La Femme sans tête |
L'univers cauchemardesque de la réalisatrice
La cinéaste Lucrecia Martel s'est directement inspirée de ses cauchemars pour écrire le scénario de La Femme sans tête. Bien qu'elle affirme toutefois de ne pas en faire souvent, à chaque fois qu'elle est victime d'un cauchemar, elle se retrouve coupable d'un meurtre. On affirme souvent que les rêves sont porteurs de messages, qu'ils sont le reflet de l'inconscient, un avis que partage la réalisatrice. Dans sa note d'intention, elle nous explique son point de vue à travers le récit de deux de ses mauvais rêves. Plongée dans les abîmes cauchemardesques d'une cinéaste torturée :
Une famille dévouée
« Un jour, j'ai rêvé que je tuais un homme à coups de bâtons. Je me débarrassais du corps mais je ne parvenais pas à me débarrasser de la tête. J'étais pressée, je devais aller travailler. J'ai alors mis la tête de l'homme sur une étagère de la cuisine. Je m'en occuperais en rentrant du travail. Quand je revins le soir, il y avait un mot de mon père. C'était l'époque où il venait en ville pour régler ses affaires et il repartait par l'avion de nuit. Le petit mot disait : 'J'ai arrangé les étagères de la cuisine. Je t'embrasse, Papa.'. Et, en effet, les étagères de la cuisine comportaient maintenant un double fond derrière lequel se trouvait bien cachée, la tête de l'homme. Je me suis réveillée en pleurant. J'avais une famille tellement gentille, son amour était inconditionnel ! J'avais envie de téléphoner à tous mes frères et sœurs, à mes parents. Comme j'avais envie d'aller les voir ! »
Pris la main dans le sac
« Hier j'ai de nouveau rêvé. Je venais de rendre visite à ma grand-mère. En cherchant les clés de la voiture dans mon sac, j'y trouvais une main noire. A la peau foncée. Je me rends compte que j'ai tué une femme noire. Les clés qui sont dans mon sac ne sont pas celles de la voiture mais celles d'un grand appartement où je me rends, je sais que le corps est là-bas. Je me réveillais en pleurant. À grand cris.
C'est la main de qui ?
Celle de la bonne, j'imagine, la pauvre !
Et tu ne pleures jamais les gens que tu as tués ?
C'est que je ne les connais qu'à peine.
Ce film est construit dans le bouillonnement de cette conversation. »
La construction du film
Lors du Festival de Cannes, Lucrecia Martel a donné sa vision du cinéma: « Pour moi, le cinéma est un processus de pensée qui va refléter des émotions physiques. Pour construire ce film, il fallait qu'il ait plusieurs strates, plusieurs éléments qui se combinent pour refléter l'état général de ce personnage qui semble flotter. » C'est dans cette optique que la cinéaste a travaillé la structure de son film, en faisant un grand travail sur le son, l'image, la profondeur de champs. Le but était de plonger le spectateur dans la tête du personnage grâce à la construction du film lui-même.
Des dialogues non traduits
Dans le film, quelques petits dialogues sont en version originales, sans traduction. Une volonté artistique de la réalisatrice, pour qui les films peuvent être partagés et compris sans que l'on comprennent la langue. De plus, elle affirme que ces dialogues ne sont pas traduisibles, puisqu'ils font partie intégrante de la construction du film, de la bande-sonore.
L'écriture des dialogues
Interrogée sur l'écriture de son film au Festival de Cannes, Lucrecia Martel donne une réponse assez originale et surprenante: « Pour moi, c'est très simple. Si on passe deux minutes avec ma mère qui a un petit côté inquiétant et qui aime beaucoup parler, je peux dire que 95% de mes dialogues sont des dialogues volés de cette façon. J'ai donc une pratique de 40 ans de ces petits dialogues avec ma mère ».
Cannes et Lucrecia Martel : toute une histoire
Lucrecia Martel est une habituée de la Croisette. En effet, elle était venue en 2004 au Festival pour présenter son film La Nina Santa (Photo). Deux ans plus tard, elle était choisie pour être membre du Jury de la Sélection Officielle. Puis en 2008, la cinéaste était, avec La Femme sans tête, en compétition officielle.
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