhétorique, ils savaient parler de manière convaincante, avec un grand contrôle de leurs paroles et de leurs gestes. Ils étaient des acteurs. Dés lors j'ai su que je pourrai faire ce film uniquement si je réussissais à faire des autochtones les protagonistes du film. Sans eux le film n'aurait pas de sens.« C'est ainsi que l'on peu retrouver Ambrosio Vilhalva, dans l'un des rôles principaux, Nadio, aux côtés de ses amis de la tribu.

 

Des comédiens confirmés

Entre les rôles principaux, les seconds rôles et les figurants, le réalisateur avaient besoin de plus de 200 indiens. Il organisa donc un casting inédit avec uniquement des indigènes non professionnels. En parlant avec Ambrosio Vilhalva, il se rendit compte que la comédie faisait partie intégrante de leur culture: »Il m'a demandé ce que signifié être acteur. Je lui ai répondu que c'était interpréter un rôle, apprendre à jouer. Il a réfléchi quelques instants et il a répondu [...] «Mais je joue un rôle chaque jour, quand je prie». Leurs rituels sont des performances théâtrales, ils agissent et parlent avec Nhanderu, leur Dieu.«

 

La préparation des acteurs

Pendant les improvisations du casting, Marco Bechis a tout de même remarqué qu'il manquait quelque chose dans leur jeu. En effet, ils étaient sans cesse en train de parler devant la caméra, sans interruption. Il n'y avait aucune place pour le silence. Le réalisateur compris alors qu'ils n'avaient pas de culture cinématographique et il décida de les initier à cet Art. Il organisa une projection de deux séquences sans trop de dialogues : une séquence de Les Oiseaux d' Alfred Hitchcock et une séquence de Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone. Il passa une première fois chaque séquence dans leur version originale, une deuxième fois avec 2 secondes de noir entre chaque plan, et une troisième fois sans le son. Par cet exercice, les indigènes ont pris consciences de la notion du cadre, du montage, et surtout de l'atmosphère qu'instaure le silence. Le réalisateur stupéfait déclare : »La rapidité de leur temps d'apprentissage a été incroyable. Ils sont devenus des acteurs en cinq mois.«

 

Inversement des rôles

Si un grand nombre d'indigènes jouent dans le film, il y aura aussi quelques acteurs professionnels ( Claudio Santamaria, Chiara Caselli, Matheus Nachtergaele...). Mais le cinéaste avait une exigence particulière: »Dans The Mission, Les autochtones colombiens Waunana qui ont joué dans le film le rôle des Guarani, étaient toujours à l'arrière plan, derrière les personnages principaux joués par Robert De Niro et Jeremy Irons. Dans mon film, je voulais inverser ce cliché en donnant aux indiens les rôles principaux et en gardant les acteurs professionnels à l'arrière plan.«

 

Le début d'une carrière ?

Natchingale Matheus, un des acteurs brésiliens professionnels du film, a demandé au scénariste Bolognesi Luiz à la fin du tournage, s'il pensait que ce serait une bonne idée si les indiens continuaient à jouer dans d'autres films. Celui-ci, qui est également réalisateur, répondit: »Normalement les acteurs ne jouent pas dans un unique film«. Affaire à suivre donc...