The Duchess |
Georgina ou Diana ?
The Duchess, lors de sa sortie outre-Manche, a donné lieu à de vives polémiques. En effet, dans le film, Georgiana, belle princesse, quintessence du chic, consciente de son importance politique et victime des infidélités de son mari n'est pas sans faire penser à une certaine Diana... D'ailleurs, la défunte Lady Di était, semble-t-il, une descendante lointaine de cette Georgiana. Les distributeurs ne s'y sont pas trompés et ont joué de façon provocatrice sur ce lien. Ils ont réutilisé la fameuse formule que Diana avait employée en 1995 pour parler de son union avec le prince Charles (« Nous étions trois dans ce mariage, ce qui est un peu trop ») et ont donné comme accroche au film la phrase : « There were three people in her marriage. » La bande annonce anglaise va même jusqu'à mêler des images des deux femmes.
Droit de réponse
Face à ces accusations, Keira Knightley a joué les innocentes devant la presse: « Je n'avais que 12 ans quand Diana est morte, donc je ne connais pas grand-chose de son histoire. Il ne m'avait pas traversé l'esprit que je pouvais jouer Georgiana comme Diana, puisque je n'étais pas au courant de leurs points communs. » Tout se serait donc produit à son insu... De son côté, le metteur en scène Saul Dibb a déclaré : « Nous n’essayons certainement pas de raconter l’histoire de Diana à travers celle de Georgiana, mais ce serait naïf de penser que les gens ne savent pas ou ne feront pas le rapprochement Il y a des similitudes jusqu’à un certain point. Les parallèles sont davantage dans certains passages de leur vie que dans leur caractère. Si les gens souhaitent faire des comparaisons, libre à eux, mais en aucun cas nous n’avons voulu raconter l’histoire de Diana ni exercer quelque influence que ce soit sur ce que les gens savent de sa vie. »
Keira Knightley trop maigre ?
En août, Keira Knightley fait des pieds et des mains pour que ce soient ses seins (dont elle se déclare très fière tels qu'ils sont) et non pas une poitrine gonflée numériquement qui apparaissent sur l'affiche de The Duchess. Pire encore, en septembre, les tabloïds se sont moqués d'elle et de sa taille famélique, la comparant avec la vraie duchesse, une femme bien en chair, que Gainsborough avait peinte.
Un personnage historique
Le personnage interprété par Keira Knightley, celui de Georgina Spencer, est une authentique figure historique. Née à Althorp, en Angleterre, le 7 juin 1757, la fille aînée du comte Spencer est mariée à 17 ans au duc de Devonshire (1748-1811). Elle devint rapidement la reine de la société, tantôt encensée, tantôt critiquée et souvent caricaturée par la presse. Alliéedu politicien Charles James Fox, elle devint l’égérie des Whigs,le parti libéral, soutenant leur cause lors des élections de 1784. Son succès public et ses intrigues politiques et amoureuses cachaient cependant une vie personnelle triste et un mariage malheureux. Le duc de Devonshire était notoirement indifférent au charme de sa femme et lui préférait sa meilleure amie, Lady Elizabeth Foster (1759-1824). Engagée dans une liaison passionnée avec Charles Grey (1764-1845), Georgiana, enceinte, fut exilée par son époux en France afin d’y accoucher discrètement de l’enfant de son amant. A son retour, elle accepta de vivre avec le duc et Elizabeth au sein d’un ménage à trois. Après son décès en 1806, Elizabeth Foster devint la seconde épouse du duc. Charles Grey connut une brillante carrière politique qu’il termina comme Premier Ministre de 1830 à 1834.
De la biographie au biopic
The Duchess est tiré de la biographie de Georgiana écrite par Amanda Foreman, publiée en 1998. La productrice Gabrielle Tana acheta les droits d’adaptation du livre peu après sa parution. Elle se souvient: « Je me suis dit que cela ferait un film formidable. Par chance, Amanda a aimé ma vision du projet et elle nous a accompagnés tout au long de la création du film. Son apport a été inestimable, car elle connaissait évidemment les personnages mieux que personne. Elle en parlait comme de connaissances intimes intensément vivantes. » A son tour fascinée par Georgiana, Gabrielle Tana aime à souligner que « même si en apparence, elle semble avoir tout ce dont on peut rêver, il apparaît très vite que ce n’est pas le cas. Les privilèges dont elle jouit s’accompagnent d’obligations et de responsabilités, et les choses n’étaient jamais vraiment ce qu’elles semblaient être. Georgiana est restée dans l’Histoire comme une femme originale et intelligente. D’une certaine façon, elle préfigurait les femmes libérées, elle s’est beaucoup investie dans les changements sociaux et la politique. Mais c’était aussi une femme pleine de contradictions ».
