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Johnny Mad Dog

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Infos tournage

Genèse du projet

En 2003, après avoir tourné un documentaire en Colombie intitulé Carlitos Medellin, le réalisateur Jean-Stéphane Sauvaire découvre le roman Johnny Chien Méchant de l'écrivain congolais Emmanuel Dongala. Ce livre le bouleverse, et il décide de l'adapter pour en faire le scénario de son premier film de fiction, Johnny Mad Dog, en abordant un thème qui lui est cher : les enfants confrontés aux conflits armés. Une manière pour le cinéaste de mélanger une œuvre littéraire avec quelque chose de plus réaliste, de plus documentaire.

 

Johnny Chien Méchant

Emmanuel Dongala raconte dans ce livre comment en Afrique des adolescents voient leur enfance abrégée, et montre avec force comment dans ce continent ravagé par des conflits absurdes, la population tente malgré tout de survivre et de conserver sa part d'humanité. Le romancier réside aujourd'hui aux États-Unis, où il est professeur de chimie et de littérature francophone, après avoir fui le Congo en 1998 à cause d'une guerre civile meurtrière. C'est cet événement terrible et ses rencontres avec différents enfants soldats qui lui ont inspiré ce livre dont est tiré le film.

 

Mathieu Kassovitz présente...

Mathieu Kassovitz est un homme engagé, aux multiples casquettes : acteur, réalisateur, scénariste, et depuis quelques temps producteur. Après avoir produit Nèg maron, Avida, et Les Deux Mondes, il décide via sa société MNP Entreprise de produire le long métrage. C'est après avoir vu le documentaire sur Carlos Medellin de Jean-Stéphane Sauvaire, et lu son scénario de Johnny Mad Dog, son premier film de fiction, que Mathieu Kassovitz se lance dans l'aventure, convaincu du talent du réalisateur. Il s'implique d'ailleurs vraiment sur le film, au début en recommandant quelques ajustements pour le scénario pour radicaliser le film, et à la fin en donnant des conseils pour le montage. Mais il préfère ne pas être présent au moment du tournage, « pour éviter d'être metteur en scène à la place du metteur en scène », comme il le dit.

 

Un tournage au Libéria

Le film est tourné au Libéria entre juin 2006 et mai 2007, avec de jeunes comédiens non professionnels. Et pour cause... la plupart d'entre eux sont d'anciens enfants soldats, dont certains ont combattu pour Charles Taylor, l'ancien seigneur de la guerre, président dictateur du Libéria qui y a favorisé la guerre civile. Pour le réalisateur, il était essentiel de tourner avec des ex-enfants soldats, parce qu'eux seuls pouvaient refléter sincèrement la réalité de ce qu'ils avaient vécu. A l'époque du tournage, il n'était pas évident de choisir de planter ses caméras dans un pays comme le Libéria, où la guerre n'a cessé qu'en 2003, mais l'élection à la présidence d'Ellen Johnson Sirleaf a rendu possible ce tournage. Le gouvernement a réellement appuyé et soutenu ce film. Un moyen de montrer que le pays est désormais stable, et une manière de témoigner de ce qu'il a subi par le passé.

 

Un casting de longue haleine

Pour trouver les enfants qui jouent les enfants soldats dans le film, Jean-Stéphane Sauvaire s'adresse d'abord à des ONG, mais se rend compte qu'elles restent dans des réseaux trop spécifiques. Il décide alors de partir sur le terrain à la recherche de ses acteurs, à Monrovia au Libéria, et dans les ghettos autour de la ville. Les ex-généraux de Charles Taylor qu'il a rencontrés pour la préparation du film l'aiguillent alors vers des chefs de guerre qui étaient à l'époque en charge des enfants. Comme le cinéaste l'explique : « J'organisais des castings dans les quartiers, avec ceux qui avaient combattu. J'ai du en voir 500 ou 600 pour en sélectionner 15. Au milieu de ces enfants, il fallait trouver ceux qui se détachaient du lot, qui avaient une personnalité forte. Ça a été un travail de longue haleine mais passionnant, qui m'a permis de comprendre beaucoup de choses et de rencontrer les vrais acteurs de ce conflit ».

 

Le choix des deux héros

Le cinéaste rencontre Christopher Minie, l'interprète de Johnny Mad Dog en 2005, par l'intermédiaire d'un de ses amis, un ex-enfant soldat comme lui qui a combattu à la fin de la guerre civile en 2003. A l'époque, Christopher n'a que treize ans, et est trop jeune pour le rôle. Mais le film est retardé, et c'est à lui que Jean-Stéphane Sauvaire fait finalement appel pour le rôle titre. Quant à Daisy Victoria Vandy, qui joue Laokolé, l'autre personnage principal du film, le réalisateur la trouve sur le tard. Un mois avant le tournage, elle est repérée dans la rue, puis elle passe des essais. Pour le metteur en scène, c'est une évidence. Il l'engage immédiatement.

 

Une préparation cruciale

Pour ce film, non seulement il fallait trouver les enfants, mais aussi gagner leur confiance. Afin d'y parvenir, le réalisateur finit par s'installer pendant un an avec eux à Monrovia, pour créer un lien, préparer le tournage et commencer à travailler tous ensemble. Ce qui n'est pas forcément aisé pour 15 ex-enfants soldats ayant été habitués à la liberté de la rue, et peu habitué à la discipline que demande un tournage. Paradoxalement, le fait que certains des enfants aient combattu dans des camps opposés ne leur pose aucun problème. Ils ont la même fierté d'avoir combattu, peu importe dans quel camp. Au fil du temps, le cinéaste et les enfants réussissent à se comprendre facilement, ce qui a largement facilité la très importante préparation du film.

 

Cinéma-thérapie

Quand on demande au réalisateur comment il a géré le fait que les enfants avaient vécu dans la réalité la plupart des scènes, il répond qu'il a abordé cela comme une thérapie, comme un jeu plutôt que quelque chose de traumatisant. Un moyen pour eux d'évacuer leurs traumatismes, d'en parler, de s'en libérer. « Si j'avais senti le moindre traumatisme à rejouer certaines scènes, jamais je n'aurais continué », confie-t-il.

 

Une fondation pour les enfants

Jusqu'en 2003, les enfants qui jouent dans le film vivaient dans la rue, sans famille et sans aucune éducation. Pendant le tournage, la production aide 15 jeunes adolescents, entre 12 et 17 ans, et les entraîne à jouer la comédie. Mais elle ne les abandonne pas pour autant une fois le film terminé. Ainsi la «Johnny Mad Dog Foundation» est-elle créée pour mettre en place un programme d'éducation à Monrovia, piloté par un éducateur dont la tâche est de les assister dans leur vie quotidienne et de les aider à développer des projets à long-terme. Vous trouverez plus d'informations sur le site de la fondation.

 

Un film primé

Sélectionné au festival de Cannes 2008 dans la section Un Certain Regard, Johnny Mad Dog décroche le Prix de l'espoir après avoir été accueilli très favorablement sur la Croisette. Au festival de Deauville, c'est le Prix Michel d'Ornano qu'on lui décerne, une récompense qui a pour vocation d'aider à la reconnaissance du film, à sa promotion et à son exportation.