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Mange, ceci est mon corps

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Infos tournage

Un premier film à Haïti

 

Mange, ceci est mon corps est le premier long-métrage de Michelange Quay, Haïtien né et élevé aux Etats-Unis. Quay s'est fait connaître en 2004 grâce au court-métrage L'Evangile du cochon créole, présenté à Cannes. Comme pour ce précédent film, Quay, pour Mange, ceci est mon corps, bénéficie du soutien de la société de production française Les Films à un dollar, dirigée par Tom Dercourt et qui a essentiellement produit les films de son frère Denis, comme la remarquée Tourneuse de pages, avec Catherine Frot et Deborah François. Quay retrouve aussi le monteur Jean-Marie Lengelle et l'ingénieur du son Nicolas Leroy. Le film a été présenté aux festivals du film de Toronto (Canada) et Sundance (Etats-Unis).

 

Retour aux racines: l'île d'Haïti comme une muse

 

Mange, ceci est mon corps doit tout à l'île d'Haïti, décor singulier de ce film pas comme les autres. Michelange Quay, le metteur en scène, explique: « Même si quelques scènes du film ont été tournées à d'autres endroits, son point central est mon pays d'origine, Haïti. Le film est nourri de ce que j'ai vu, entendu ou ressenti là-bas et ces impressions se sont arrangées en un monde invisible avec son propre langage. C'est une vision complètement subjective, un dialogue entre des images du présent et la mémoire ancestrale, un échange entre les générations en mon propre sein, un reposoir de thèmes inconscients, comme dans un rêve. »

 

S'adresser au spectateur

 

Nul doute qu'avec Mange, ceci est mon corps, Michelange Quay atteint son but: dérouter le spectateur en l'amenant à renoncer aux conventions rassurantes du cinéma commercial. Selon Quay, « Les images et les actions, comme en poésie, permettent à chaque spectateur d'entretenir son propre dialogue avec l'image sur l'écran ainsi qu'avec l'image qu'il se fait de lui. Un double miroir infini de sens et d'identités plus approprié aux situations politiques et spirituelles ambiguës qu'illustre Mange, ceci est mon corps ». Le film invite à « plonger dans la soupe de nos symboles spirituels, politiques et sexuels inconscients, afin d'explorer, de jouer, d'avoir peur et de se réjouir ».

 

Entre rêve et réalité: définir le film

 

Personne mieux que le metteur en scène lui-même ne peut définir le troublant Mange, ceci est mon corps : « Le film joue quelque part entre le documentaire et le surréalisme, un espace quelque part entre le terrain du pamphlet politique et le domaine de la poésie lyrique, où l'imagerie contemporaine et les archétypes anciens s'entremêlent en un sens qui, à mes yeux, est typique d'Haïti, un pays qui a avalé et réinventé les icônes, les « créolisant », depuis sa naissance dans les années cauchemardesques de l'esclavage, un pays dont la religion vaudou fond les éléments du passé du présent et du futur en un même arbre des rêves noueux ». Par ailleurs, il reconnaît que « le film joue sur un état de conscience narrative, semblable à celui du rêve et à celui de l'hypnose, ainsi qu'à sa sœur dans les arts narratifs: l'allégorie. »

 

Haïti: un état des lieux

 

En racontant cette histoire d'une jeune femme s'éveillant à la vie et découvrant en même temps Haïti, Michelange Quay entend dresser un alarmant état des lieux : « Haïti paye pour avoir été la première nation à se défaire du joug colonial et d'avoir réussi, après les Etats-Unis et la France, la troisième révolution républicaine de l'Histoire... accomplie par des esclaves noirs. Dans cette épopée, il y a la victoire, la fierté... et l'isolement qui a été le lot d'Haïti jusqu'à aujourd'hui, dans ses relations avec ses voisins, en particulier les Etats-Unis. Destin national tragique, magnifique, douloureux ». Il ajoute : « Maintenant, il semble que cette île est un vaisseau fantôme perdu, abandonné au milieu de l'océan diplomatique, maudit, dérivant dans ses rêves de gloire et ses cauchemars de soumission. De loin, j'entends beaucoup appeler Haïti un enfer. Ils disent que c'est une nation qui n'existe pas. Mais, une nation, est-ce un président, un trône, de l'aide financière, un gouvernement provisoire, une constitution ou, plus que tout cela, la terre de nos pères, la terre de nos mères? »

 

Deux actrices françaises face à des non-professionnels haïtiens

 

Dans ce film où la plupart des rôles sont tenus par des acteurs non-professionnels, Michelange Quay s'est appuyé sur les françaises Sylvie Testud et Catherine Samie, « deux femmes blanches étrangères à Haïti, actrices par essence, étrangères au rêve et, de fait, rêveuses elles-mêmes. Elles ont joué leurs rôles face à des Haïtiens non professionnels qui porte en eux et à l'écran l'honnêteté indéniable de la « vraie » personne et cette performance hybride, en même temps ultraréelle, complètement théâtrale et arbitraire, amène à se poser la question de ce qui est réel, une dissonance qui souligne le caractère d'expérience onirique que revêt la vision du film. »

 

Un metteur en scène satisfait

 

Michelange Quay ne tarit pas d'éloges pour son interprète principale: « Sylvie Testud est une actrice que j'ai admiré depuis les débuts de sa carrière au cinéma. J'ai été stupéfait de découvrir combien elle était précise techniquement parlant. Souvent, son point de vue « interne » était plus précis que mon oeil « normal » pour certaines prises. » . Quant à Catherine Samie, qui interprète la mère de Sylvie Testud, c'« est une des actrices, voire une des personnes, les plus généreuses que j'ai aimé rencontré et on sent avec elle la confiance que lui assure sa grande expérience. Elle s'ouvrait à chaque prise et c'était à nous de découvrir quel bijou allait créer sous nos yeux. »

 

Laisser dériver le film

 

Selon Michelange Quay, « le film est venu de lui même! Cette sorte de monologue biblique dément qui ouvre le film m'est venu un jour quand j'écoutais Charles Mingus [bassiste jazz d'avant-garde] et, à partir de là, j'ai laissé le film s'organiser tout seul naturellement. Il a toujours eu une vie à part entière et les idées ont été ajoutées ou rejetées si elles s'accordaient ou non avec l'harmonie de l'ensemble. » Le metteur reconnaît qu'avec ses acteurs il n'a « jamais discuté de la signification de ce film. Une communication minimale. Une fois encore, nous nous sommes laissés glisser par nos sentiments et avons sculpté l'aspect du film, scène après scène ».

 

Une certaine idée du cinéma

 

Mange, ceci est mon corps ne fait pas exception à la vision du cinéma défendue par Michelange Quay. Selon lui, pour faire un film, il faut « commencer par l'écriture, pendant laquelle je laisse la mythologie s'organiser elle-même sur la page, trouver ses propres règles. Ensuite, je sors dans le monde avec ces scènes comme un filet ou une suite d'espaces à remplir avec de la réalité. En plus, parce que, au moins dans ce film-là, je n'ai pas à respecter une vérité historique ou une forme narrative, je peux mettre ce que je veux tant que cela vibre avec l'ensemble, comme j'ai beaucoup de liberté pour improviser pendant le tournage, parce qu'il y a une « grille d'accords » fermement ancrée au fond de moi-même quelque part ».

 

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