Juste une page de la vie de Georgina
La biographie d'Amanda Foreman raconte l'intégralité de la vie de Georgiana mais pas le film. La productrice explique « Nous voulions faire un film à l’histoire dense et intense, avec une vraie trame dramatique. Nous nous sommes donc concentrés sur son couple et une période particulière de sa vie.Bien que l’histoire se déroule au XVIIIe siècle, les parallèles avec notre monde contemporain sont extraordinaires, ce qui en fait une histoire intemporelle et par-là même très actuelle. Elle a autant de résonance aujourd’hui qu’hier. C’est surprenant de voir combien les gens ont toujours le même genre de problèmes… C’est cela qui nous a attiré et c’est pourquoi nous pensons que ce film touchera le public d’aujourd’hui. » A la grande surprise des producteurs et du réalisateur, Amanda Foreman ne s'oppose pas à ce choix. Elle déclare: « En général, les producteurs d’un film craignent que l’auteur du livre qu’ils adaptent se fâche parce qu’ils ne représentent pas leur oeuvre mot pour mot à l’écran. » Ce ne fut pas le cas car Foreman a conscience que les objectifs sont différents: « le livre offre un voyage littéraire et intellectuel ; le film propose une expérience, un voyage émotionnel. »
Une auteur-conseillère
Amanda Foreman a conseillé les acteurs quand ceux-ci en éprouvaient le besoin : « Mon implication dans le film s’est faite en deux temps. D’abord, j’étais présente au cas où les acteurs voulaient en savoir plus sur l’enfance de leurs personnages, ou ce qu’ils éprouvaient à tel ou tel moment de leur vie. Ensuite, j’agissais comme référence pour ce qui concernait le XVIIIe siècle d’une manière plus générale : comment on marchait, comment on parlait, comment on se comportait en société... » Amanda Foreman ou la garante du détail.
Une approche documentaire
Saul Dibb a vu certains parallèles entre cette histoire et son premier film, Bullet Boy, situé dans les bas-fonds londoniens: « Ces deux films sont des tragédies sur de jeunes gens qui, se trouvant à un moment crucial de leur vie, s’efforcent de se libérer du carcan social qui contrôle leur existence. Quand on m’a proposé le scénario, je ne cherchais pas spécialement à faire un film historique mais j’ai trouvé celui-ci vraiment différent. C’était autre chose qu’une vision nostalgique de l’Angleterre de l’époque – un piège dans lequel tombent beaucoup de films historiques. » Le réalisateur voulait rester le plus proche possible du cœur émotionnel de l’histoire : « J’ai choisi le seul point de vue de Georgiana, en me concentrant étroitement sur son histoire et son parcours afin d’amener le spectateur à se mettre à sa place. Je voulais faire quelque chose d’intime. Je viens du cinéma documentaire, et ce qui m’intéressait, c’était de rendre ce monde irréel le plus réel possible, de me débarrasser de tout ce qui pouvait s’interposer entre le spectateur et les personnages, d’épurer les choses au maximum, dans le langage, les décors, les costumes ou le maquillage, pour juste représenter des êtres humains au coeur de relations complexes. »
Keira en Georgiana
Commentant le choix de Keira Knightley pour interpréter Georgiana, Saul Dibb déclare : « Keira partage certaines caractéristiques avec Georgiana. Elle est brillante, très belle, et c’est une célébrité. Elle a une certaine vulnérabilité, mais elle est aussi ouverte et passionnée. Elle est cultivée et elle a pleinement compris les idées et les arguments de Georgiana. Il était peu facile de trouver quelqu’un qui rassemble toutes ces qualités, difficile aussi de trouver une comédienne qui puisse se sentir proche d’une femme de l’Angleterre d 'il y a deux siècles. C’était le plus grand défi du film. Comment faire oublier aux spectateurs leurs idées reçues sur ce qu’était la vie à cette époque et les amener à s’identifier à une existence tellement différente de la leur, à éprouver de la sympathie pour une personne confrontée à des problèmes tels que ceux de Georgiana ? »
Ralph Fiennes: un portrait nuancé
Lorsqu'on lui a proposé le rôle du duc du Devonshire, Ralph Fiennes a d'abord refusé, ne voulant pas tourner dans un film historique de plus. Saul Dibb explique : « Pour Ralph Fiennes, il était très important que le duc soit un personnage complet. Sur le papier, il pouvait facilement basculer dans le stéréotype, devenir un méchant de dessin animé ou une figure guindée de l’aristocratie anglaise. C’était le gros souci de Ralph quand il a lu le scénario. Il le trouvait très bien écrit et pensait qu’il y avait beaucoup de possibilités chez ce personnage, mais il voulait savoir s’il aurait la liberté d’essayer des choses afin de l’emmener au-delà de l’image d’un homme froid et énigmatique. C’est justement ce doute qui faisait de lui l’acteur idéal pour le rôle. Il a toujours évité ce qui était évident, dans chaque scène, dans chacun de ses choix, afin d’apporter plus de nuances, plus de subtilité et de profondeur à son personnage. »
De l'importance des décors authentiques
The Duchess a été filmé durant neuf semaines à l’automne 2007. L’histoire se déroule dans trois lieux principaux : la maison londonienne des Devonshire, leur château de Chatsworth à la campagne, et Bath. Plusieurs lieux et divers superbes manoirs ont été utilisés pour figurer les propriétés des Devonshire. Certaines scènes ont été filmées à Chatsworth, où vivent l’actuel duc et son épouse. Tourner dans certains des lieux historiques a aidé les acteurs à se plonger dans le contexte. Ralph Fiennes explique : « Se trouver dans les lieux réels fait une vraie différence. L’architecture, les pièces, les étagères, les couloirs, les peintures, les jardins, les plafonds, le paysage… Partout, vous baignez dans l’Histoire. Vous dire que vous êtes sur les lieux mêmes où ces gens ont vécu fait travailler votre imagination. » Keira Knightley ajoute : « Evoluer dans ces manoirs, dans les vraies pièces, vous donne une bonne idée des conditions de vie. Ça n’est jamais pareil en studio. Ici, on a plus le sentiment de comprendre qui étaient ces gens, comment ils vivaient, quelle était leur réalité. »
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