Elève libre |
Premier travelling!
Joachim Lafosse change de méthode, en faisant son premier travelling lors du tournage d' Elève libre : « Je pense que le fond nécessite une autre forme sur ce film-ci. Pour moi, être cinéaste, c’est toujours faire rejoindre le fond et la forme. Ce que j’ai à raconter cette fois, nécessite une forme différente de celle que j’ai donnée à Folie Privée, à Ça rend heureux ou à Nue Propriété. Je n’aime pas l’idée de fixer les choses. Elève libre est un film louvoyant sur une problématique qu’on n’arrive pas à déceler; on ne comprend pas d’où viennent le mal et le problème. J’avais envie de quelque chose de plus fluide et, en effet, j’ai fait mon premier travelling sur ce tournage. »
Le fond d'Elève libre
Lafosse essaye de répondre à deux questions à travers son film: à partir de quand passe-t-on de la transmission à la transgression, et à partir de quel moment une relation devient-elle transgressive ? Ceci à travers la relation entre un adolescent en décrochage scolaire et un adulte qui veut le sauver, et bien plus... Un des sujets du film est d’aborder les limites dans les relations et surtout dans l’éducation.
« En faisant Elève libre, il y a une idée à laquelle je pense beaucoup : c’est la distinction entre la jouissance, le plaisir et le désir. Aujourd’hui, on mélange plaisir et pulsion. Manger du pop-corn tout de suite, ce n’est pas du plaisir mais de la jouissance, de la pulsion. Pour moi, la jouissance, c’est quelque chose qui est court, qui s’arrête, qui se vit et qui se fait seul. C’est assez triste en soi. Le plaisir, ça se partage, ça se fait ensemble et ça peut durer. Voilà, le cinéma peut être un vrai outil de plaisir à partager ensemble. Là, j’espère que je suis en train de faire un film qui va permettre ça », explique le réalisateur.
Les raisons de ce film
Le cinéaste a voulu faire ce film, car il a trouvé que le rapport qu'il y a eu sur la question de l'abus dans l'affaire Dutroux a débouché sur une réflexion un peu simpliste sur le thème : « Des abus, il y en a partout, tous les jours. Il y a des gens abusés qui n’osent pas dire non, mais on ne parle pas d’eux ». Lafosse espère qu' Elève libre sera perçu comme un film sur la transmission et l’éducation. Le personnage du prétendu éducateur de Jonas est un homme qui n’aime pas la transmission mais qui aime le pouvoir. Il va jouir du pouvoir qu’il a sur l’adolescent mais est-ce que cet adolescent est simplement une victime ?
Choquant
Le cinéaste belge remarqué en 2006 avec Nue propriété, détonne de nouveau avec son 4e long métrage, qui est considéré comme l'un des films les plus perturbants vus à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs. Bien que Lafosse se soit défendu dans le petit débat après le film de faire de la psychologie ou de la morale, le public reste choqué par la fin de film rapidement expédiée où on laisse entendre que Jonas ( Jonas Bloquet)s'en sort, tire tout de même bénéfice de la situation en obtenant son bac. Malgré les similitudes avec son précédent film, Le thème choisi de la pédophilie est d'ores et déjà beaucoup plus difficile à traiter pour le réalisateur, et sans doute à supporter pour le spectateur.
Pialat
Joachim Lafosse est un passioné de Maurice Pialat, surtout dans son rapport aux acteurs (théorie sur l'acteur), sa manière d’aborder un sujet et la franchise avec laquelle il va le traiter. C'est en se basant sur les théories de son idole, que le cinéaste dirige ses acteurs.
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