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Le Chant des oiseaux

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Infos tournage

Choix esthétique

 

Lorsqu'Albert Serra explique les choix qu'il a fait pour son deuxième long métrage, voici la raison : « Je voulais continuer dans la voie d’ Honor de Cavalleria, mais en plus abstrait. Lors des débats après les projections d’ Honor, tout le monde admirait les paysages, disait que je devais énormément les aimer, bien les connaître… A la cent quarantième fois, je commençais à être fatigué de cet humanisme petit-bourgeois du paysage, du personnage. J’ai pensé que le prochain film devait être différent. On a décidé d’aller tourner très loin, dans un lieu trouvé sur Google Earth quinze jours avant le tournage. Je suis allé faire des repérages en Islande, aux Canaries et en France la semaine précédant le tournage. Il me fallait des lieux austères et tranquilles où je pourrais faire du son direct sans bruit. Je n’aime pas le monde contemporain.

Honor de cavalleria avait encore une forte dimension dramatique, avec deux personnages très différenciés, même si leur relation restait simple. C’est en réaction à cela que j’ai choisi de faire un film à partir des rois mages - ils étaient trois, quatre ou douze selon les sources. On ne sait pas vraiment s’ils étaient rois, ou magiciens, on ne sait rien d’eux. Des paysages et des personnages dont je ne savais rien, c’était parfait. »

 

 

Système d'exploitation et critique

 

Le Chant des oiseaux se développe à partir de la reconnaissance critique que la presse a attribuée à son film précédent : cinq pages dans Cahiers du Cinéma (fait inédit pour ce qui concerne le cinéma espagnol actuel, à l’exception naturellement d’ Almodóvar), couverture du supplément culturel de Libération ainsi que de notables critiques dans Le Monde, L’Humanité, Telérama et Les Inrockuptibles, entre autres, à l’occasion de la sortie du film en France. En partant de sa présence dans quelques-uns des plus prestigieux festivals internationaux, le film a obtenu aussi d’élogieux articles et des interviews, notamment dans des revues spécialisées comme Cinemascope, Letras de Cine, Film Comment, Vértigo, etc. La première commerciale au Portugal, en a tout de même confirmé le succès diffusé par l’Expresso, le Jornal de Notícias et d’autres médias.

Cette reconnaissance critique, à l’origine de tout le parcours commercial du film, constitue la force de sa création cinématographique (il a été vendu en Grande Bretagne, au Benelux, en France et au Portugal -dans ces deux derniers pays le film est déjà présent dans les cinémas et grâce aux négociations en cours, il est fort probable qu’il sera vendu aussi en Allemagne, au Japon et en Corée). Quoique l’itinéraire commercial ait été modeste dans chaque pays, dans l’ensemble le résultat obtenu est tout à fait satisfaisant ; compte tenu, surtout de l’audace et la difficulté artistique qu’un film comme Honor de caballería comporte (sans oublier son restreint budget).

Ainsi, c'est en se référant à son succès antérieur qu'Albert Serra va exploiter son nouveau film. Sauf qu'en Espagne la distribution du film a été forcée à tort avant la première au Festival de Cannes, cette erreur a non seulement empêché une plus vaste diffusion dans son pays, mais a, peut-être, offusqué la projection internationale postérieure.

 

 

L'intérêt de ce projet

 

« Pour ce qui concerne ce deuxième projet, mon attention se pose sur un autre mythe fondamental : les Rois Mages de la bible, concrètement de leur voyage à la recherche du Sauveur, ce qui est à la base de toute la tradition chrétienne de notre civilisation. Je veux créer un film où la simplicité et le rudimentaire (la mise en scène et la poésie des images) se mélangent avec des éléments des plus sophistiqués ; notre concept du cinéma ne peut pas ignorer certaines conquêtes de l’art cinématographique dans les années soixante-dix, donc on ne peut pas éviter, modestement, de nous en considérer des héritiers .

On veut, donc, narrer le mythe constitutif, quoique le point de départ ne sera pas son contenu narratif mais, plutôt son atmosphère et sa dimension poétique ; (les spectateurs, qui plus qui moins, connaissent déjà la péripétie centrale, mais dans ce cas l’interprétation est d’assez libre car la Bible nous offre un récit très sommaire à l’égard).

Afin de maintenir la cohérence de l’intensité qu’on veut donner à l’atmosphère, j'ai opté de nouveau pour le format numérique, qui nous permet de nous centrer davantage sur le travail avec les acteurs, plutôt que sur l’aspect technique ; le résultat de ce choix sera la possibilité d’avoir une plus grande quantité d’heures de rushes. Mon expérience antérieure, quant au tournage numérique,m' a amené à une conclusion importante concernant le changement technique, conceptuel et psychologique que le tournage en numérique représente », explique Albert Serra.

 

 

 

La fin du 35 mm?

 

Voici, ce que l'artiste pense du tournage en 35 mm: « Si dans le cinéma en 35 mm le monde était le « plan », avec le tournage numérique le monde est le tout (la réduite mobilité de la caméra, l’indispensable illumination artificielle, l’utilisation d’optique fixes, en majorité, et la limitation de temps d’un chargeur conventionnel, 5 min, non seulement empêchaient un travail continu et essentiel pour la concentration d’acteurs non professionnel mais, aussi le travail dialectique sur une idée, une atmosphère; non pas comme s’il s’agissait de répétitions mais, dans le tournage même). Pour le cinéaste qui se propose de travailler avec ce format, ou au moins pour celui qui se propose sérieusement d’être cohérent avec celui-ci et profite au maximum ses possibilités, la réalité n’est plus ce qui est plat, qu’on prépare consciencieusement en 35 mm, tandis que c’est tout l’espace autour de la caméra avec une distance qui va de l’appareil jusqu’à l’infini (grâce à l’irruption d’un autofocus très rapide et efficace) ».

 

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