Le Plaisir de chanter |
La salade des genres
Mélangeant comédie et film d'espionnage, Ilan Duran Cohen franchit les frontières entre les genres. « Dans mes films précédents, j’avais déjà exploré le mélange des genres, avec Le Plaisir de Chanter j’essaie d’aller plus loin, d’échapper à cette volonté absolue de toujours définir. J’espère avoir trouvé l’équilibre utopique entre la comédie, le drame psychologique, le thriller et la réflexion. » Pourquoi une telle salade? Parce que, selon Cohen, « la vie - en tous cas la mienne - est comme ça ! Elle surprend avec ses aspects comiques et dramatiques, elle va dans tous les sens, avec sa propre logique. Mon cinéma consiste à me rapprocher au maximum de cette perception. J’aime mélanger les genres constamment, ne pas être coincé dans une seule façon de m’exprimer. »
La clé USB comme révélateur
L'intrigue d'espionnage centrée sur la recherche d'une clé USB n'est donc qu'un révélateur pour le film: « Nous ne voulions pas en faire un Mac Guffin à la Hitchcock, mais plutôt une obsession commune qui rend tout ce petit monde fou, ils en oublient le sens de leur propre vie, de leur quotidien. Personnellement, je perds souvent mes clés usb qui contiennent toutes mes archives, mon histoire, des débuts de romans inaboutis, des photos, je suis alors pris d’un sentiment de panique totale, comme si j’étais perdu, dévoilé. C’est un vertige assez jouissif de se dire que la personne qui la trouvera saura tout de vous. Et puis, il n’y a pas de film d’espionnage sans microfilms ou mémoire perdue, non ? »
Un thème grave: la vieillesse
En filigrane dans Le Plaisir de chanter, il y a aussi un thème bien plus grave: la peur de vieillir. Ilan Duran Cohen reconnaît : « C’est vrai, mes personnages courent tous après leur jeunesse. Dans mon film, des personnages épuisés par l’isolement urbain se croisent dans un même lieu, là où l’innocence est obligatoire, un lieu d’apprentissage symbolisé par le cours de chant lyrique. La vieillesse est une énigme totale qui participe du mystère du film. Où trouver la clé de cette énigme universelle ? Et dans cette quête impossible de l’éternelle jeunesse, la seule chose qui ne vieillit pas, c’est la voix. Il n’y a qu’elle qui peut survivre au temps. »
Directeur d'acteurs
Le metteur en scène ne manque pas d'éloges pour ses acteurs: « pour moi, Lorànt Deutsch est un jeune Bourvil. Il est capable de faire beaucoup de choses différentes, des comédies mais aussi des films très noirs. J’aime son côté populaire et homme-enfant mais il a aussi une face plus sombre. Il faut aller la chercher mais elle existe. Lorànt a de « l’obscur » en lui. Il a tout pour devenir un grand acteur classique. » Quant à Marina Fois, le metteur en scène déclare: « elle me fait rire, mais j’aime surtout son côté indéfinissable, son ambivalence. Elle est à la fois comique et glaçante, je ne sais jamais qui elle est et j’adore cette sensation de ne pas la connaître. Elle m’échappe et j’ai envie de l'attraper ». Face à ces deux professionnels, Ilan Duran Cohen a choisi de faire jouer des non-professionnels afin que « tout le monde se retrouve au même niveau face à l’incertitude du jeu et à l’inconnu de la création. ». Le but avoué, c'est de « casser les automatismes » des comédiens.
Trouver la voix
Le projet est né de la volonté de Ilan Duran Cohen de faire un film musical. Le metteur en scène se souvient: « les premières versions se passaient dans le milieu de la variété mais j’ai préféré le lyrique, qui donnait au film une dimension beaucoup plus lyrique et filmique, moins terre-à-terre, plus éloignée de la télé. Comme les comédiens, j’ai pris des cours de chant avec Evelyne Kirschenbaum qui joue aussi la professeur de chant, et on a réécrit le scénario avec l’acquis de cette expérience. Tout le monde a vraiment pris des cours avec Evelyne et ça se sent, ça s’entend et contribue au réalisme du film, jusque dans le jeu des comédiens. Apprendre à chanter est fascinant, surtout quand on n’est pas à l’aise avec sa voix. La travailler, voir ce qu’il en sort… C’est très difficile d’utiliser sa voix correctement, de chanter juste. Tout le corps est engagé, ça ne pardonne pas. Il n’y a pas de mensonge possible avec la voix. »
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